L’automne s’annonce chaud pour les relations de travail au Nouveau-Brunswick. Il y a un mois, deux unités du Syndicats des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick représentant quelque 6000 membres du personnel infirmier rejetaient massivement une entente de principe survenue entre la direction du syndicat et le gouvernement provincial. C’était là toute une rebuffade, tant pour le gouvernement que pour la direction du syndicat, elle qui avait précédemment vendu l’entente comme étant un «pas dans la bonne direction».

La semaine dernière, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente plus de 20000 employés du secteur public provincial, organisait un vote de grève pour sept de ses sections locales. Tout porte à croire que les membres du syndicat voteront massivement en faveur d’un arrêt de travail.

De toute évidence, l’humeur des employés du secteur public n’est pas à la rigolade. Cela se comprend. Toutes les 25 conventions collectives affichées sur le site du ministère des Finances et du Conseil du Trésor sont échues. La majorité des employés sont sans contrat depuis au moins trois ans. Les conditions de travail de certains groupes d’employés, comme le personnel infirmier, sont devenues très difficiles.

Il faut dire que la partie patronale a entamé les négociations sur un bien mauvais pied. En effet, à l’automne dernier, le premier ministre Blaine Higgs annonçait qu’il avait l’intention de poursuivre l’austérité en pleine pandémie, proposant aux employés du secteur public un gel salarial d’un an, suivi de maigres hausses annuelles d’un pour cent pendant trois ans.

Sans surprise, les employés du secteur public ont très mal réagi à cette proposition. Pour eux, pas question d’un gel de salaire, ni de se contenter d’augmentations qui sont loin de couvrir la hausse du coût de la vie, comme la plupart d’entre eux l’ont fait sous les conventions collectives précédentes. Le SCFP a été particulièrement clair à ce sujet en demandant dans sa proposition initiale des hausses de pas moins de cinq pour cent par année.

En somme, un gouffre béant semble séparer les parties et le spectre de la grève se profile à l’horizon.

Pour éviter de sérieuses perturbations dans nos services publics, il faudra bien sûr que chacun mette de l’eau dans son vin. À cet égard, il est encourageant d’apprendre que le premier ministre ne semble plus entêté à imposer un gel de salaire et qu’il semble réceptif à l’idée de bonifier quelque peu les offres salariales de son gouvernement.

La clé lorsqu’on négocie, c’est de faire preuve de créativité afin d’identifier des propositions qui soient gagnantes pour toutes le monde.

Le premier ministre Higgs est préoccupé par la capacité du gouvernement de régler sa note salariale à l’avenir. Dans un tel contexte, il est très peu probable qu’il acquiesce à des hausses salariales moyennes au-delà de l’inflation escomptée à long terme, soit environ deux pour cent. Or, si le gouvernement Higgs est préoccupé par l’avenir financier du gouvernement, dans l’immédiat, celui-ci est sans doute en très bonne posture financière.

En effet, en cette année de reprise économique et de forte inflation, les prévisionnistes nous indiquent que l’économie du Nouveau-Brunswick devrait afficher un gain de quelque dix pour cent. Cela signifie qu’à moins qu’il ne délie les cordons de sa bourse, le gouvernement pourrait bien enregistrer un surplus de plusieurs centaines de millions de dollars cette année.

Le gouvernement Higgs a donc les moyens de dire merci à ses employés du secteur public pour leur travail héroïque durant la pandémie. Cela est possible sans gonfler indûment la facture salariale à long terme du gouvernement, notamment en accordant de généreux bonis de signature.

Avec un peu de bonne volonté et de créativité de part et d’autre, la grève n’est pas inévitable.

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