Depuis quelques jours, la campagne électorale a dévié sur le sujet pénible du contrôle des armes d’assaut et des armes de poing. On aurait pu s’attendre à ce que ça soit réglé, après les tueries de Concordia (1992 et 2006), ou celle de Polytechnique (1989), ou celles, plus récentes, de Québec et de la Nouvelle-Écosse. Finalement, on a toujours rien réglé.

Ce sujet rejaillit toujours en campagne électorale. On s’énerve, on s’émeut, on demande un plus grand contrôle, on exige des exceptions, on dénonce le lobby des armes, on tergiverse. Bref: on taponne.

Et le voilà donc de retour, ce sujet éternel, alors qu’on patauge dans une campagne électorale confuse, sans queue ni tête, où les chefs de partis errent, effarés, dans notre pays déboussolé.

J’entendais des maires québécois exiger du gouvernement fédéral un contrôle sévère des armes d’assaut et de poing, expliquant que c’était la responsabilité du gouvernement fédéral qui, de son côté, après avoir tenté de passer la patate chaude aux municipalités, la lance maintenant aux provinces.

Un maire québécois réclamait même le bannissement total des armes d’assaut. Il veut que les partis politiques prennent des positions fermes à ce sujet, quitte à perdre des plumes électorales dans une région ou l’autre du pays.

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Il a bien raison. Malheureusement, comme on se dirige vers un autre gouvernement minoritaire, les formations politiques n’ont pas grand intérêt à commencer à trier des votes sur une base éthique, trop occupées qu’elles sont à rapailler le moindre vote.

Badjeuler au sujet des armes, on veut bien. Mais prendre des positions radicales, non. Faut pas effaroucher les électeurs potentiels! Alors, on fera des promesses solennelles, on prendra des engagements la main sur le cœur, on limonera sur le sort des victimes, on invoquera des grands principes altruistes, mais on ne passera pas à l’action.

On se contentera de patiner, comme on pourra tous et toutes le constater ce soir au débat des chefs.

J’ai tellement en horreur tout ce qui s’appelle «arme» que je n’ai qu’une seule position à ce sujet: TOUT interdire, sauf aux forces policières et militaires. C’est trop radical, je sais. Mais c’est ça qui est ça.

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APRÈS LES ARMES, LA GARNOTTE!

Voilà que le premier ministre Trudeau a reçu une pluie de garnotte sur la tête, au sortir d’un rassemblement public.

Évidemment, on ne peut cautionner de tels gestes. Peu importe la couleur politique du chef. Y compris l’œuf sur la tête de l’irrédentiste Maxime Bernier, devenu la nouvelle incarnation du Canadien errant depuis sa défaite à la tête du Parti conservateur aux mains d’Andrew Scheer.

Paraît qu’il y aurait pas mal d’antivaccins, d’anti passe-sanitaires et de complotistes dans ces manifestants aussi tapageurs qu’intimidateurs.

Paraît qu’ils sont motivés par la «Libarté». Ça se passe en Ontario pour le moment, mais y a plein de manifestants de cet acabit au Québec et au Canada. Commenceront-ils également à lancer de la garnotte?

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Perso, je ne parviens tout simplement pas à comprendre les arguments des anti passe-sanitaires. Invoquer sa liberté personnelle au détriment du bien commun me semble relever d’une forme d’inconscience sociale qui défie le bon sens.

Certes, il s’agit effectivement d’une sorte d’entrave à nos libertés. Mais c’est une entrave temporaire (un mot à retenir). Contrairement à d’autres entraves permanentes pourtant acceptées au nom du bien commun, telles que l’arrêt aux feux rouges ou l’âge du vote, par exemple.
Ce moment terriblement épuisant que représente la pandémie dans notre vie collective fait appel à ce qu’il y a de meilleur en nous. C’est exigeant d’être à son meilleur, oui, c’est exigeant. Mais c’est peu cher payer pour sauver des vies. Y compris la sienne.

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APRÈS LA GARNOTTE, ON BRÛLE DES LIVRES!

C’est avec stupéfaction que j’ai appris hier la nouvelle: une commission scolaire française de l’Ontario aurait fait brûler (ou disparaître) environ 5000 livres sous prétexte que ces livres véhiculaient des stéréotypes et du racisme à l’égard des autochtones.

Selon un article paru sur le site web de Radio-Canada hier, et je cite: «Une cérémonie de «purification par la flamme» s’est tenue en 2019 afin de brûler une trentaine de livres bannis, «dans un but éducatif». Les cendres ont servi comme engrais pour planter un arbre et ainsi tourner du négatif en positif.»

Non, il n’y a rien de purificateur là-dedans, si ce n’est possiblement brûler les ailes de quelques moustiques trop audacieux.

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Pour la porte-parole de la Commission scolaire en question, «il s’agit d’un geste de réconciliation avec les Premières Nations».

Non, Madame, il s’agit d’un geste de censure envers des écrivains francophones qu’on ne peut accuser de racisme sous le fallacieux prétexte que leurs œuvres anciennes contiennent un vocabulaire qui n’a plus la cote aujourd’hui, surtout auprès des exaltés de la bien-pensance, en passe de devenir la nouvelle Inquisition du 21e siècle! Assez, c’est assez!

Quand on garde en mémoire les luttes impossibles qu’ont dû livrer les francophones du Canada depuis des siècles pour survivre dans leur langue, on ne peut tout simplement pas accepter que pour défendre les Autochtones, il faille maintenant attenter aux droits de ces francophones en détruisant leurs livres! Et dans l’Ontario du Règlement 17 de surcroît!

Et c’est pourquoi j’ai trouvé pathétique la faiblesse, la mollesse, l’inanité des réactions des chefs de partis fédéraux à cet égard. Espérons qu’ils auront le temps de se faire «pousser une colonne», comme dit le chef du Bloc, avant le débat de ce soir!

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En brûlant des livres, on ne brûle pas le passé. En revanche, le passé on peut très bien l’enseigner aux jeunes qu’on veut «protéger», en se servant de ces livres de manière critique.

Ainsi, au lieu d’en faire des zombies intellectuels qui ignorent d’où ils viennent et où ils vont, on en fera des citoyens informés qui sauront qui ils sont et qui sont leurs voisins.

«Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes», a écrit le poète Heinrich Heine. Ne l’oublions pas. Campagne électorale ou non.

Han, Madame?

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