Nous vivons à une époque qui exige des prises de position claires, comme si notre monde ne comportait aucune nuance. Pourtant, le 26 juillet Mary Simon deviendra gouverneure générale du Canada et, pour nous francophones, sa nomination génère des sentiments contradictoires.

Comme toute ma vie tourne autour de la langue française, de sa défense et du respect de la notion de bilinguisme officiel, je me sens obligée de vous partager ma réaction à la nomination de cette éminente Inuit et Canadienne au poste de gouverneure générale.

Pour la première fois, nous sommes confrontés à une personne bilingue, mais pas dans les deux langues officielles du Canada. En même temps, nous sommes sensibilisés au besoin criant de réconciliation entre nous – colonisateurs de ce pays qui n’était pas à nous – et les Autochtones. Avouons-le, ça complique un peu les choses.

Soit, même si Mary Simon n’a pas eu le droit d’étudier en français à l’école, elle a été plus de 20 ans dans la fonction publique fédérale et aurait eu largement le temps d’apprendre notre langue. Malheureusement, c’est toujours après coup qu’on y pense! À sa décharge, elle ne pensait sûrement pas finir sa carrière dans le plus haut poste au pays. Il est vrai aussi que les anglophones réagiraient différemment si Mme Simon était bilingue dans sa langue et en français. Une prochaine fois, peut-être?

En revanche, nous avons tous connu des GG qui baragouinaient le français, respectant ainsi le niveau minimum institutionnel acceptable de bilinguisme, ce que l’éthicien René Villemure appellerait sans doute «un bilinguisme de vitrine», tout en n’ayant aucune idée de la réalité des Acadiens ou Francophones au pays.

Alors voici ma position: si je regrette que Mary Simon ne parle pas ma langue, je sais qu’elle comprend, intimement, dans sa chair, ce que c’est d’être minoritaire, ignorée, tolérée et souvent laissée pour compte par la majorité. Je ne suggère pas, de loin s’en faut, que nous souffrons aujourd’hui comme les Autochtones, reste que nous aussi nous nous sentons en marge et que je préfère parler anglais à une personne qui connaît ce sentiment de l’intérieur que français à une personne qui n’y comprend rien.

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