Couic, couic, couic, couic, couic…

C’est le bruit que font nos pieds en marchant sur certaines plages des Îles comme celle de Pointe-aux-Loups. On dit que le sable chante… comme le fromage en grains frais de la Fromagerie Pied-de-vent quand on le croque.

Quand j’étais petit, ma plage, c’était celle de la Martinique à cause du chalet familial. Elle n’avait pourtant rien de si extraordinaire, mais c’était notre place. Mais je me souviens que ce que je n’aimais pas d’elle, c’est que parfois la mer de ce côté-là était remplie d’un genre d’algue qui avait l’air de longs brins d’herbe. J’étais d’ailleurs convaincu qu’il y avait un gars à l’île d’Entrée qui avait tondu son gazon, et que c’est pour ça qu’on était poigné pour se baigner dans ça. Je l’ai tellement haï, c’te gars-là!

Certains jours, si on se sentait plus aventurier, on se déplaçait sur le Havre-aux-Basques. Je vous parle ici de l’époque où il n’y avait pas de stationnement prévu pour s’y arrêter. On devait bloquer le t’rafic qui descendait au Havre-Aubert pour essayer de se stationner sur le bord du chemin dans un parallèle très approximatif. Il fallait être très prudent en sortant de l’auto: le chauffeur pouvait se faire arracher sa porte de char par les fous qui roulaient à 140 km/h et le passager risquait de débarquer directement dans le canal humide en gougoune.

On traversait ensuite la route 199, serviette multicolore autour du cou, pour grimper sur la dune et enfin se retrouver sur la plage. Aujourd’hui, on sait qu’il ne faut pas faire ça puisque ça peut écraser le foin de dune qui sert, entre autres, à retenir celle-ci en place. Mais à l’époque, personne ne se souciait de ça. Personne ne savait ça. Pourtant, chaque fois qu’on marchait là, le foin nous piquait les mollets. Sûrement sa façon de nous faire comprendre de le laisser tranquille.

Quand j’étais petit, on allait parfois aussi au Corfu. J’étais très impressionné qu’il y ait, sur place, les restes d’une épave à la vue de tous. Je me racontais alors dans ma tête une histoire de bateau de pirate venu à L’Étang-du-Nord pour voler le homard que rapportaient nos pêcheurs… «Le vent s’éleva d’un coup sec. Les voiles claquaient. Quand tout à coup, un cri brutal transperça le ciel: “À l’abordage !” Et c’est à ce moment-là que Serre-moi-la-pince, la mascotte du Festival du pêcheur, sorti de l’eau et renversa l’embarcation non loin du quai. On ne retrouva jamais les corps des pirates… et plus jamais personne ne tenta de voler de homard à L’Étang-du-Nord.» Et paf ! Je devais arrêter de rêvasser pour éloigner un taon avec mon frisbee en plastique orange. Parce que même si, dans mon histoire, on ne se faisait plus voler à L’Étang-du-Nord, on pouvait encore se faire piquer.

Piquer, c’est voler comme dit l’expression… ce qui m’amène à vous parler de la plage derrière le poste de police, au Gros-Cap. Belle, petite, tranquille. Sable fin dans un décor rougeâtre, gracieuseté des falaises. Celle-là, quand j’étais plus jeune, je ne voulais absolument pas y aller parce que je pensais qu’elle appartenait aux policiers et qu’il fallait s’y rendre en cachette sinon on pouvait finir en prison. «Hugo Bourque, vous êtes en état d’arrestation pour avoir… bronzé illégalement sur notre plage». Oui, niaiseux de même.

Plus tard, j’ai découvert la Dune du Sud. Celle-là, côté falaise, est dure à battre. Un paysage à couper le souffle avec vue sur des rochers de grès rouge dans lequel la mer a sculpté de véritables œuvres d’art. Comme le vent sévit toujours chez nous, une plage avec un mur derrière soi peut nous éviter bien du sable dans le visage et dans nos sandwiches.

Un peu plus loin, il y a évidemment la plage de la Pointe-aux-Loups. Couic, couic, couic, couic, couic… C’est vraiment ma préférée. Il faut quand même être en forme pour s’y rendre, parce qu’avant de s’éffouèrer sur sa serviette, on doit marcher dans un assez long sentier en sable. Une véritable traversée du désert. Personnellement, c’est ce qui m’a rapproché le plus des 40 jours de jeûne de Jésus. Mais quand on se retrouve de l’autre bord, quand nos yeux se posent enfin sur l’horizon, on oublie rapidement que la marche nous a rendu le souffle court et les jambes molles. Il ne nous reste plus qu’à nous installer confortablement et à faire le bacon toute la journée.

Parlant d’installation, rappelez-vous que peu importe sur quelle plage vous aboutirez, le plaisir que vous aurez sera directement relié à votre aptitude à bien étendre votre serviette ou votre couvarte. Parce qu’on ne veut pas que le sable soit maître et seigneur dessus. Moi, je prends toujours le temps qu’il faut pour éviter ça. Ça prendra le temps que ça prendra! Certains la déroulent tranquillement, d’autres la garrochent violemment. Moi, je règle ça coin par coin. Je m’assure qu’aucun grain de sable ne viendra déranger mon confort et je mets un poids sur chacun de ces coins pour pas que le vent s’en mêle. Parce qu’il faut aussi penser à lui quand on choisit sa plage aux Îles. Tu ne veux pas l’avoir de face, sinon tu vas te ramasser assez de sable dans le verre de contact pour te construire un beau château. Nous, à l’usage, on a fini par adopter la technique du cerf-volant pour le choix d’une plage comme dans la vie en général: j’irai là où le vent me portera.

Je ne nomme que ces plages-là parce que ce sont elles qui font partie de mon petit chemin d’existence. Les autres s’avèrent toutes aussi intéressantes, qu’elles se situent au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest. Qu’elles donnent sur un horizon complètement vierge ou sur une île d’Entrée un peu brumeuse et mystérieuse. Qu’elles aient un décor rougeâtre ou dunaire. Qu’on les retrouve près de la route ou à des années-lumière de marche. Et ce qui est beau avec tous ces choix-là, c’est que chacune d’entre elles vous propose la tranquillité, le soleil, la mer… avec juste assez de vent pour vous dépoussiérer les idées et inspirer votre prochain jour de vie.

Là où le vent me portera.

On se r’parle!

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle