Ça y est enfin. Trois ans après le début des consultations, un projet de loi sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles fédérale a été déposé cette semaine par la ministre Mélanie Joly.

La liste des modifications espérées par les organismes communautaires était longue, mais le projet de loi réussit à livrer la marchandise à plusieurs égards, utilisant le même fil rouge que le plan de réforme présenté par la ministre en février, soit l’égalité réelle des deux langues officielles. On y retrouve, entre autres, un meilleur soutien pour les institutions de la communauté et le renforcement des protections pour le français dans la fonction publique et dans les entreprises à charte fédérale.

On propose aussi d’élargir les pouvoirs (et les devoirs) du commissaire aux langues officielles, notamment par la possibilité d’ordonner les «mauvais élèves» à changer leurs façons de faire et par l’obligation d’ester en justice dans le cadre de causes découlant de plaintes effectuées au commissariat. On abrogera enfin l’exception pour la Cour suprême, qui devait toujours être temporaire, au droit d’être entendu dans la langue officielle de son choix sans l’aide d’un interprète.

Même la SANB a vu son souhait exaucé: on reconnaîtra le bilinguisme du Nouveau-Brunswick dans la loi, même si ce n’est que dans son préambule. La place de la francophonie dans les représentations du Canada à l’international faisant aussi partie des éléments que le projet de loi souhaite améliorer, on pourra peut-être même voir l’Acadie rayonner un peu plus fort de par le monde à l’avenir.

Et pourtant, au lieu d’un soupir de soulagement, c’est plutôt en retenant son souffle collectif que la francophonie canadienne a accueilli le dépôt du projet de loi. Pour cause: l’agenda de la session parlementaire, qui se terminera la semaine prochaine pour les vacances d’été. C’est assurément trop peu de temps pour qu’un projet de loi, aussi bien ficelé fût-il, soit adopté. Et comme on le sait, la rentrée de cet automne risque fort bien d’être éclipsée par une campagne électorale. En auquel cas il faudra jouer des coudes pour que les langues officielles se hissent parmi les enjeux d’importance, alors que la majorité des Canadiens seront surtout préoccupés par la santé publique et la relance économique post-COVID.

Cependant, une éventuelle élection pourrait aussi être l’occasion d’obtenir de tous les partis politiques la promesse de porter cet enjeu, peu importe le résultat du scrutin. Le moment est propice: tant le gouvernement que les partis d’opposition reconnaissaient cet hiver qu’il était temps que la LLO soit révisée. L’opposition pourrait même profiter du fait que la ministre Joly a dévoilé son jeu pour faire monter les enchères, proposant des améliorations au projet de loi.

Mais reste que, selon le scénario le plus probable, il faudra attendre à 2022 avant de voir une LLO modernisée en bonne et due forme. Et entretemps, s’armer de patience – et de nos bulletins de vote.

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