En conférence de presse vendredi, le premier ministre Justin Trudeau avait les bons mots abordant la découverte macabre de 751 nouvelles tombes anonymes en Saskatchewan. Il parlé d’«erreur atroce» s’agissant d’enfants arrachés de force aux mains de leurs parents et de les soumettre à des traitements inhumains.

Début juin, Justin Trudeau avait déjà présenté des excuses au sujet de la précédente découverte de 215 restes d’enfants autochtones qui venaient d’être retrouvés dans un ancien pensionnat géré par l’église catholique de la Colombie-Britannique.

Mais les mots ne suffiront pas. Le manque d’intérêt de son gouvernement devant les injustices historiques faites aux populations autochtones placera le Canada dans le collimateur des défenseurs des droits de la personne dans le monde et le délégitime durablement dans sa prétention à être un «porte-étendard» des valeurs de libertés dans le monde.

Mardi, le Canada, soutenu par une quarantaine de pays, dénonçait à l’ONU la situation des droits de la personne dans la région chinoise du Xinjiang. La déclaration demande à la Chine de donner «un accès immédiat, significatif et sans entrave au Xinjiang aux observateurs indépendants, y compris la haute-commissaire», et de «mettre fin à la détention arbitraire des Ouïgours et des membres d’autres minorités musulmanes».

En réponse, un représentant chinois a lu une déclaration commune au nom de la Russie, du Bélarus, de la Corée du Nord, du Venezuela, de l’Iran, de la Syrie et du Sri Lanka, portant sur les «graves violations des droits de la personne dont sont victimes les populations autochtones au Canada». La déclaration chinoise demande une enquête sur tous les cas «où des crimes ont été commis contre les populations autochtones», en indiquant qu’«entre les années 1830 et 1990».

Il est généralement reconnu que les peuples autochtones du Canada (Premières Nations, Métis, Inuits) ont été soumis à un traitement ignoble par les gouvernements canadiens successifs. Les Inuits, qui habitent les régions arctiques ont, eux, bénéficié d’une meilleure qualité de vie grâce à des politiques préférentielles, les régions arctiques étant étroitement liées aux intérêts nationaux du Canada.

À sa défense, l’actuel gouvernement Trudeau a peut-être fait davantage que ses prédécesseurs dans le cadre de la gouvernance autochtone. En particulier, elle a proposé au cours des dernières années plusieurs nouvelles lois perfectibles, mais qui vont dans la bonne direction.

Les peuples autochtones attendaient toutefois beaucoup du candidat Justin Trudeau qui en avaient reçu un solide appui lors des élections fédérales de 2015. Mais son gouvernement semble manquer d’audace à cet égard.

La politique n’y serait pas étrangère. Les analystes font souvent remarquer que la proportion des peuples autochtones dans la population du Canada n’est pas importante. Leur participation à la vie politique et leur influence sur le vote sont relativement faibles par rapport aux autres groupes ethniques. Par conséquent, ni le gouvernement fédéral ni les administrations locales n’accordent guère d’attention à la question concernant les peuples autochtones.

Le problème est que, comme le cas chinois peut en témoigner, le Canada revendique une diplomatie mondiale agressive en faveur des droits de l’homme. Il a signé l’essentiel des déclarations sur les droits de l’homme dans l’histoire moderne. Ottawa est cependant régulièrement accusé de se dérober à ses obligations morales envers les Autochtones.

Il a voté contre (avec seulement trois autres pays – l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis) la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (ONU) qui a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2007. Ce geste incompréhensible contraste fortement avec l’image internationale du Canada en tant que «porte-étendard» des droits de la personne dans le monde.

De nouvelles mesures seront nécessaires si l’on veut améliorer la gouvernance des peuples autochtones au Canada qui est toujours fondée sur la Loi sur les Indiens, vieille de 145 ans, ainsi que sur l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sous l’administration de Pierre Trudeau.

Bien que l’administration Trudeau ait exprimé sa détermination à résoudre les problèmes autochtones par des réformes, il n’échappe pas aux observateurs qu’elle n’a pratiquement élaboré aucune sérieuse stratégie en vue de régler les problèmes structurels des Autochtones. Il y aurait en particulier le problème de la répartition inégale des droits et des avantages entre les gouvernements locaux et les peuples autochtones.

L’équilibre mondial des puissances, caractérisé par un déclin de la domination américaine et le retour de grandes puissances autoritaires comme la Chine, fait en sorte que des puissances moyennes comme le Canada, la France et l’Allemagne se trouvent dans une meilleure position pour influencer le cours des affaires mondiales.

Mais tant qu’il n’aura pas apporté les bonnes réponses au sort tragique des populations autochtones, entre autres actions nécessaires, le Canada peut-il s’attendre à être pris au sérieux dans le monde?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle