Il est vrai qu’on fait rarement beaucoup de cas des langues officielles durant les élections fédérales. Chaque fois, on attend avec impatience la sortie des plateformes afin de constater si oui ou non, nos plaidoyers pour une meilleure reconnaissance du français et de l’anglais ont été entendus par les stratèges. On ressort de cet exercice habituellement déçu.

L’élection de cette année n’aurait probablement pas fait exception, n’eussent été des travaux des parlementaires sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles, fruit du «rendez-vous manqué» de son 50e anniversaire en 2019 et de la crise en éducation postsecondaire francophone des derniers mois.

Dans le premier cas, les consultations menées tant aux Communes qu’au Sénat auront permis à tous les partis de se faire une tête sur les lacunes à régler dans la prochaine mouture de la loi. Dans le second cas, la débâcle financière de la Laurentienne, l’hiver dernier, a amené sur la scène nationale la réalité difficile qui existait déjà dans les livres de comptes de bien des institutions, dont l’Université de Moncton et le Campus Saint-Jean.

Il n’est donc pas surprenant que les promesses faites par les partis sur les langues officielles tournent surtout autour de ces deux enjeux. Tous sont d’accord: la LLO doit être modernisée. Tant les conservateurs que les libéraux s’engagent à présenter un projet de loi à cet effet dans les 100 premiers jours de leur gouvernement.

Le diable se trouve toutefois dans les détails: alors que les libéraux et les néo-démocrates s’engagent à faire du bilinguisme une condition obligatoire aux nominations de la Cour suprême, les conservateurs, pour leur part, promettent plutôt la création d’un Tribunal des langues officielles, à l’instar des tribunaux des droits de la personne.

Dans le domaine de l’éducation postsecondaire, on retrouve encore une fois un consensus sur la nécessité d’agir, mais les promesses sont à géométrie variable. Alors que les conservateurs promettent dans leur plateforme d’investir 30 millions $ par année, les libéraux rajoutent 40 millions $ par année aux 40 millions $ déjà promis dans le budget du printemps dernier. Les néo-démocrates, pour leur part, promettent d’améliorer l’accès aux services dans le domaine de l’enseignement, sans préciser le montant qu’ils investiraient.

Autre fait important à noter, tant les libéraux que les conservateurs s’engagent à offrir à la langue française une protection particulière.

Mais alors que le plan libéral passe par une application du critère de «l’égalité réelle» aux deux langues officielles, dictant un soutien accru au français comme langue minoritaire, les conservateurs proposent d’appliquer la loi 101 aux entreprises de juridiction fédérale œuvrant au Québec.

Cette dernière proposition est risquée. Si le fédéral se permet de délaisser son champ de compétence en matière linguistique dans une province, cela risque de créer un précédent qui pourrait ouvrir la porte à des revendications semblables dans les provinces voisines. Le Nouveau-Brunswick ferait ici l’exception, alors que les autres francophones en situation minoritaire, eux, risqueraient d’y perdre au change.

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