Comme tous les amateurs de hockey junior du Nord-Est, ça m’a fait de la peine d’apprendre que le Titan d’Acadie-Bathurst envisageait (encore une fois) de quitter la région pour aller poursuivre l’aventure ailleurs.

Je place «encore une fois» entre parenthèses parce que ce n’est pas d’hier que les rumeurs de déménagement circulent en raison des faibles assistances aux matchs locaux. C’était déjà comme ça dans le temps que Léo-Guy Morrissette était roi et maître. C’est comme si on avait droit à une nouvelle version du film Le jour de la marmotte (Groundhog Day) avec Bill Murray.

En même temps, j’ai la désagréable impression que c’est plus sérieux cette fois-ci.

Jeudi, le président Serge Thériault m’a convaincu qu’une éventuelle vente, et du même coup une délocalisation, n’était pas qu’un autre ultimatum adressé aux partisans.

Certes, le président a peut-être exagéré un peu dans le nombre de spectateurs nécessaires pour que l’équipe puisse entrer dans ses frais. Il avance le chiffre de 2500 spectateurs, une moyenne que l’organisation n’a pas atteinte depuis la saison 2002-2003. Pour avoir discuté de la chose avec plusieurs hommes de hockey de diverses organisations dans les dernières années, je crois que 2100 spectateurs est plus près de la vérité.

Cela dit, le fait demeure que les pertes financières des deux dernières campagnes (estimée aux environs de 1,2 million $), malheureusement gonflées par une haïssable pandémie, ont grandement démoralisé les 11 membres du conseil d’administration. Je l’ai bien senti pendant ma longue conversation avec le président.

Serge Thériault et les 10 autres propriétaires sont des partisans, mais ils ne sont pas pour autant des caves. Ce sont pour la plupart des hommes d’affaires qui doivent leur réussite à leur compétence. Le langage des chiffres, ils connaissent. Bref, c’est une chose de posséder un jouet qui ne rapporte rien ou, au pire, qui t’oblige à éponger annuellement une petite dette pouvait être amoindrie dans un rapport d’impôt, mais c’en est une autre quand ce même jouet commence à te coûter les yeux de la tête.

Leur ras le bol est d’autant plus compréhensible que l’équipe a remporté il y a à peine trois ans la coupe du Président et la coupe Memorial et qu’elle projette, depuis déjà deux ans, de viser le même exploit pour les deux prochaines campagnes. L’acquisition d’Hendrix Lapierre le prouve pour 2021-2022 et le noyau dur du club, actuellement âgé de 18 ans, sera véritablement à maturité pour 2022-2023. Le directeur général Sylvain Couturier, le directeur du recrutement André Lévesque et l’entraîneur-chef Mario Durocher ont fait de l’excellent boulot dans les dernières années pour mettre en place ce prétendant au titre.

La mairesse réagit

Heureusement, il est encore possible de redresser la situation. Vendredi, dans un communiqué, la mairesse de Bathurst Kim Chamberlain s’est invitée dans le dossier. Et ma foi, de fort belle façon. À l’évidence, elle ne veut pas voir le Titan quitter la bâtisse.

Elle a d’abord tenu à préciser qu’elle voyait le Titan comme un partenaire privilégié dans le quotidien du Centre régional K.-C.-Irving. Elle se dit également consciente que le Titan est une présence de marque pour la Ville de Bathurst et le nord du Nouveau-Brunswick.

Madame la mairesse reconnaît aussi l’importance de l’équipe dans la collectivité et les retombées économiques qu’elle génère dans la région. Je peux même préciser que l’impact économique ne se résume pas seulement aux commerces, mais également aux attraits touristiques.

Je me suis déjà laissé dire que les visiteurs avaient été nettement plus nombreux que de coutume pendant l’été de 2018, année des deux conquêtes. Plusieurs Québécois voulaient ainsi voir de leurs yeux l’endroit où les Noah Dobson, Olivier Galipeau, Jeffrey Viel et autres Samuel Asselin ont remporté la coupe du Président, avant d’aller chercher la coupe Memorial comme dessert. Ces mêmes Québécois en ont profité pour découvrir la belle plage Youghall et le magnifique terrain de golf Gowan Brae. D’ailleurs, n’eut été de la maudite COVID-19, les chances étaient bonnes que certains d’entre eux seraient revenus dans les environs pour leurs vacances.

Quand le Titan connaît du succès, le rayonnement se fait bien souvenir d’un océan à l’autre. Et cette publicité, elle ne coûte rien à la Ville faut-il préciser.

La partie la plus intéressante du communiqué se veut toutefois l’annonce d’une rencontre entre la Ville et certains représentants du Titan la semaine prochaine. Le but de cette réunion vise à étudier les options d’appui que la municipalité pourrait être en mesure d’apporter à l’équipe.

Je ne suis pas dans le secret des dieux quant à ce qui sera proposé lors de cette rencontre, mais je sais de source sûre que la Ville n’investira pas un sou dans l’équipe. Oubliez ça.

Parce que contrairement à ce qui se fait au Québec, une loi provinciale sur la gouvernance locale interdit aux gouvernements locaux (donc les conseils municipaux) d’acquérir et de détenir des valeurs mobilières. Quelqu’un me dira si je suis dans l’erreur, mais j’en déduis que cette loi fait en sorte que la Ville de Bathurst ne peut être propriétaire ou actionnaire d’un club de hockey junior.

Alors comment la municipalité peut-elle aider le Titan? C’est là que la Ville devra se montrer habile. Parce qu’on ne se fera pas de cachette, Kim Chamberlain et son conseil devront trouver une façon d’aider l’équipe sans que les citoyens n’aient à sortir le moindre sou supplémentaire de leurs poches.

Et cette solution pourrait bien être sous nos yeux. Ainsi, ça fera 25 ans en septembre que le complexe sportif de Bathurst porte le nom de Centre régional K.-C.-Irving. Et à moins que je ne me trompe, la municipalité pourra alors marchander à nouveau l’appellation de l’amphithéâtre au plus offrant. Et si c’est le cas, la situation est plutôt intéressante puisque, comme je vous l’ai dit, le Titan a déjà fait savoir qu’elle fera partie des prétendants pour les deux prochaines campagnes. Une multinationale comme Assomption Vie, par exemple, pourrait y voir une belle occasion d’affaires. Je vous dis ça sous toute réserve parce que je n’ai parlé avec personne chez Assomption Vie pour connaître leur intérêt. Mais vous comprenez néanmoins où je veux en venir.

Une telle commandite pourrait rapporter de très gros sous. Échelonné sur 10 ans, on parle d’un pacte dans les sept chiffres. Un montant qui pourrait ensuite servir, par exemple, à donner un lifting aux loges corporatives qui en ont bien besoin. Parmi les autres trucs qui sont sujets à une cure de rajeunissement, il y a aussi le système sonore. Une bonne couche de peinture fraîche ici et là ne ferait également pas de tort.

Bien sûr, l’amphithéâtre a encore de l’allure, mais disons qu’il a perdu un peu de son lustre. Ce qui est normal après 25 ans. Après un bout, même une voiture ne sent plus le neuf…

Tout ça pour dire qu’un amphithéâtre au goût du jour attirera non seulement de nouveaux commanditaires, mais améliorerait aussi l’expérience des partisans.

En terminant, si je peux me permettre, j’ai un ou deux conseils à donner aux dirigeants du Titan.

Premièrement, si vous voulez vraiment améliorer votre relation avec la population locale, améliorez une bonne fois pour toutes votre engagement communautaire dans la région. Il y a bien sûr eu des bons flashs au fil des ans, mais ce n’est pas suffisant. Parce que si ça l’était, on sentirait davantage d’amour envers l’équipe de la part de la population en général. L’idée que je me fais d’un vrai partisan n’est pas d’être fier seulement quand l’équipe gagne, mais de l’être dans les bons et les moins bons jours. Vous vous plaignez que les partisans ne comprennent pas ce qu’est le cycle du junior majeur, mais peut-être est-ce parce que vous ne leur expliquez pas comme il faut.

Comme les équipes doivent composer avec des joueurs âgés de 16 à 20 ans, un cycle du hockey junior consiste à bâtir un club autour d’un groupe de jeunes joueurs jusqu’à ce qu’ils atteignent la maturité.

En terminant, il y a aussi le marketing de l’équipe qui laisse à désirer. En fait, depuis le départ de Jean-Daniel Boudreau, ce n’est pas bien impressionnant. «Le marketing, m…a…r…que…e…que…ting», comme dirait Phil, le personnage d’Alexis Martin dans Les Boys, ce n’est pas seulement d’être actif dans les médias sociaux. Vous avez entre autres des joueurs avec de belles personnalités. Servez-vous-en, simonac!

Une transaction dans l’air

J’ai par ailleurs appris que Sylvain Couturier tentait de mettre la main sur un autre joueur de 20 ans afin d’éviter que l’équipe ne se retrouve les culottes baissées si jamais Bennett MacArthur devait entamer sa carrière professionnelle dès cet automne.

L’idée n’est pas bête parce que de ce que je sais, le nom de MacArthur est très populaire. On me dit même que le joueur de 20 ans pourrait être sélectionné aussitôt que la quatrième ronde du prochain repêchage.

Quel joueur de 20 ans en valant la peine est disponible? Pourquoi pas un bonhomme comme Liam Kidney, dont je sais de bonne source qu’il est actuellement sur le marché?

Kidney est non seulement un bon joueur offensif, mais il est aussi le frère de Riley, la jeune vedette de l’équipe.

Combien pourrait coûter un joueur comme Liam Kidney? Probablement un choix de sixième ronde. Peut-être même de quatrième ou de cinquième tour. On verra bien.

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