L’intervention des États-Unis en Afghanistan fut lancée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 dans le dessein avoué d’empêcher Al-Qaïda de planifier d’autres attaques depuis son repaire afghan. Cette «guerre contre la terreur» aura coûté la vie à des dizaines de milliers de civils, à plus de 3500 soldats de l’OTAN et à bien davantage de militaires afghans, sans compter les blessés et les mutilés à vie et des dépenses de l’ordre de plusieurs trillions de dollars.

Le retrait improvisé américain d’Afghanistan y a favorisé la poussée rapide des talibans, déjà en contrôle presque total du pays, et donc la perte des progrès en matière de démocratie. Le récent carnage (des dizaines de morts) à l’aéroport de Kaboul, revendiqué par l’État islamique, confirme aussi le risque bien réel du retour d’autres groupes terroristes, cauchemar de l’Occident.

Les États-Unis pourront-ils prétendre encore être le leader du monde libre s’ils abandonnent sans aucun scrupule leurs alliés stratégiques et des civils aussi vulnérables après les avoir mobilisés à la cause de l’empire américain?

Historiquement, toutes les grandes puissances mondiales ont compris la position stratégique extrêmement importante de ce pays, en termes d’importance géographique et de ressources. Pour cette raison, l’Afghanistan a été fréquemment envahi, mais sans grand succès. En s’y rendant, les Américains pouvaient-ils ignorer que l’Afghanistan était le tombeau des empires?

Alexandre Le Grand (356-323 av. J.-C.), l’un des conquérants les plus célèbres et redoutables de l’Antiquité, envoya ses trains de ravitaillement à travers le Khyber (entre l’Afghanistan et le Pakistan) en 327 av. J.-C. Là, il se heurta à une résistance féroce et ne s’en tira la vie sauve que de justesse.

Un millénaire plus tard, Gengis Khan (1155/1162-1227), le fondateur du grand empire mongol, et ses illustres successeurs ont eux aussi convoité la région appelée aujourd’hui l’Afghanistan et ont réussi à y établir le plus grand des empires. Mais seulement au prix d’accommodements douloureux avec les Afghans.

Au 19ème siècle, la région de l’Afghanistan est devenue le pivot du Grand Jeu dans la lutte entre le Royaume-Uni et la Russie pour le contrôle de l’Asie centrale et de l’Inde. Il s’en suivra trois guerres (1839-42; 1878-81; 1917) et autant d’échecs pour les Britanniques.

Les mésaventures chinoises restent moins connues. L’ère de la dynastie Tang (618-907) a été la période la plus cruciale de la Chine. Comme la Chine d’aujourd’hui, elle avait une vision globale. Par conséquent, la position stratégique de l’Afghanistan moderne sur l’ancienne Route de la Soie était extrêmement importante pour la Chine.

Malgré des moyens exorbitants (entre autres, des bases militaires) destinées à maintenir la sécurité de la Route de la Soie et l’influence de la Chine, la dynastie Tang perdra le contrôle de la région afghane en 751. La perte de l’Afghanistan signifiait pour les Tang celle de l’influence chinoise, ce qui a conduit à l’invasion des forces extérieures.

D’aucuns croient même que si la Chine Tang avait gagné sa bataille, elle aurait pu devenir une puissance majeure qui aurait eu une profonde influence sur l’Europe, comme l’Empire ottoman.  Mais après avoir perdu l’Afghanistan, la Chine s’est retrouvée dans un état faible et en difficulté pendant plus de mille ans par la suite, la réduisant d’un grand empire mondial à un pays qui cherchait constamment à se protéger de l’invasion étrangère.

Ces exemples, parmi d’autres bien récents, tendent à démontrer que la position stratégique de l’Afghanistan, plus que ses minéraux, ses pierres précieuses, son opium, ses diverses tribus et sectes, explique l’attention récurrente des puissances mondiales pour le pays.

Aujourd’hui, la vision de la Chine pour faire revivre l’ancienne Route de la Soie repose sur l’Afghanistan. Une théorie en vogue dans certains milieux stratégiques veut que le cœur de l’île continentale du monde soit l’Afghanistan, et non les puissances environnantes telles que la Russie, la Chine ou l’Inde.

Par exemple, la Chine, historiquement une puissance terrestre, paierait un prix fort ainsi qu’un coût élevé si elle s’engageait imprudemment à se lancer dans une compétition maritime mondiale pour l’énergie. Si elle souhaite plutôt poursuivre sa domination via la terre, l’histoire enseigne que Pékin devra assurer son influence en Afghanistan.

Cette compréhension expliquerait que la Chine et la Russie cherchent déjà à saper tout effet de levier résiduel que Washington pourrait exercer sur les nouveaux dirigeants afghans. Ces dernières semaines, aux Nations Unies, la Chine, la Russie et le Pakistan se sont ouvertement opposés à la menace de sanctions internationales, la rétention de la reconnaissance diplomatique et la restriction de l’aide à la reconstruction pour les talibans.

Au Conseil de sécurité de l’ONU, un haut diplomate chinois, Geng Shuang, a déclaré qu’il était temps d’amener les talibans dans le giron international et de tenir les forces américaines et occidentales responsables des crimes commis en Afghanistan.

Si l’histoire de l’Afghanistan m’était contée…

 

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