Hier, grosse journée linguistique à Ottawa! En effet, la ministre Mélanie Joly a finalement déposé à la Chambre des communes son très attendu projet de loi sur les langues officielles. Affirmant que c’était un moment historique, elle n’en a pas moins profité pour débiter l’éventail complet des banalités d’usage en de telles circonstances.

Mais, bon, faisons contre mauvaise fortune bon cœur, et reconnaissons que le gouvernement fédéral signale à l’attention du pays que la réalité du fait français au Canada est menacée et qu’il a la responsabilité de le protéger et de le promouvoir. C’est déjà ça!

Je n’ai pas pu lire le projet de loi, introuvable sur la Toile au moment où j’écris cette chronique. Même pas le titre officiel.

Mais les autres documents officiels du gouvernement à ce sujet nous éclairent. Ainsi, premier élément de cette nouvelle mouture de la loi qui m’a frappé, c’est la reconnaissance par le Canada que le français est la langue officielle du Québec, tandis que le français et l’anglais sont les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Pour ceux qui sont assez âgés pour se souvenir des débats houleux et acrimonieux qui ont marqué le dossier linguistique au pays, et qui ont presque conduit à la dislocation du Canada, force est de reconnaître que le gouvernement Trudeau-fils rompt radicalement avec la philosophie politique des gouvernements Trudeau-père.

Enfin, le bon sens a prévalu!

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Il est intéressant de noter aussi que la nouvelle loi devra, et je cite: «mentionner explicitement que la Loi ne doit pas brimer le statut, le maintien, ni la valorisation des langues autochtones». L’idée est d’autant plus intéressante qu’elle est maintenant nécessaire.

En effet, avec tout ce qui se passe au pays par rapport à la réalité autochtone, il est devenu essentiel, me semble-t-il, de reconnaître, en accord avec les dirigeants autochtones, que les langues autochtones reconnues par l’actuelle Loi sur les langues autochtones, adoptée en 2019, devraient jouir du statut de «langues nationales», ce qui viendrait «couronner» les dispositions de l’actuelle Loi et clarifier l’intention du législateur.

Tout cela n’enlèverait rien à personne, mais ajouterait de l’équité là où l’histoire a fait faux bond au destin des peuples fondateurs du Canada.

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Cela dit, on ne se cachera pas que ce projet de loi sur les langues officielles ne risque pas d’être adopté avant la fin de la session parlementaire en cours.

Mais, pas besoin d’être une tête à Papineau pour saisir que le premier ministre Trudeau s’en servira, durant la campagne électorale fédérale qui pointe à l’horizon, pour amadouer un électorat québécois qui lui échappe et qu’il doit séduire pour remporter une majorité en Chambre.

Là, il est à craindre qu’il pourrait nous refaire un cadeau-à-la-Trudeau, comme son père l’avait fait au référendum de 1980, en promettant au Québec des changements constitutionnels qui allaient dans le sens des revendications québécoises, en promettant de mettre les sièges libéraux en jeu si nécessaire.

On connaît la suite: il a fait exactement le contraire.

Il serait regrettable de découvrir que le fils est aussi cynique que le père. Ce qui ne semble pas le cas. Tout à sa bienveillance et à sa bien-pensance, et même s’il pèche par un excès de déclamations et donne l’impression de faire de la politique en dilettante, il ne manifeste pas l’arrogance outrancière de son père. Une chance!

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Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a émis cette réserve également, mais sur un ton beaucoup plus vindicatif, en déposant, au même moment que la ministre déposait son projet de loi, une motion réclamant que tous les parlementaires votent, donc prennent position, sur la volonté annoncée du gouvernement québécois de faire inscrire dans la Constitution canadienne, tel que l’y autorise l’article 45, le fait que le Québec forme une nation dont le français est la seule langue commune et officielle.

C’est là que je décroche du Bloc. En forçant les députés à embarquer dans une affaire qui pourrait se régler sans chicane, le chef du Bloc veut justement créer la zizanie au sein des partis fédéraux afin de glaner quelques munitions «anti-québécoises» ou «anti-francophones» qu’il pourrait utiliser lors de la prochaine campagne électorale.

Il ne le fait que pour augmenter sa cohorte de députés. Il ne peut donc pas reprocher à Trudeau de faire ce que lui-même envisage de faire, et pour les mêmes raisons!

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Cette tactique bêtement politicienne du Bloc est une approche stérile dans le contexte actuel où les hostilités se sont passablement calmées entre les souverainistes et les fédéralistes. Elles se sont calmées parce que le premier ministre du Québec François Legault a rejeté le vieux script magané de cette tragi-comédie qu’on aura subie des décennies durant.

Car il a bien compris – sa gouvernance pragmatique et sa popularité persistante en font foi – que le Québec s’était enlisé dans une «panse de vache» avec ses référendums perdus et qu’il devait sortir de ce marasme politique pour espérer avancer sur le chemin de sa destinée.

Remettre les compteurs à zéro, remettre les pendules à l’heure, injecter de la bonne foi en politique, viser haut, viser grand, viser loin pour le Québec: voilà à quoi se livre Legault.

On s’explique mal que les souverainistes, autrefois à l’avant-garde intellectuelle et culturelle du Québec, se contentent aujourd’hui de jouer les Bérets Blancs politiques, en se recroquevillant sur les vieux dogmes d’un programme politique qui n’a pas vu passer un courant d’air frais depuis des décennies!

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J’ignore comment l’Acadie réagira à la nouvelle mouture proposée pour les langues officielles au Canada. Verra-t-elle d’un mauvais œil le fait que le gouvernement fédéral reconnaisse que le français est la seule langue officielle du Québec, craignant que des provinces anglophones emboîtent le pas et se déclarent anglaises?

Sera-t-elle portée à jeter un regard neuf sur la révision de la Loi sur les langues officielles du Niou-Brunswick? Elle doit s’en mêler elle-même. Il y va de son avenir. Elle ne peut surtout pas attendre que les autres règlent ses problèmes linguistiques à sa place.

Han, Madame?

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