Le choix de Mme Mary Simon comme gouverneure générale a suscité l’émoi la semaine dernière. Pour la première fois de l’histoire, nous aurons une représentante autochtone de Sa Majesté au Canada. Née dans la communauté inuite de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik, Mme Simon a fait carrière aux Affaires étrangères, notamment en tant qu’ambassadrice au Danemark.

Nul besoin de vous rabattre les oreilles avec le fait que Mme Simon ne parle pas français. Tout a déjà été dit sur le sujet.

Toutefois, la nomination d’une personne ayant l’inuktitut comme langue maternelle fut accompagnée d’une prise de conscience généralisée sur les langues autochtones. La très grande majorité d’entre elles n’existent qu’en territoire nord-américain. L’inuktitut est d’ailleurs une exception notable, étant aussi parlé au Groenland. Ces langues ont été non seulement négligées, mais historiquement opprimées par les gouvernements canadien et états-unien. À tel point que certaines d’entre elles sont déjà disparues, comme le béothuk, langue du peuple du même nom, vivant sur l’île de Terre-Neuve jusqu’à son extinction en 1829.

Des quelque 60 langues autochtones qui restent au Canada, seulement trois sont considérées comme étant en bonne santé: le cri, l’ojibwé et l’inuktitut, détenant 96 000, 57 000, et 40 000 locuteurs, respectivement. Parmi les langues autochtones présentes dans les Maritimes aujourd’hui, on compte un peu plus de 7000 individus parlant le mi’kmawi’simk, langue du peuple mi’kmaq. Les langues malécites, le wolastoqey et le passamaquody, ne sont encore parlées que par environ 350 et 500 locuteurs respectivement; la très grande majorité d’entre eux ont plus de 50 ans. Autrement dit, ces langues pourraient disparaître d’ici une génération ou deux.

L’adoption, en 2019, de la Loi sur les langues autochtones, avait été célébrée par le gouvernement fédéral qui, pour la première fois, se reconnaissait une responsabilité dans la revitalisation et la préservation de ces langues. Cette loi n’avait toutefois pas fait de vagues parmi la population en général. Et pour cause: elle ne remettait pas en question le statut quo symbolique des langues officielles.

Il aura fallu la nomination de Mme Simon pour qu’on se pose réellement la question dans l’arène publique: devrait-on officialiser les langues autochtones?

Si on prend la peine d’écouter les premiers intéressés sur la question, on se rend rapidement compte que la réponse n’est pas simple. Certaines communautés autochtones souhaitent effectivement pour leur langue un statut égal au français et à l’anglais. D’autres n’ont que faire de ce statut, surtout s’il n’est pas accompagné de services et surtout, de ressources afin d’habiliter leurs communautés à renforcer leur langue afin d’assurer leur survie.

La complexité de l’enjeu ne signifie pas, néanmoins, que la conversation ne mérite pas d’avoir lieu, au contraire. Et les événements de la semaine dernière nous rappellent qu’il est primordial que les francophones participent à cette conversation.

Les communautés francophones et acadienne ont durement gagné leur place à la table des langues officielles au Canada. Il est maintenant temps d’y ajouter des chaises – tout en continuant à occuper la nôtre.

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