On entend parfois dire qu’un film est meilleur que la somme de ses parties. Avec Black Widow (en salles depuis jeudi), c’est l’inverse: pris isolément, les principaux ingrédients du plus récent chapitre de l’Univers cinématographique Marvel sont supérieurs à l’entièreté de l’oeuvre.

Black Widow met en vedette le personnage du même nom interprété depuis 2010 par Scarlett Johansson.

Espionne et tueuse «créée» par un tyran russe, l’athlétique rouquine a fait défection pour joindre les Avengers. On l’a depuis vue combattre aux côtés d’Iron Man, Captain America et Hulk, notamment, jusqu’à son ultime sacrifice, dans Avengers: Endgame (2019), lors de la guerre contre Thanos.

Le film de Cate Shortland (Lore, Berlin Syndrom) nous ramène dans le temps, après les événements de Captain America: Civil War (2016), alors que la moitié des Avengers sont en cavale parce qu’ils refusent de travailler sous la supervision du gouvernement des États-Unis.

Natasha Romanoff, alias Black Widow, est une des fugitives. On la retrouve alors qu’elle adopte un profil bas dans la toundra norvégienne.

Le confort de Natasha sera toutefois de courte durée. Sa «soeur», Yelena (Florence Pugh), une autre diplômée du programme de tueuses russes, fait elle aussi l’objet d’une chasse à l’homme, mais pour des raisons différentes.

Quand Yelena fait parvenir à Natasha un colis au contenu sensible, Black Widow se retrouve dans la mire d’un dangereux mercenaire. Pourchassées et n’ayant plus rien à perdre, les deux jeunes femmes décident d’unir leurs forces afin de faire tomber les dirigeants de la mythique Chambre rouge, l’endroit qui leur a volé leur jeunesse et leur libre arbitre pour les transformer en machine à tuer.

Du très bon

Black Widow n’est pas un mauvais film, loin de là. Sa plus grande force est probablement le jeu de Florence Pugh dans le rôle de Yelena.

Je ne pensais jamais écrire cette phrase un jour, mais Black Widow n’est pas l’assassine la plus intéressante dans le film qui porte son nom. Voilà qui devrait vous convaincre de la qualité du travail de Pugh.

Sarcastique, cynique et pleine d’esprit, Yelena est un véritable petit bulldog et campe à merveille le rôle de la petite soeur malcommode.

Avec ce rôle, la Britannique âgée de 25 ans poursuit son ascension stratosphérique à Hollywood, après des rôles très remarqués dans Midsommar (2019) et Little Women (2019).

Yelena mérite à son tour son propre film. C’est aussi simple que ça.

Il faut aussi souligner la cinématographie de Cate Shortland. L’Australienne nous arrive du milieu du cinéma indépendant et elle a instillé à Black Widow une intéressante dose de recherche visuelle.

Au coeur de son oeuvre: les couleurs blanc, rouge et noir. Chaque scène importante est pigmentée d’une ou plusieurs de ses trois couleurs, ce qui donne à l’ensemble une facture visuelle totalement unique.

Parlant d’unicité, les deux principales scènes d’action sont d’une originalité et d’une complexité jamais vues dans l’Univers cinématographique Marvel. La première, dans le goulag russe, déborde d’inventivité alors que la seconde, tournée en chute libre, m’a solidement impressionné par son audace.

Enfin, il est confortant de voir Natasha s’affranchir enfin d’un passé qu’elle traîne comme un boulet depuis sa première apparition à l’écran. Ce film donne aussi beaucoup plus de profondeur au personnage de Black Widow, tout en rendant son sacrifice, dans Endgame, doublement émouvant.

Du moins bon

Vous venez de lire de tout ça et vous vous dit: «mais mon dieu, ça semble génial ce film, qu’est-ce qui peut bien clocher?»

La réponse: le ciment qui unit les briques.

Black Widow n’était pas un film nécessaire. C’est donc davantage un prétexte pour ramener Scarlett Johansson au grand écran qu’une oeuvre qui sert à faire avancer l’intrigue du toujours en mouvement Univers cinématographique Marvel.

Parce que la vérité, c’est que les raisons qui poussent Natasha à se battre et à multiplier les pirouettes sont extrêmement ténues.

On comprend qu’elle souhaite se venger et libérer d’autres jeunes femmes qui, comme elle, sont endoctrinées contre leur gré. Va.

Mais le gros vilain, son plan machiavélique et la réunion de Natasha avec sa «famille»… tout ça semble forcé et mis sur pellicule uniquement pour plaire aux lecteurs de bandes dessinées.

Je vous donne en exemple le personnage du Red Guardian, interprété par David Harbour (Hopper dans Stranger Things). On le voit beaucoup et son humour est omniprésent, mais quand on prend un peu de recul, on en vient à la conclusion qu’il, tel un figurant de luxe, n’accomplit absolument rien d’essentiel.

Ce personnage est à l’image du reste du film: sur le coup, on a l’impression de voir quelque chose de très spécial, mais en y réfléchissant bien, on réalise que le tape-à-l’œil camoufle un important manque de substance.

(Trois étoiles et demi sur cinq)

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