J’ai eu l’occasion d’avoir une belle et longue conversation avec l’entraîneur des gardiens du Lightning de Tampa Bay Frantz Jean, mardi après-midi.

Frantz, pour ceux et celles qui l’ignorent, c’est le gars à qui l’on doit une bonne partie des succès d’Andrei Vasilevskiy, le merveilleux portier du Lightning (et nouveau récipiendaire du trophée Conn Smythe) qui vient de mener son équipe à une deuxième Coupe Stanley consécutive.

D’abord, même si nos chemins se sont rarement croisés parce dans le passé il faisait davantage affaire avec un collègue, j’en sais néanmoins assez à son sujet pour vous dire qu’il est difficile de trouver une personne plus attachante que Frantz Jean. Si vous l’avez déjà vu en entrevue à la télévision, sachez qu’il est comme ça dans la vraie vie.

Il adore particulièrement parler de hockey. Tellement qu’il m’a été impossible d’utiliser tout ce qui a été dit dans l’autre texte se trouvant dans l’édition d’aujourd’hui.

Et comme il me restait encore beaucoup de bon matériel, j’ai donc pensé prolonger votre plaisir dans cette chronique.

J’ai par exemple voulu savoir ce qu’il pensait du fait que les gardiens des quatre dernières équipes en lice dans les séries (Vasilevskiy, Tampa Bay; Carey Price, Montréal; Marc-André Fleury, Vegas; Semyon Varlamov, NY Islanders) sont tous d’anciens choix de premier tour. Ma question ressemblait à ceci: «Les gardiens sont depuis quelques années rarement sélectionnés en première ronde. Se pourrait-il que la situation de cette année change la façon de faire des équipes?»

Après un court silence, il finit par m’avouer qu’il n’en a aucune idée.

«C’est tellement difficile d’évaluer un gardien au niveau junior ou un niveau équivalent. Une fois en âge de se faire repêcher, les gardiens sont pas mal tous rendus au même niveau sur le plan technique. Les meilleurs se ressemblent tous. Ce sont seulement les petites nuances qui font en sorte que tel gardien réussit à percer», m’explique-t-il.

«Bien sûr, il y aura toujours des exceptions. Un gars comme Spencer Knight avec les Panthers, tout le monde savait déjà à quel point il était bon lorsqu’il a été repêché. C’est un peu la même chose avec (Jake) Oettinger à Dallas», mentionne-t-il.

J’ai également voulu connaître son avis sur la nouvelle mode qui consiste à créer des comités pour assurer un meilleur développement des gardiens. Les Panthers de la Floride font partie de ces clubs avant-gardistes, eux qui ont confié la direction de leur comité à Roberto Luongo.

«Nous fonctionnons déjà pas mal de la même façon à Tampa Bay, sans toutefois avoir le titre formel. Je m’occupe des gardiens du Lightning, mais nous avons aussi un entraîneur dans la Ligue américaine (Joe Palmer), ainsi qu’un recruteur uniquement pour les gardiens (Jared Waimon). Je leur parle au moins une fois par semaine afin de m’assurer que nous sommes sur la même longueur d’onde», dit-il.

Quand je lui ai demandé si la conquête de cette année avait été plus facile que celle de l’an dernier, il n’a pas hésité à me dire que ç’a été tout le contraire.

«Ç’a définitivement été plus facile l’an dernier. Nous avons gagné nos deux premières séries en cinq parties, puis les deux autres en six duels. Si on fait le calcul, nous n’avons perdu que six matchs. Cette année, j’ai trouvé que ça avait été plus difficile. En première ronde, nous avons eu un très gros test devant les Panthers de la Floride. Ils ont selon moi la meilleure attaque de la ligue. Il n’y a pas une seule équipe dans la LNH qui a autant de profondeur à l’attaque que les Panthers. OK, ils n’ont pas de Connor McDavid, mais ils ont énormément de profondeur», souligne-t-il.

«Et contre les Islanders de York, ç’a été très dur physiquement. La série s’est rendue à la limite. Les clubs dirigés par Barry Trotz sont toujours difficiles à jouer contre. Tout ça pour dire qu’il a fallu travailler un peu plus pour gagner la coupe cette année», indique Jean.

À savoir si le Lightning pourra remplacer les joueurs appelés à partir en raison de la masse salariale de l’équipe qui pose problème, Frantz Jean croit que le directeur général Julien BriseBois parviendra à trouver des solutions.

«Nous avons encore beaucoup de bons jeunes qui attendent leur tour dans la Ligue américaine avec le Crunch de Syracuse. Je pense à Alex Barré-Boulet, Boris Katchouk, Taylor Raddysh, Ben Thomas et Cal Foote, entre autres. Et c’est sans oublier des gars comme Mathieu Joseph et Mitchell Stephens qui sont déjà avec l’équipe et qui n’attendent que leur chance pour avoir un poste régulier. Ce sont tous des gars qui cognent à la porte et il y en a d’autres», révèle-t-il.

La filière québécoise

C’est maintenant bien connu, l’organisation du Lightning aime puiser dans la LHJMQ. J’ai voulu en savoir plus à ce sujet.

«C’est devenu une fierté chez le Lightning de donner la chance à des joueurs de la LHJMQ. Et avec le temps, c’est devenu pour nous une belle carte de visite. Les joueurs de la LHJMQ savent que le Lightning n’hésite pas à signer des Québécois.»

Avec raison puisqu’on retrouve présentement des Québécois un peu partout dans l’organigramme de l’équipe, que ce soit Julien BriseBois, Mathieu Darche et Jean-Philippe Côté du côté de la direction, Frantz Jean du côté des entraîneurs, ou encore Yanni Gourde, Mathieu Joseph, Alex Killorn, Alex Barré-Boulet, Daniel Walcott, David Savard, Peter Abbandonato, Jimmy Huntington, Antone Morand, Gabriel Fortier et Samuel Montembeault chez les joueurs. Ajoutez à cela les anciens joueurs de la LHJMQ en provenance de l’Europe, Nikita Kucherov, Ondrej Palat, Christopher Gibson et Otto Somppi. Ça commence à faire beaucoup de monde.

Parlant de David Savard, Frantz Jean était vraiment content d’avoir retrouvé quelqu’un avec qui il avait déjà savouré un championnat dans le passé. Les deux hommes faisaient partie des Wildcats de Moncton en 2009-2010.

«J’ai gardé contact avec David depuis tout ce temps, confie-t-il. Chaque fois que nous affrontions les Blue Jackets de Columbus, on faisait certain de se voir après chaque match pour jaser un peu. C’était spécial de gagner la Coupe Stanley ensemble. Ç’a été un beau moment. David, c’est vraiment un bon gars. Il a une personnalité extraordinaire. J’étais tellement content que ce soit lui qui ait réussi le gros jeu sur le but vainqueur du dernier match. Il a fait une passe incroyable à (Ross) Colton. J’ai d’ailleurs une anecdote au sujet de cette passe. Quand je lui ai dit à quel point sa passe m’avait impressionné, David m’a répondu que la vérité c’est qu’il visait plutôt le coin dans le haut du filet. Il blaguait bien sûr», raconte Frantz Jean.

Un fils hockeyeur

J’ai également appris que le fils de Frantz, Néko, est considéré comme l’un des beaux talents en vue du prochain repêchage de la LHJMQ. I va jouer sous les ordres d’Olivier Filion cet hiver chez les Saints de Mount Academy, une école privée basée à Charlottetown.

«Néka va jouer au sein du programme des moins de 17 ans sous les ordres de l’ancien joueur du Titan d’Acadie-Bathurst Olivier Filion. Néka faisait déjà partie du programme des moins de 15 ans de cette école l’an dernier et il a connu une très bonne saison (24 buts et 42 points)», indique-t-il.

Eh non, Néka n’est pas un gardien, mais un joueur de centre.

«Il n’a jamais voulu être gardien, avoue le paternel. Néka a une personnalité de créateur et en jouant au centre, ça lui permet justement de s’exprimer et d’être créatif», explique-t-il.

J’ai évidemment demandé à Olivier Filion ce qu’il pensait du fils de Frantz. Voici en gros ce que Filion m’a répondu.

«Il sera l’un des excellents espoirs pour le prochain repêchage, estime l’ancien numéro 64 du Titan. Il voit bien le jeu et il est habile à l’attaque. Il doit cependant continuer de prendre de la masse musculaire pour aider son explosion sur patins. Cela dit, je n’ai aucun doute quant au potentiel de Néka. Il adore jouer au hockey.»

Ce qu’en pense le Bleu et Or

En terminant, j’ai eu la drôle d’idée de demander à quelques acteurs du premier des neuf championnats importants dans la carrière de Frantz Jean de nous parler un brin de leur ancien coéquipier. Il s’agit bien sûr du championnat canadien de 1995 avec les Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

Selon les gars avec qui j’ai discuté, Frantz avait déjà cette soif de vaincre et ce charisme qui le caractérise si bien.

«Je ne suis aucunement surpris du cheminement de Bergy, affirme Ricky Jacob. À l’époque, il était déjà très concentré sur ce qu’il faisait tout en étant très déterminé. Bergy était vraiment compétitif. Il n’abandonnait jamais. Je suis fier de ce qu’il est devenu.»

«J’ai évidemment connu Frantz avec les Aigles Bleus et je me souviens qu’il était déjà très discipliné, que ce soit pendant les entraînements ou les parties, ou encore à l’extérieur de la patinoire. Sa manière de faire était exemplaire. Je n’ai aucun doute qu’il est un entraîneur dévoué dans son travail», raconte de son côté Michel Savoie.

«J’ai vu Frantz à l’œuvre alors que j’en étais à mes premières années comme entraîneur-chef avec les Aigles Bleus. J’avais tout de suite remarqué sa personnalité et son éthique de travail. Ce sont des valeurs qu’il a toujours gardées et nous voyons maintenant les résultats», signale Pete Belliveau.

Terry Toner raconte pour sa part: «J’ai eu l’occasion de jouer quatre saisons avec Frantz et je suis le dernier surpris de son cheminement. Il aimait tellement le sport et son éthique de travail était déjà au-delà de la norme. Il était perfectionniste et il portait attention aux moindres détails. Il avait aussi une facilité à communiquer. Frantz était fait pour devenir entraîneur et il a encore plusieurs belles années devant lui».

Le mot de la fin appartient à Patrick Caron.

«Bergy ne prenait pas beaucoup de place dans le vestiaire, mais c’était un excellent coéquipier. Même s’il ne gardait pas souvent les buts en séries, il était toujours positif. Frantz, c’est un gars qui observe beaucoup. C’est un analytique et pour un entraîneur des gardiens c’est une qualité nécessaire. Il a aussi toujours été un gars respectueux et je suis convaincu que tous les gens qui ont depuis profité de ses enseignements l’ont apprécié autant que nous ses coéquipiers des Aigles Bleus. Quand tu as une personnalité comme celle de Frantz, tu fais normalement assez vite ta place dans le monde du hockey. Il peut être fier de lui. Il est quand même l’entraîneur du meilleur gardien au monde», souligne avec justesse Patrick Caron.

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