À l’approche de la Journée nationale des peuples autochtones, je vous propose deux œuvres marquantes créées par des artistes des Premières nations. Tout d’abord le magnifique récit Shuni de l’écrivaine innue Naomi Fontaine et le nouvel album de l’auteure-compositrice-interprète atikamekw Laura Niquay qui figure sur la longue liste du Prix Polaris.

Shuni, Naomi Fontaine

Pour Naomi Fontaine, le plus beau mot dans la langue française est Liberté, un mot qui n’existe pourtant pas dans la langue innue.

«La liberté est un concept intrinsèque à tout ce qui existe dans notre vision du monde. Nous sommes issus d’un espace sans clôtures, sans frontières. Des êtres libres dès l’enfance, dès que le petit devient autonome. Même les animaux, on ne les capturait pas pour en faire un élevage. C’est un état qui n’a jamais eu besoin d’être nommé. La seule manière de dire la liberté en innu-aimun c’est en nommant la fin d’un enfermement. Apikunakanu.»

Dans cette longue lettre qu’elle écrit à une amie d’enfance, Julie (qui se dit Shuni en innu), l’auteure parle de sa communauté à Uashat dans le nord du Québec. Ainsi, elle révèle par fragments les paysages de son territoire, ce qui anime la collectivité, mais aussi le doute qui mine le coeur des colonisés et leur combat.

Cet ouvrage nécessaire qui oscille entre la fiction et la réalité nous permet de mieux comprendre le peuple innu. À son amie québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus, elle lui raconte la vie dans une réserve, son appartenance à sa communauté, les traditions, sa vision du monde et les liens qui se tissent entre tous. Bref, elle lui présente ce qu’elle doit savoir avant d’aider sa communauté.

Merveilleusement bien écrite, cette lettre-fleuve brise les idées préconçues tenaces souvent associées aux peuples autochtones.

Au-delà des difficultés et de la fragilité de la vie, il y a l’amour, l’espoir, la lumière et l’incroyable résistance de ce peuple nomade colonisé dont le mode de vie a été complètement bouleversé.

Naomi Fontaine qui dresse un portrait non complaisant de son peuple réfute l’idée que celui-ci soit placé dans une case ou simplement dépeint par les statistiques. Ce sont des individus avec des vies, évoque l’écrivaine dans sa lettre pleine de tendresse et de vérité.

Elle profite de l’occasion aussi pour s’adresser à son fils Petit ours, amenant ainsi certains passages très touchants, comme lorsqu’il revient de l’école en affirmant à sa mère qu’il veut être blanc… comme tout le monde. Dans son récit, il y a aussi le père, la mère et la grand-mère. La place des femmes est très importante dans la communauté qui perçoit la vie comme un cercle où tout recommence.

Peut-être vous souviendrez-vous de son roman Kuessipan, paru en 2011 qui a été adapté au cinéma. Ce film de Myriam Verreault qui raconte l’histoire de deux amies inséparables avait remporté le prix du meilleur long métrage de fiction canadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie en 2019. Troisième ouvrage de Naomi Fontaine, Shuni a été couronné de plusieurs récompenses, dont le Prix Frye Académie. (Mémoire d’encrier, 2020). ♥♥♥♥

Waska Matisiwin, Laura Niquay

Dans un univers indie-folk avec une touche de grunge et de rock, le nouvel album de Laura Niquay nous transporte dans un voyage lumineux et engagé à travers son héritage autochtone. Le titre de son disque signifie cercle de vie. Ce deuxième disque de l’auteure-compositrice-interprète québécoise et atikamekw est nettement plus fort que son premier opus paru de façon indépendante en 2015. L’artiste se démarque d’abord par son timbre de voix singulier, son univers sensible et le fait qu’elle chante dans sa langue d’origine.

«Soyons fières d’où l’on vient/Et soyons fières de ce que nous sommes/Marchons sur le sentier de nos ancêtres…» (extrait de la traduction française de Moteskano, Le sentier de nos ancêtres).

Pour ceux qui ne comprennent pas l’atikamekw, une version française des paroles des 12 chansons se trouve dans le livret du disque. Au-delà des mots, on se laisse transporter par les émotions, les mélodies et la profondeur de sa voix un peu granuleuse.

Ce que j’ai aimé aussi de cet album, c’est le mélange de sonorités traditionnelles et contemporaines, les moments d’intensité et d’intimité traversés par différentes ambiances sonores souvent puisées dans la nature.

C’est aussi un album de collaboration avec plusieurs artistes, dont Shauit, un auteur-compositeur-interprète de Maliotenam qui a aussi des racines acadiennes. Celui-ci prête sa voix sur la pièce Nicim (Mon petit frère) qui traite du désespoir et de l’envie de mourir. Ce disque est paru chez Musique nomade. Je vous invite d’ailleurs à découvrir leur plateforme d’écoute dédiée aux musiques autochtones contemporaines et traditionnelles. ♥♥♥½

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