Autant le nouveau roman de Daniel Leblanc-Poirier place la musique au coeur de l’intrigue, autant le rap de Sarahmée est traversé par la poésie. Voici donc deux œuvres liées en quelque sorte par la musique et l’aisance de la parole.

La disparition des miroirs, Daniel Leblanc-Poirier

Troisième roman de l’auteur natif de Campbellton, La disparition des miroirs nous entraîne dans une histoire un peu étrange à la limite du fantastique, navigant entre l’obscurité et la lumière. Un récit fascinant et bien ficelé qui m’a tenu en haleine du début à la fin.

C’est l’histoire de Robert Laramée, un musicien vedette en panne d’inspiration. Entre son appartement dans le quartier Rosemont à Montréal et ses quelques promenades le menant dans un café, un restaurant et un bar miteux, il tente de se remettre à composer, mais l’inspiration tarde à venir. Son gérant le harcèle pour qu’il reprenne la création. Il lui suggère même d’enregistrer un disque live afin de relancer sa carrière. Le musicien n’est pas très chaud à l’idée de produire ce genre d’album, préférant plutôt fonder un nouveau groupe afin de tenter sa chance dans le rap. Il loue un local et monte son groupe avec la serveuse, Maude, un poète toxicomane et deux jeunes musiciens.

D’étranges phénomènes commencent à se produire. Ceux-ci sont apparemment liés à la rencontre de Benjamin, un homme âgé qui l’observe et qui se retrouve constamment sur sa route. Ce vieillard au regard vitreux prétend être un gérant d’artiste. «Benjamin était devant moi avec ses airs de mafieux et ça m’étouffait. Il ne disait rien. Il attendait que je mange. J’avais ma fourchette à la main, mais je jouais plutôt avec l’idée de la lui planter dans l’oeil. Il a semblé comprendre que je ne me sentais pas bien. Il a calé son café froid et s’est levé en ramassant son Zippo», se dit le héros de plus en plus angoissé.

Incendies, morts tragiques, étranges coïncidences et rencontres insolites se croisent dans ce récit qui suscite un certain malaise et même de la paranoïa. Au fil des pages, l’auteur sème quelques indices. Le romancier arrive à nous surprendre et à créer des images qui rendent le récit vivant.

Poète, romancier, musicien et chroniqueur, Daniel Leblanc-Poirier manie les mots avec adresse. C’est bien écrit et je dois dire que ce troisième roman surpasse son premier effort Le cinquième corridor qui me semblait un peu plus nébuleux. Une ambiance un peu sordide, très urbaine, des répliques savoureuses, des images fortes, de l’humour noir et une imagination débridée forgent ce récit. Il reprend des thématiques qui lui sont chères, comme les dépendances, la musique, la santé mentale et l’amour. Je n’irais pas jusqu’à dire que cette œuvre changera votre vie ou révolutionne la littérature, mais c’est une lecture très captivante. Un véritable plaisir pour le lecteur. Aussi inattendue que surréelle, la finale est digne des meilleures oeuvres de suspense à la Hitchcock. (VLB éditeur, 2021). ♥♥♥♥

Poupée Russe, Sarahmée

«Bienvenue dans ma vie», ainsi s’ouvre le troisième album de la rappeuse québécoise d’origine sénégalaise qui s’avère un peu plus personnel que son précédent opus Irréversible (2019). Avec ce nouvel opus, elle revient sur certains de ses sujets de prédilection. Sur un rap mélodique, festif, s’appuyant sur des rythmes afros, latins, pop et de belles instrumentations, l’auteure-compositrice aborde des sujets profonds et difficiles comme le racisme, le sexisme, les dépendances, l’amour, les abus sexuels et les aléas de l’industrie musicale. J’aime le contraste entre cette musique qui nous invite à danser et cette profondeur dans les textes, avec une bonne dose de sensibilité. La force et le courage des femmes est au coeur de cette nouvelle collection de 13 chansons.

La chanteuse qui livre ses réflexions sur la vie de façon poétique et sensible se révèle davantage dans ce nouvel effort. Dans la magnifique et très touchante Partir plus tôt, elle parle de sa dépendance à l’alcool dont elle s’est défaite. «Un jour j’ai finalement décidé de me retirer pour me soigner/j’arrivais plus à me regarder… Alors j’ai plongé dans l’inconnu pris toutes les mains qui m’étaient tendues, mon courage à deux mains…», chante-t-elle.

Chaque mot a été placé avec soin. Dans la pièce Elle est partie, elle traite du sexisme au quotidien alors qu’elle conclut son périple musical dans un élan de passion avec la chanson Le coeur a ses raisons. La création de cet album s’est faite dans un chalet au cours de cette dernière année de bouleversement. Une fois de plus, la chanteuse s’est associée à Tom Lapointe qui signe la réalisation. Quelques artistes invités, dont FouKi, ont joint leur voix à celle de Sarahmée sur certaines pièces. Si vous aimez le hip-hop, le rap plutôt mélodique et des paroles qui ont du sens, voilà un album qui comblera vos attentes. ♥♥♥½

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