Imaginez que vous organisez une fête à laquelle vous invitez beaucoup d’amis. Après la soirée, ils retournent tous chacun chez eux, et immanquablement c’est le début des anecdotes. On se remémore les bons coups, les rires, les surprises. On souligne également les mauvais coups, les bizarreries et les commentaires étonnants. Le plus souvent, ce sont d’ailleurs ces derniers qui restent dans nos mémoires le plus longtemps.

Aux Îles, c’est pareil. Chaque année, des dizaines de milliers de visiteurs viennent se ressourcer sur notre archipel de rêve. C’est ce qui nous fait vivre, c’est ce qui nous ravigote d’un hiver souvent difficile. C’est le moment pour nous de se remplir d’énergie pour être en mesure de survivre à la prochaine saison de solitude. Mais chez nous aussi, quand la visite repart, on se remémore les bons coups, les rires, les surprises. On souligne les mauvais coups, les bizarreries et les commentaires étonnants. Et plusieurs d’entre eux restent dans nos mémoires longtemps. Touristes qui lisez ceci, voici donc certaines choses à éviter si vous ne voulez pas qu’on parle de vous trop souvent après votre passage chez nous.

À l’adolescence, j’aimais bien partir de la maison familiale, à Lavernière, et me rendre jusqu’au quai de Cap-aux-Meules à pied. Une bonne heure de marche à envoyer la main à tout le monde en écoutant de la musique de lutte dans mon lecteur MP3. Un jour, alors que je passais devant la buanderie à Benoit Arsenault, une auto bleue que je ne connais pas s’arrête à ma hauteur. Comme on est en juillet, je mets ma face de receveux de visite professionnel et je me prépare à «perler» un p’tit brin pour être bien compris.

Oui?

– Oui, est-ce que vous êtes Madelinien ?

Une première erreur. Mais au moins, ça confirme que je sais reconnaître un étranger quand j’en vois un.

On dit «Madelinot», mais… oué, j’en suis un. Qu’est-ce que j’peux faire pour vous?

– On cherche la plage…

J’avoue que ça m’a sonné. Je ne savais pas trop quoi répondre. C’était comme chercher de la neige au Pôle Nord. Comme chercher de l’acné dans un party d’école secondaire ou des potins dans un Tim Hortons.

Vous cherchez la plage?

– Oui, c’est ça.

Choisissez la direction que vous voulez puis rouler jusqu’au bout de la route. Vous devriez normalement aboutir sur une plage à un moment donné.

Je ne sais pas exactement où il aura terminé sa course, mais c’est sûr que ses pieds ont touché le sable… et qu’on va parler de lui longtemps après son départ.

Jasons maintenant de circulation automobile. Habituellement, on dit: «À Rome, on fait comme les Romains». Aux Îles, en matière de conduite, ce serait plutôt: «Aux Îles, on ne fait pas comme les Madelinots». Par chez nous, on ne met pas toujours notre clignotant en auto parce que tout le monde sait yousse qu’on reste. Je sais que cette Cavalier-là est à Annie à Robert qui reste à Fatima, je sais que cette Toyota Corola est au grand Michel qui reste au Gros-Cap, je sais que la Honda Pilot est à Julie à Yvon qui reste sur la frontière Fatima-L’Étang-du-Nord. Je le sais. On le sait. Alors quand un touriste ne met pas son clignotant, ça nous mélange et on risque un accident… et si ça arrive, c’est sûr qu’on va parler de lui aussitôt qu’il va être parti.

Les Îles, c’est beau. C’est vrai que c’est beau. Les maisons de toutes les couleurs, les paysages à couper le souffle, la mer partout où nos yeux se posent. Peu importe le point cardinal où l’on se dirige, on dirait qu’on entre dans une peinture. Ça nous calme, ça nous réaligne le chakra. Mais ce n’est pas une bonne raison pour rouler à 10 km/h en voiture. Si tu veux prendre une photo, n’hésite surtout pas. Tasse-toi sur le bord et prends-la. Parce que si tu la prends à partir du chemin, on risque de parler de toi encore longtemps.

Ceux qui stationnent leur gros motorisé dans le parking de la COOP l’Unité ou de l’église de Lavernière pour y passer la nuit, ça se peut qu’on parle d’eux autres après leur départ de chez nous. Nous avons des terrains de camping qui se font un plaisir de vous accueillir et de vous laisser campigner à votre aise. Les Îles vivent de vos visites, alors permettez au plus grand nombre d’en profiter. Même message à ceux qui se pointent dans les restaurants avec leur poche de thé dans leur sacoche. Le thé ne coûte pas si cher, alors laissez-nous donc vous saucer nous-mêmes la poche. Vous ne serez pas déçu.

Ne faites pas comme ces visiteurs qui se plaignent de choses impossibles en quittant les Îles. Il paraît qu’il y a plusieurs années, un étranger aurait fait parvenir une critique à l’Association touristique parce que l’eau autour de l’archipel… était trop salée. Qu’elle soit salée, ça va. Trop salée ? Quand c’est trop, cela implique de trouver une solution. Alors comme je suis préoccupé par notre service après-vente, je propose que chaque personne qui se rendra au Sandy Hook pour le Concours de château de sable cette année apporte une poche de sucre et la garroche à l’eau. À la gang qu’on va être, ça ne peut pas nuire.

Heureusement, la majorité de notre visite est inoubliable, mais pour de bonnes raisons. Parce qu’elle vient pour nous rencontrer, nous parler, échanger. Parce qu’elle en profite pour s’informer de notre culture, de nos traditions. Parce qu’elle encourage notre économie locale. Elle visite nos nombreux et talentueux artisans. Elle assiste aux performances de nos excellents artistes de scène. Elle danse au rythme de nos violoneux, nos accordéoneux et nos tapeux de pieds. Elle goûte à nos produits locaux: nos herbes, nos bières, notre bagosse, nos fromages. Elle fait honneur à nos chefs. Elle ramènera chez elle une parcelle de nous et nous garderons avec plaisir une parcelle d’elle chez nous. Choisissez votre camp: on se souviendra de vous pour les bonnes ou les mauvaises raisons ?

On se r’parle!

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