La semaine dernière a été dure pour la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul. Son élection à la tête du parti en octobre avait été généralement bien accueillie: première femme noire et juive à décrocher un poste aussi important dans l’histoire des partis politiques canadiens, elle avait impressionné par son expérience et par son aplomb. Elle ne faisait aucun secret de son intention de déloger le Nouveau parti démocratique comme «le» parti de la gauche canadienne, et semblait avoir les moyens de ses ambitions.

Cela dit, Mme Paul avait eu un début de mandat difficile. Tentant en vain de se faire élire dans la circonscription de Toronto-Centre, un château-fort libéral, trois semaines après être entrée en poste, elle avait aussi subi les foudres de la frange plus radicale du parti trouvant sa plateforme trop «mainstream». Sans siège aux communes et échouant à unir sa base, elle n’avait pas encore réussi à faire sa place sur la scène politique canadienne.

Mais la défection de Jenica Atwin, la députée de Fredericton élue en 2019, vers le Parti libéral, plus tôt cette semaine, et la réaction de la cheffe à son départ, représentent un canari dans la mine des verts.

La victoire de Mme Atwin avait été vue non seulement comme une surprise mais aussi comme un symbole pour le Parti vert. Pour la première fois de son histoire, ce parti réussissait à percer à l’extérieur de la Colombie-Britannique, sa région traditionnelle d’influence. La belle performance des verts provinciaux y était certainement pour quelque chose. Le parti avait l’intention de bâtir sur cette première percée en Atlantique, notamment à l’Île-du-Prince-Édouard où les verts forment l’opposition officielle depuis 2019, lors du prochain scrutin fédéral.

Ce sont les positions de Mme Atwin sur le conflit israélo-palestinien qui auraient été à l’origine d’une escarmouche entre elle et des agents internes du Parti vert. Ces derniers ont menacé publiquement de faire campagne contre elle aux prochaines élections, suscitant son changement d’allégeance. Les opinions de Mme Atwin deviendront peut-être un cadeau empoisonné pour le Parti libéral, ce dernier ayant une position claire sur cet enjeu épineux.

Mais pour le moment, c’est la réaction de Mme Paul au départ de sa députée qui marque les esprits. Elle a attaqué le premier ministre Trudeau et la vice-première ministre Freeland, accusant le premier d’être un faux féministe, et la deuxième, un pion. L’accueil d’Atwin chez les libéraux constituait, selon elle, une attaque envers son leadership en tant que femme.

Ces invectives partisanes sont mal placées: les transfuges sont monnaie courante en politique canadienne. Le Parti vert a déjà lui-même recruté des libéraux et des néo-démocrates. Si Mme Paul pensait que ses adversaires épargneraient son caucus, la dernière semaine aura été une dure leçon – et une erreur de débutante. Elle devra aiguiser ses réflexes et, surtout, faire le ménage dans son propre parti afin d’éviter d’autres guerres intestines à l’avenir.

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