Il y a de ces rares films qui continuent de vous hanter après leur visionnement. Saint Maud (Netflix) est un de ceux-ci.

Maud (la sublime Morfydd Clark) est une jeune infirmière. On devine qu’elle traîne un très lourd passé – marqué par un événement dramatique non dévoilé qui s’est déroulé alors qu’elle travaillait dans un hôpital.

Récemment convertie au catholicisme, dont elle suit les doctrines avec beaucoup de zèle, Maud prend maintenant soin de personnes en fin de vie. Sa plus récente cliente est une ancienne danseuse célèbre, Amanda, qui vit très mal avec sa mort imminente.

Maud se donnera alors comme mission de sauver l’âme d’Amanda. Un mandat qui ne se fera pas sans heurt pour la jeune infirmière pieuse…

Renommé

Tourné par la nouvelle venue Rose Glass, Saint Maud débarque sur nos écrans avec une belle réputation.

Coup de coeur des festivals de Toronto et de Londres, notamment, en 2019, le film a vu son parcours freiné par la pandémie.

Prévu pour sortir en salles au printemps 2020, il a finalement été lancé en vidéo sur demande en février avant d’aboutir sur Netflix il y a quelques jours.

L’attente valait toutefois la peine parce que ce petit drame psychologique britannique d’à peine 84 minutes est une formidable nouvelle entrée dans le genre.

Obtus

Étrange et atmosphérique, Saint Maud est typique du cinéma d’horreur européen, historiquement beaucoup plus expérimental, symbolique et parfois obtus que son contre-parti commercial américain.

La cinématographique de Glass – qui n’avait pas encore 30 ans au moment du tournage – est méthodique est très étudiée. Même chose pour les effets sonores, qui contribuent à l’ambiance à la fois intime et angoissante.

Si les 80 premières minutes n’ont rien d’exceptionnelles, tout change lors de la scène finale, immensément choquante et provocatrice.

Une formidable minute de cinéma qui nous force à réévaluer tout ce qu’on vient de voir et qui transforme ce qui était jusque là une oeuvre banale en un film coup de poing.

Le spectateur réalise alors qu’il a ingénieusement été manipulé du début à la fin et que le parcours de Maud est beaucoup plus troublant qu’à première vue.

Inspiré notamment de Joker (2019) et Taxi Driver (1976), Saint Maud est un essai sur le fanatisme religieux, la santé mentale, la solitude, le désespoir et la frontière floue entre la fiction et la réalité.

C’est aussi un très rare film qu’on apprécie beaucoup plus à mesure qu’on décortique et qu’on intériorise ce qu’on vient de voir.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Awake: générique et endormant

Combien faudrait-il de temps à l’humanité pour s’éteindre si tous ses membres perdaient la capacité de dormir? L’idée est intéressante, mais le traitement qu’en fait Awake (Netflix) est très décevant.

Jill (Gina Rodriguez, de la série Jane the Virgin) est une ancienne combattante qui tente de remettre sa vie sur les rails après avoir souffert de problèmes de consommation de drogues.

Un jour, alors qu’elle emmène sa fille Matilda et son fils Noah en promenade, sa voiture tombe en panne. Jill réalise alors que tous les appareils électroniques ont cessé de fonctionner.

Le soir, elle est incapable de trouver le sommeil. Tout comme sa mère et son fils… et tous ses concitoyens.

Des scientifiques se lancent alors dans une course contre la montre afin de trouver un remède. Parce qu’il ne faudra que quelques jours pour que chaque humain, privé de sommeil, voie ses fonctions vitales se détériorer jusqu’au point de non-retour.

Matilda est toutefois une des rares personnes à ne pas avoir perdu la capacité de s’endormir. Et les scientifiques tiennent à tout prix à l’examiner.

Déchirée, Jill doit décider si elle accepte que Matilda serve de cobaye ou si elle doit plutôt transporter sa fille en lieu sûr afin qu’elle survive à l’apocalypse.

Bonne idée

L’idée de base de Awake est intéressante et vraiment originale. Malheureusement, comme c’est parfois le cas avec des films produits par Netflix, celle-ci aurait pu être beaucoup mieux développée.

J’imagine que, pour les bonzes de Netflix, la tentation d’aller en production rapidement – pour ainsi tirer profit de la bonne idée le plus vite possible – plutôt que de prendre le temps de peaufiner le scénario a été trop grande.

On a donc droit à un traitement conventionnel d’un événement apocalyptique: la ville sombre dans l’anarchie, certains se tournent vers Dieu et les personnages principaux se lancent dans un dangereux road trip inutilement sanglant.

Awake aurait pourtant pu être beaucoup plus moralement ambigüe. Il y aurait aussi certainement eu moyen d’y insérer une analogie philosophique sur le sommeil qui aurait été une critique déguisée de notre société.

Même la dimension religieuse aurait pu être davantage développée, un peu comme dans l’excellent The Mist (2007).

Netflix et le réalisateur/scénariste Mark Raso ont toutefois opté pour la facilité et la paresse, en tournant un film sans envergure, aux scènes d’action ennuyeuses, au rythme inégal et aux personnages à peu près pas développés.

Entre vous et moi, une bonne sieste vous comblera davantage que ce film générique et rapidement oubliable.

(Deux étoiles sur cinq)

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