Saisir les beautés naturelles à bras-le-corps!

À Petit-Rocher, une femme marquée par des épreuves m’a dit que celle qui l’avait le plus consolée, c’était la mer. «Elle a été ma confidente et ma consolatrice» m’a-t-elle confié. La nature excelle dans plusieurs domaines. Pleine de grâce, elle enseigne et réconforte. Elle est aussi un chemin à emprunter pour savourer une paix sereine.

À ce temps-ci de l’année, la nature montre sa splendeur. En faisant jaillir de multiples fleurs et des millions de petits fruits, la terre nous montre ce dont elle est capable. En faisant rouler les vagues jusqu’à nos rivages, la mer nous apprend à nous renouveler constamment. Comment se positionner face à la beauté de la création?

S’émerveiller d’abord. Comme le font spontanément des enfants. Prolonger le regard sur l’harmonie des formes et des couleurs. Humer l’air parfumé des fleurs des champs, et celui, salin, de la mer. Mettre en symphonie le piaillement des oiseaux avec la mélodie des cigales. Laisser le cœur pousser des soupirs de jubilation.

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Il est possible d’aller au-delà de l’émerveillement qui peut nous garder dans la posture du spectateur. Pourquoi ne pas s’ouvrir à cette beauté qui vient à nous, sans que nous l’ayons demandé, ni mérité? Être réceptif à la nature, c’est prolonger la conscience de ne faire qu’un avec elle. C’est emprunter le chemin vers la paix. Celle qui n’arrive pas au terme de nos labeurs; plutôt celle qui est donnée gratuitement. Cette paix bienfaisante est toujours là, offerte à tous.

Nous avons souvent compliqué nos existences en cherchant à atteindre la paix par nous-mêmes, à fabriquer notre bonheur ou à tendre vers une certaine perfection. Pourtant, le défi est ailleurs: accueillir la paix avant d’en être l’artisan. Cueillir le bonheur sans aucun effort à déployer parce qu’il est offert gracieusement. Contempler la perfection au lieu de chercher à être parfait.

C’est bien étrange: notre bonheur vient davantage de ce qu’on peut contempler que dans ce que nous désirons posséder ou contrôler. On cherche à compléter ou à réaménager les créatures, comme si on était indigne du cadeau offert gratuitement par la création. Or, refuser un don, c’est humiliant. Pas tant pour celui qui offre que pour celui qui reçoit; les mains fermées du destinataire le condamnent à être l’unique artisan de son bonheur.

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L’invitation qui nous est faite en ces jours d’été, c’est de se rassasier de la beauté. Sans même avoir besoin de participer à sa création. Quand on admire un magnifique coucher de soleil, il n’est pas nécessaire de devenir soi-même brûlant, lumineux ou incandescent pour savourer une grande paix.

Pourtant, nous avons des doutes que le bonheur arrive d’une telle manière. Se peut-il que ce soit si simple? Se peut-il que le bonheur se cache dans des circonstances que nous banalisons: un lever de soleil? Un enfant qui dort? Un colibri qui bat des ailes? Nos plus grandes joies sont souvent là où on ne les soupçonne pas.

Nous nous épuisons à accumuler des produits, des expériences, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux et les mains pour être comblé. Nous sommes faits pour contempler ce qui est devant nous. Or, nous faisons souvent le contraire: on accumule des choses, des expériences, du savoir. Pourquoi s’étonner d’être malheureux?

Pourquoi refuser de se laisser guider par notre boussole intérieure?

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Je crois qu’on peut adopter une attitude semblable en face des autres. Il y a une grande joie à se réjouir de la lumière des autres, plutôt que de chercher à posséder exclusivement en soi cette lumière. Ah! si on pouvait se réjouir de la beauté des autres au lieu de l’envier. La jalousie disparaîtrait. La vie serait plus légère.

Poursuivant mon credo, je crois que cette attitude de dépouillement de soi et d’accueil de l’Autre est aussi l’attitude à privilégier face au Créateur. Le Nazaréen nous parle de Dieu à partir de sa Galilée verdoyante: Il prend soin des fleurs et des oiseaux, Il sème avec générosité, Il patiente lorsque les fruits tardent à mûrir. Un Dieu si proche et si bon nous fait confiance, souvent plus que nous-mêmes. Émerveillés de tant d’amour, comment ne pas en vivre?

Une démarche d’humanisation consiste à nous oublier d’émerveillement et se laisser envahir par ce qui est devant nous. Contempler, sans tout comprendre, la beauté contenue dans la nature et dans les autres. Simplement pour se réjouir de ce qui est là, devant nous, donné gratuitement. Cette saison de plénitude s’y prête à merveille.

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