Sommet du G7 à Cornailles en Grande-Bretagne du 11 au 13 juin, suivi de celui de l’OTAN à Bruxelles le 14, d’une réunion Union européenne-États-Unis le 15, et d’une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine le 16 juin à Genève. Après les tumultueuses années Trump, la presse occidentale célébrait en chœur ces derniers jours le retour triomphal de la diplomatie américaine.

Et encensait Joe Biden, crédité d’avoir réussi à sceller les retrouvailles transatlantiques et à imposer la Chine et la Russie comme sujet de discussion central avec ses différents partenaires. Mais ce n’était qu’un mirage. Car ces récents sommets peuvent aussi se lire comme un nouveau tournant manqué pour l’Occident dans son rapport au reste du monde.

Qu’en retiendra-t-on lorsqu’auront pris fin les battages médiatiques, et que les discours grandiloquents dans des communiqués officiels insipides, les poignées de main et les prises de photos stéréotypées devant les caméras auront été oubliés? En particulier, l’échec du G7 à honorer la promesse de contribuer à vacciner le monde entier.

L’annonce du don de 1 milliard de doses des pays les plus riches (États-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Canada, Japon) aux pays pauvres a été bien accueillie. Mais elle est loin de correspondre à ce que d’aucuns considèrent très justement comme «le plus grand défi de l’après-guerre».

Il faudrait au minimum des milliards de doses supplémentaires pour enfin construire un «cercle vertueux» mondial. Pour être effectif, cet effort doit aussi compter sur un financement garanti du G7, invité à subventionner l’achat en commun de vaccins. Ce geste permettrait de générer de nouvelles capacités de fabrication sur tous les continents.

À un moment où le nombre de morts dans le monde augmente – près de 4 millions – les dirigeants occidentaux s’exposent à un jugement sévère de l’histoire. Ils ouvrent également une voie royale inespérée devant de grandes puissances autoritaires, comme la Chine avec sa diplomatie médicale.

Aucun progrès n’a été réalisé non plus en ce qui concerne la demande de 100 pays en développement concernant la dispense temporaire de brevet qui leur transférerait la technologie vaccinale. Le G7 a aussi raté l’occasion de combler un trou financier de l’ordre de 100 milliards $ dans la lutte contre le changement climatique d’ici à la COP26 cet automne.

Sur le plan géopolitique, on peut regretter que les récents sommets européens se soient davantage concentrés sur l’unification du monde occidental, au lieu d’envisager des moyens inédits susceptibles de renforcer le sentiment d’appartenance et l’intégration de la Russie et de la Chine à la communauté internationale.

Déplaçant pour la première sa focale sur la Chine, plutôt que sur l’ennemi traditionnel russe, les dirigeants de l’OTAN ont déclaré que Pékin présentait un risque pour la sécurité, «affirmant des défis systémiques à l’ordre international fondé sur des règles».

Par ailleurs, déterminé à maintenir une vieille pratique particulièrement contre-productive dans la politique étrangère des États-Unis, Biden a présenté à son homologue russe Vladimir Poutine une longue liste de griefs contre Moscou. Ils vont des ingérences présumées dans les affaires politiques intérieures des États-Unis, aux accusations de cyberattaques et au traitement du leader de l’opposition russe Alexei Navalny.

Biden a aussi réitéré l’insistance de Washington pour que la Russie revienne sur son annexion de la Crimée en 2014 et retourne la péninsule à l’Ukraine. Comme ses prédécesseurs, le président américain reste toutefois aveugle aux propres provocations américaines.

L’annexion de la Crimée était une riposte à l’ingérence de l’administration Obama dans les affaires politiques intérieures de l’Ukraine pour aider les manifestants à renverser le gouvernement élu et pro-russe du président Viktor Ianoukovitch.

Les dirigeants russes semblaient craindre que l’Ukraine ne devienne un avant-poste de l’OTAN à leurs portes, ce qui empiéterait grandement sur les intérêts fondamentaux de la Russie en matière de sécurité. Pour la Russie, la demande de Washington est dès lors irrecevable et torpille toute perspective de relations cordiales et coopératives entre les deux pays.

Ce qu’il convient d’appeler la «diplomatie de capitulation» américaine – bdes demandes irréalistes sans rien donner en retour – a échoué maintes et maintes fois. Elle ne semble guère convaincre non plus les principaux alliés de Washington.

Parlant de l’OTAN, le président français Emmanuel Macron se fait un point d’honneur à rappeler que «la Chine n’a pas grand-chose à voir avec l’Atlantique Nord» et qu’il était important «de ne pas biaiser notre relation». De même, Angela Merkel aurait exprimé sa préoccupation que le G7 ne soit «pas contre quelque chose», plutôt que d’être «pour quelque chose».

Une approche totalement différente serait nécessaire. Se comporter comme un tyran dans les négociations ne mène qu’à l’intransigeance et au refoulement des adversaires. Taïwan signalait cette semaine la plus grande intrusion d’avions militaires chinois (28) dans son espace aérien. Un hasard?

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