Ma dernière chronique, portant sur Acadie Love, a suscité, sur les réseaux sociaux, des réactions haineuses de quelques personnes se disant offensées par mes propos, des propos jugés transphobes. Évidemment, mes propos se situaient à l’opposé de la transphobie, mais, quoi qu’il en soit, j’offre des excuses sincères aux personnes qu’ils auraient éventuellement pu troubler.

Deux éléments en particulier de ma chronique ont été mal reçus. Le premier, où j’incite à la prudence face à l’affirmation d’une transidentité chez de jeunes personnes. Prudence élémentaire. Non pas que leur ressenti soit faux, mais parce que cela peut cacher une difficulté d’assumer une autre réalité (homosexualité ou lesbianisme). Tout cela est déjà bien connu.

N’importe lequel parent ou intervenant privilégié pourrait dire la même chose: avant de lancer un jeune dans les traitements hormonaux ou la chirurgie, prudence. Il n’y a rien de transphobe là-dedans. C’est même un signe de respect envers la personne en question.

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Le deuxième élément qui a causé un malentendu est celui où je dis que «sous couvert d’ouverture d’esprit, il faudrait éviter de faire preuve de prosélytisme inconscient».

Mes critiques, la présidente d’Acadie Love en tête, envers qui je ne nourris aucun grief au demeurant, faisant fi du mot «inconscient», se braquent strictement sur le mot «prosélytisme» et m’accusent de les accuser de faire du prosélytisme!

Ce n’est évidemment pas le cas, tel qu’auront pu le comprendre les personnes qui sont à l’aise avec le français standard.

Je voulais seulement mettre en garde contre un élan d’enthousiasme, par rapport à la transidentité, qui pourrait donner l’impression que c’est facile de «changer de sexe» comme on disait autrefois. Non, ce n’est pas facile. Encore une fois, ce que je dis ici est banal et n’importe qui peut le comprendre.

Et pour préciser le tout, car certains sont durs d’oreilles, je ne suis pas en train de dire qu’Acadie Love faisait croire aux jeunes que c’est facile de changer de sexe. Ce n’est pas ce que je dis. Pantoute, pantoute.

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Quand je parle de mes critiques, je parle de quelques personnes qui ont réagi avec une virulence inquiétante sur ma page Facebook et d’autres.

Dans ce lot, un personnificateur féminin assez connu entouré d’une coterie de voix soumises qui affirmaient (en chœur) que mes propos sont dangereux, qu’on devrait me «canceller», que je suis toxique, et autres incantations diaboliques qui se terminèrent, de leur côté, malgré ma politesse, par des «va chier, princesse Rossignol», et autres vacheries scatologiques, gifs à l’appui!

Comme quoi, à court d’argument, un peu de fumier peut dépanner.

Franchement, je n’avais pas été victime d’intimidation aussi agressive depuis la cour d’école. Et que ces personnes qui se proclament «inclusives» soient à ce point capables de faire preuve d’autant de haine, d’âgisme, de discrimination et d’intimidation sur la place publique (Facebook est un espace public), me sidère.

Je ne sais pas si elles croient avoir défendu la cause légitime des trans, mais il est clair qu’elles auront démontré à la face du monde jusqu’à quel point il est impérieux de renforcer au plus sacrant l’éducation civique en Acadie.

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Morale de cette histoire: j’ai écouté les deux «conférences» d’Acadie Love. L’une portant sur la réalité des minorités sexuelles en milieu rural et l’autre sur la santé globale des personnes trans et non-binaires et j’ai beaucoup apprécié.

J’ai particulièrement aimé les témoignages des participants partageant leur cheminement personnel face à la découverte et à l’acceptation de leur identité sexuelle et de genre. Surtout le jeune Samuel, transgenre de 17 ans, qui s’exprime avec un aplomb et une maturité extraordinaires.

Ce qui m’a frappé aussi, c’est que les participants et intervenants ont touché par la bande les points de ma chronique qui ont tant scandalisé la présidente et la cohorte de voix stridulantes qui ont sauté sur ses propos pour me clouer au piloris.

Ça ne me surprend pas qu’ils les aient abordés, ces points: c’est le gros bon sens!

Comme quoi, une bonne écoute et une lecture attentive peuvent faire la différence entre les malentendus et la mésentente. Et nous éviter de voir des scandales là où il n’y en n’a pas.

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Cela dit, je reconnais que ma chronique ait pu paraître trop ramassée, pas assez développée. En fait, j’avais coupé environ la moitié de la chronique afin d’inclure un volet sur la France, car on était le 14 juillet, et ça m’apparaissait de mise vu l’importance de ce pays pour l’Acadie.

Peut-être aurais-je dû me contenter de jeter des fleurs à Acadie Love. Mais il m’apparaît normal, dans une Acadie qui se prétend de son époque, d’oser porter un regard critique sur ses propres activités. C’est facile de «licher», et ça ne prend pas de courage. Mais ça ne fait pas avancer bien loin.

Je constate dans la lettre de la présidente que ce regard critique n’a pas eu lieu cette fois-ci. Espérons qu’avec le temps, ça viendra. Entre-temps, il faut éviter que cet événement soit récupéré par des groupes militants qui ont un «agenda politique» pas toujours en phase avec l’avancement réel des différents visages de la diversité.

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De mon côté, je me suis toujours tenu debout pour la cause des minorités sexuelles et de genre, de manière non apologétique, et sans me laisser embrigader dans des mouvements à caractère politique.

Et ce n’est pas prêt de changer.

Je sais, pour l’avoir vécu, ce qu’il en coûte d’essayer de vivre en harmonie avec sa propre nature, quelle qu’elle soit: coups de poing, couteau sous la gorge, étranglement… Ce qui m’attriste, c’est que les violences que cela a pu causer autrefois, sont encore là aujourd’hui, même si elles ont pris les couleurs du temps présent.

À quelques courtes années au max de mon trépas, il est donc clair pour moi que je ne m’interdirai pas de penser ce que je pense, et de l’écrire si j’ai envie de l’écrire, sans céder aux diktats dogmatiques d’une bien-pensance aux accents totalitaires, qu’elle soit straight, gay, lesbienne, trans ou +.

Je suis libre.

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