Combien vaut une vie humaine? Et est-ce que la vie d’un concierge a la même valeur que celle d’un PDG? Ou d’une mère de trois enfants?

Dans la foulée des événements du 11-septembre, c’est à ces questions insolubles que se sont attaqués un groupe d’avocats dont les efforts sont racontés dans Worth (Netflix).

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le Congrès américain craignait que les familles des victimes poursuivent les compagnies aériennes impliquées, les mettant en faillite et paralysant ainsi toute l’économie du pays.

Les politiciens ont donc eu l’idée de créer un groupe de travail qui aurait pour mandat d’offrir une compensation aux familles des victimes sous la forme d’un paiement unique.

Mené par un brillant avocat (le toujours excellent Michael Keaton), le groupe est donc mandaté de mettre un prix sur la vie des disparus et des blessés. Et de convaincre les 7000 familles touchées que ce prix est le bon…

Cérébral et original

Je suis toujours réticent à voir les films portant sur les événements du 11-septembre. Je ne suis pas à l’aise avec le fait que certains tentent de s’enrichir sur le dos des 2977 victimes de ces horribles attentats.

S’il a évidemment été tourné dans un but monétaire, Worth est différent de ce que Hollywood nous a offert jusqu’à présent, principalement parce qu’il est très peu romancé et qu’il s’attarde à la douleur de ceux qui ont perdu un être cher.

Le film de Sara Colangelo (dont il s’agit ici des débuts au cinéma commercial) est donc super original.

Extrêmement cérébral et doté d’un rythme et d’un cadre qui rappellent ceux de The Post (2017) et Spotlight (2015), le film repose sur un formidable travail de vulgarisation du scénariste Max

Borenstein (Kong: Skull Island). L’oeuvre est en effet surprenamment accessible malgré son abondant jargon juridique et actuaire.

Touchant

Au-delà des lois, des décrets et des chiffres, Worth vient nous chercher parce qu’il déborde d’émotions – sans pour autant tomber dans le larmoyant.

Keaton vole la vedette dans le rôle de l’avocat qui souhaite rendre justice aux victimes, mais qui ne disposent que d’outils imparfaits pour y parvenir.

Le film est par moment difficile à regarder, confrontés que nous sommes à la douleur à grande échelle.

Faisant preuve d’une louable retenue, Colangelo n’abuse en effet pas des images des attentats, laissant plutôt les témoignages des familles des victimes nous donner un nouveau regard sur l’ampleur humaine de la catastrophe.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

The Old Ways: enfin un film d’exorcisme qui innove!

Depuis près de 50 ans, nombreux sont les cinéastes et les studios qui ont tenté de recréer le succès de The Exorcist (1963). Aucun n’y est parvenu. Pire, la recette employée est presque toujours la même. The Old Ways (Netflix), un film à très petit budget venu du Mexique, nous arrive donc tel un bienvenu vent de fraîcheur.

Cristina (Brigitte Kali Canales) est une jeune journaliste d’origine mexicaine qui vit aux États-Unis. Un jour, elle accepte d’enquêter sur une caverne de la région de La Boca dont personne n’est jamais sorti vivant.

Elle se réveille quelques jours plus tard, enchaînée dans une petite cellule, en plein coeur de la jungle.

Sur place, une bruja (une sorcière dans le folklore mexicain) apprend à Cristina qu’elle est possédée par un esprit maléfique depuis son passage dans la grotte.

Incrédule et contre son gré, la jeune femme devient l’objet d’un exorcisme terrifiant…

Original

La plus belle qualité de The Old Ways est son originalité.

Depuis toujours, le canevas des films d’exorcisme est le même: un homme d’Église (souvent à la retraite) est imploré de pratiquer son rituel (souvent sur une jeune femme et sans l’approbation de l’Église) avant que la personne possédée meure sous l’assaut du Malin.

Le film de Christopher Alender reprend certains éléments du genre, mais l’adapte à la sauce mexicaine tout en poussant le concept beaucoup plus loin.

Par exemple, dans The Old Ways, l’exorcisme et la survie de la possédée n’est pas une finalité en soit. On est témoin, dans le troisième tiers, de ce qui se passe après le rituel, événements qui constituent le moment fort de l’oeuvre.

Angoissant par moment – sans pour autant être effrayant -, le film joue avec nos nerfs en nous forçant a tenter de démêler le vrai du faux.

C’est aussi bien plus qu’un film d’horreur conventionnel dans le sens où il ne se contente pas de nous faire sursauter. Alender y aborde une foule de thèmes comme la famille, le folklore et la culture, en plus de nous montrer le cheminement de Cristina, un personnage pour qui notre niveau de compassion augmente de minute en minute.

Voilà un film simple et original dont le petit budget est loin de constituer un obstacle à la qualité des effets spéciaux et du scénario.

(Quatre étoiles sur cinq)

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