Parlons de la fierté gay. Je sais que vous en mourez d’envie. Rien de plus plaisant qu’une fierté assumée! Parlons du Rendez-vous de la fierté Acadie Love, événement phare des communautés sexuelles minoritaires de la Péninsule. Ça commence demain, 15 juillet, ça dure trois jours, à Caraquet et dans le cyberespace.

Le nouveau maire de Caraquet nous le rappelait également sur Facebook, ajoutant un autre événement d’importance régionale: le début de la neuvaine de Sainte-Anne. On ne pourrait mieux résumer les deux «extrémités» de l’Acadie!

En ce qui a trait à sainte Anne et à sa fille Marie de l’Assomption, ces dévotions font partie d’une histoire ancienne qui reflète bien le lien privilégié qui unit l’Acadie à des membres influents de la famille Céleste! L’Acadie, peuple martyr malmené par l’Histoire, a, de longue date, saisit la nécessité de se placer sous la protection des Puissants.

C’est également ce qui explique son irrédentiste dévotion envers le Parti libéral qui sait très bien à quels moments répandre ses subventions pour transformer cette dévotion en retombées électorales.

En ce qui a trait au Rendez-vous de la fierté Acadie Love, heureusement subventionnée, la dévotion est plus récente, l’événement n’ayant fait son coming-out que depuis cinq ans. Cette année, ça se passera à la fois en présentiel et en distanciel.

Espérons qu’on n’oubliera pas l’arc-en-ciel!

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Je voulais vous parler de fierté gay, lesbienne, etcetera, mais en prenant connaissance du programme d’Acadie Love 2021, j’hésite un peu, car on a retenu une thématique qui semble créer plus de stress que de fierté, du moins pour le moment, chez ceux et celles qui vivent cette thématique dans des conditions pénibles: la transidentité.

Car pour célébrer cette fameuse fierté, encore faut-il pouvoir assumer son identité.

Déjà, il faut préciser le terme «trans». D’un côté, il y a les personnes transsexuelles pour qui les attributs sexuels ne correspondent pas à leur identité et qui recourent à un traitement hormonal et à une chirurgie pour harmoniser le tout.

De l’autre, les personnes transgenres qui, essentiellement, ne se reconnaissent pas dans le genre assigné à leur naissance. Elles peuvent suivre un traitement hormonal, mais sans aller jusqu’à la chirurgie.

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On a l’impression que le phénomène progresse beaucoup en ce moment chez les jeunes. La parole se délie. Des ados qui oscillent entre le masculin et le féminin, sans savoir comment résoudre cette énigme.

Ils se cherchent. Ils cherchent à «fixer» une identité qui leur échappe. Identité mouvante, imprécise, nébuleuse. Il n’est pas évident de désenchevêtrer ce nœud gordien.

On peut espérer que le thème retenu cette année par Acadie Love sera débattu avec une ouverture d’esprit qui n’exclut pas le regard critique. Car des études auraient démontré que pour un certain nombre de jeunes personnes se croyant «trans», cette identification cache plutôt un mal-être face à la découverte de leur homosexualité ou de leur lesbianisme, et à la difficulté de l’assumer. Ce qui n’a rien à voir avec la transidentité!

Et il serait dommageable, sous couvert d’ouverture d’esprit, de faire preuve d’un prosélytisme inconscient induisant de jeunes personnes à faire un choix aussi radical que les traitements hormonaux ou la chirurgie, à un moment de leur vie où ils n’ont pas suffisamment de maturité pour en mesurer toutes les conséquences.

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Côté Acadie Love festif, on prévoit quand même quelques moments de gaieté en musique. Et les personnificateurs féminins seront encore à l’honneur cette année, cinq fois plutôt qu’une, car la reine Mado Lamotte sera rejointe au panthéon scintillant de l’humour kitsch par un essaim de divas locales toutes plus abracadabrantes les unes que les autres.

Ciel! Mettant en pratique sa prédilection pour la diversité, Acadie Love a-t-elle développé un fétiche pour les drag queens?

Compte tenu du fait que beaucoup confondent encore personnes gays, lesbiennes, trans, travestis et personnificateurs féminins, il est à se demander si cela brise les préjugés à l’égard de ces personnes ou si cela ne fait que les renforcer.

La question est lancée.

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MA FRANCE, MES AMOURS

Un mot pour nos frères et sœurs de France qui soulignent aujourd’hui la prise de la Bastille, en 1789, bougie d’allumage de la Révolution française.

Beaucoup perdirent alors la tête, mais, heureusement, plusieurs ont su la garder fermement en place pour en faire le pays des logorrhées, des dithyrambes, des saillies, des coq-à-l’âne, des calembours, des quiproquos, et autres si merveilleuses circonvolutions sémantiques qui donnent à notre langue son génie!

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Aujourd’hui, tout comme les ados transgenres, la France se cherche. Elle a mal à son identité. Est-elle encore française, laïque, de civilisation chrétienne, strictement européenne?

N’est-elle pas plutôt devenue un creuset où mijote un embrouillamini de cultures, de religions, d’origines ethniques, sur fond de populismes extrêmes?

Est-elle toujours le pays de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité?

La Liberté de partager un idéal commun, ou celle d’exiger la préséance de ses désirs individuels? L’Égalité pour tous, ou celle des clivages de classe hérités d’une histoire millénaire? La Fraternité de la mixité, de l’interdépendance, de l’intégration, ou celle des zones de non-droits, glissant vers l’apartheid socio-culturel?

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En vue de l’élection présidentielle de l’an prochain, le président Macron – qui mène une politique basée sur le «en même temps», sorte d’expression de dissonance cognitive érigé en doxa du discours national – saura-t-il galvaniser ses concitoyens en leur présentant un bilan alourdi par la fronde des Gilets jaunes, le blocage de ses réformes, le cafouillage des mesures contre la pandémie, la montée de l’ensauvagement, les contradictions entre les intérêts souverains de la France et les visées néo-impérialistes de l’Union européenne?

Dans une allocution à la nation, lundi, il a appelé ses compatriotes à «reprendre le contrôle de notre destin». La France aurait donc perdu ce contrôle? Pourra-t-elle le reprendre?

Bien malin qui aurait réponse à toutes ces questions. Mais elles risquent de s’imposer dans la campagne de l’élection présidentielle. Abstention électorale ou non.

En attendant, malgré son malaise identitaire, la France est en fête. Yéé. Espérons qu’Acadie Love le soit aussi!

Han, Madame?

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