Bienvenue dans deux univers très différents, mais chacun étant authentique à sa manière. Je vous invite à découvrir le plus récent récit de Fernande Chouinard, suivi du premier album complet d’un artiste natif de la Côte-Nord au Québec, Dany Nicolas.

 

Yvonne Mallet, une femme d’exception, Fernande Chouinard

«Pour atteindre la vraie joie, il faut passer par la souffrance, et même par l’expérience des douleurs extrêmes, sinon ce n’est pas la vraie joie.» Cette citation du philosophe François Cheng reprise par Fernande Chouinard comme prélude à son récit donne le ton à la biographie d’Yvonne Mallet. Je dois admettre qu’au départ, j’étais plutôt sceptique à l’idée de lire ce récit sur la vie d’une femme de Tracadie somme toute assez inconnue. Or au fil des pages, on découvre le parcours d’une femme extraordinaire, courageuse qui a réussi à surmonter de grandes épreuves presque inimaginables.

Yvonne Mallet était la voisine de Fernande Chouinard. À partir du jour où elles se sont rencontrées, elles ont tissé des liens solides et partagé des moments de joie, de tristesse et d’émotions fortes, raconte l’auteure. Celle-ci parle d’Yvonne Mallet comme d’une femme à la fois drôle, nostalgique, triste et joyeuse, avec une grande soif de vivre. Elle a ouvert sa porte à l’écrivaine pour lui livrer le récit de sa vie. Son passé est difficile.

Yvonne est née en 1934 et a vécu une partie de son enfance au Canton-des-basques près de Tracadie. Elle a vécu dans une extrême pauvreté. Contraints au mariage en raison de l’emprise de l’église, ses parents Lazare Mallet et Emma Savoie ont eu une relation difficile et houleuse. Chargeur de marchandise chez un entrepreneur de Tracadie, le père d’Yvonne, un homme rude, avare de son argent et d’affection, se contentait du strict nécessaire, imposant donc le même régime à sa femme et ses enfants. Ils vivaient dans une maisonnette dépourvue d’électricité d’environ 20 mètres carrés, construite à partir de planches provenant de cabanes à éperlan. Ils étaient isolés.Leurs conditions de vie étaient plutôt misérables. «C’était comme la maison à Séraphin!», confie Yvonne Mallet. Pourtant, il ne s’agit pas de fiction, mais bien de la vraie vie.

À la Deuxième Guerre mondiale, son père s’est enrôlé et a quitté Tracadie pendant plusieurs années. Cette période a figuré parmi les plus heureuses de la jeunesse d’Yvonne. À son retour, la famille a replongé dans l’enfer. Le père est même allé jusqu’à abandonner sa femme et son enfant sur une île de sable pendant plusieurs mois. «Maman m’a pris par les mains et m’a dit: Yvonne, on va mourir. Si personne vient nous chercher demain, on va geler toutes les deux.»

Le récit se poursuit jusqu’à ses 86 ans, au moment où l’auteure a terminé l’écriture de son livre. Fernande Chouinard arrive à raconter cette histoire vécue avec l’aisance d’une romancière en nous décrivant bien l’époque, les lieux, le contexte et les personnages. On a presque l’impression d’y être. C’est captivant du début à la fin. Je comprends pourquoi elle a eu envie de raconter cette histoire bouleversante, parfois révoltante, qui nous ramène aussi à l’essentiel et pose la question du bonheur. Ce quatrième ouvrage de l’auteure de Tracadie est en lice pour le Prix France-Acadie 2021. (Éditions de la Francophonie, 2021). ♥♥♥♥

Rockstar Municipale, Dany Nicolas

J’ai découvert un peu par hasard cet auteur-compositeur-interprète qui évolue au sein des groupes de musique du monde Kleztory et Sagapool. Le musicien nomade natif de Tadoussac mène aussi son projet solo. Il y a de ces artistes qui nous frappent par leur univers hors du commun, leur poésie sans artifice, crue et vivante. C’est un peu ce qui s’est produit avec Dany Nicolas qui s’avère un auteur-compositeur et un guitariste inventif.

Après avoir chanté les mots de l’auteur-compositeur-interprète français Rémo Gary sur un micro album, il vient de lancer un projet plus long inspiré par ses observations sur la vie. C’est vrai, authentique et épuré. Un folk que l’on pourrait qualifier de minimaliste et d’énergique. Il a collaboré avec Rémo Gary et Charles-Philippe Laperrière à l’écriture des chansons. Treize titres composent cet album, dont une courte pièce instrumentale, un texte lu sans musique et un soupçon de sonorités électriques. Si la musique est épurée, pratiquement pas retouchée, les paroles affinées avec soin sont percutantes. Sans devenir politique, l’artiste met en relief les travers de la société. À certains égards surtout dans le ton, on remarque des similitudes avec Fred Fortin ou même avec Joey Robin Haché. Il est tout sauf commercial.

Héritier de la chanson française, celui qui chante «J’hais la vie des autres» réussit à créer un son qui lui est propre. Certains moments sur l’album sont particulièrement prenants, comme le texte C’est rien suivi des pièces Deux pieds et Terre noire. Une œuvre touchante sur une belle guitare. Je vous invite à découvrir également son ensemble de musique klezmer, Kleztory. ♥♥♥

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