Un peu comme son personnage de Martin, Louis Morissette grandit. Avec Le guide de la famille parfaite (en salle depuis vendredi), le comédien, qui cosigne aussi le scénario, nous offre une critique sociale provocante.

Martin est cadre dans une compagnie d’assurance de Montréal.

Il est marié à une belle avocate, est propriétaire d’une grande maison et a deux beaux enfants, dont Rose, une adolescente qui excelle à l’école, au hockey et dans la danse.

Un jour, Martin est convoqué à l’école de Rose. Celle-ci a été prise en flagrant délit de plagiat et de la drogue a été retrouvée dans son casier. Elle est donc suspendue.

Commence alors pour Martin un long et pénible processus au cours duquel il sera forcé à revoir sa relation avec tous les membres de sa famille.

Plus qu’une comédie

En se basant sur la bande-annonce et la présence au générique de Morissette, le cinéphile serait en droit de penser que Le guide de la famille parfaite est une petite comédie légère comme nous en offre chaque été le cinéma québécois.

Rien ne pourrait être plus faux.

J’admets qu’on rit à quelques reprises pendant les 101 minutes du film, notamment dans les premières minutes et lors des très délicieuses interventions de Gilles Renaud (dans le rôle du père de Martin).

Les autres rires, par contre, sont beaucoup plus jaunes.

Dans son film, le cinéaste Ricardo Trogi brosse un portrait très peu flatteur de notre société.

Le culte de l’image, les réseaux sociaux, les parents contrôleurs, les parents contrôlés, les milléniaux et leur recherche d’une «qualité de vie», les cafés compliqués, la bourgeoisie, les symboles de «réussite»… tout y passe.

Si le traitement de ces sujets est parfois assez cliché ou semble par moment tiré d’un épisode de Virginie, les scénaristes touchent quand même souvent la cible dans leur désir de nous démontrer que notre société, davantage basée sur l’avoir que l’être, est malade.

Le sort de nos enfants

S’il est un sujet qui est mieux traité que les autres, c’est celui qui est au coeur de l’oeuvre, soit l’éducation parentale.

N’importe quel parent vous le dira: élever un adolescent est plus difficile et risqué que de marche dans un champ de mines. Et ça, Trogi et les scénaristes l’évoquent avec un à propos et une justesse vraiment impressionnante.

Le sujet est également abordé avec une profondeur qu’on n’aurait pas soupçonnée venant d’un film écrit par Morissette et François Avard (Votez Bougon).

Cet aspect du film est très bien écrit puisque dans la dernière heure, alors que Rose s’enfonce et que Martin est à court de solutions, on ne voit tout simplement pas comment les scénaristes vont parvenir à nous offrir une fin qui sera crédible.

Si tout se termine bien, on n’y croira pas. Et si tout se termine mal, le film aura raté sa cible.

On cogite donc, incertain d’où Trogi veut nous emmener, mais confiant que ce sera à bon port.

Inspire l’introspection

J’écrivais plus tôt que le film se moque des travers de notre société. Il prend aussi le soin de nous montrer l’insidieux envers de la médaille: anxiété de performance, adolescents médicamentés, burn-out parental et choc des générations, notamment.

Et tout ça fait réfléchir, énormément, sur la façon dont on élève nos enfants.

Doit-on être durs ou permissifs?

Si Le guide de la famille parfaite ne nous offre pas de réponse – avec justesse, chaque enfant étant différent – il nous démontre toutefois clairement que la race humaine s’est perdue en chemin, qu’elle a oublié l’essentiel au profit de l’apparence et de l’appât du gain.

Le film nous fait comprendre – sans être moralisateur ou fleur bleue – qu’il n’y a rien qui peut remplacer l’amour, le respect, le dialogue, l’empathie et le lâcher-prise, que ce soit dans la façon dont on éduque nos enfants ou dans nos relations avec autrui.

Il y a longtemps qu’un film ne m’avait pas autant forcé à l’introspection.

Surtout quand, dans un grand moment de croissance personnelle, Martin affirme que «ce que devient ton enfant, ce n’est pas ta note en tant que parent».

Des paroles d’une grande sagesse. Qui doivent être entendues, autant au bénéfice des enfants que des parents et de la société dans son ensemble.

Après tout, on pourrait tellement tous faire mieux si on arrêtait de vivre dans le regard (réel ou virtuel) des autres…

(Trois étoiles et demi sur cinq)

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