Le débat des chefs en anglais, la semaine dernière, m’a royalement insulté en tant que francophone. Quand le fiel du mépris anti-québécois, donc anti-français, se répand à la télé avec autant d’aisance d’un océan à l’autre, il y a lieu de s’insurger.

Vous connaissez maintenant l’histoire: la modératrice du débat a posé au chef du Bloc québécois une question qui exprimait, dans un amalgame douteux, un préjugé tenace qu’entretient une partie du Canada à l’égard du Québec – à savoir, que ce dernier est tribal et raciste.

La question en elle-même jure contre l’éthique journalistique puisque, comme l’a si pertinemment répondu le chef du Bloc, elle induit la réponse qu’elle veut obtenir, c’est-à-dire que les lois qu’elle cite seraient une expression de cet éventuel racisme québécois que le chef du Bloc défendrait!

Bref: ce n’était pas une question mais une accusation. Ça commence mal un débat! La modératrice aurait dû se modérer…

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J’ai toujours eu en horreur le «Quebec-bashing», l’«Acadie-bashing», ou le «French-bashing». Ma nature se rebiffe. Parce que ce «bashing» atteste du ressentiment anti-français qu’une partie du Canada anglais éprouve à l’égard de ces francophones qui refusent l’assimilation et en tirent même une fierté.

Ce dénigrement est nourri d’une ignorance crasse de l’histoire de ce pays et de ses habitants.

Même Lord Durham, que l’on décrie souvent en citant sa fameuse phrase à l’effet que le Bas-Canada (le Québec) est «un peuple sans histoire et sans littérature», manifeste à l’égard des francophones de l’époque plus d’empathie et de compréhension dans son célèbre rapport faisant suite aux rébellions du Haut et du Bas-Canada de 1838 contre le système colonial britannique.

Voici ce qu’il dit des francophones: «Ils sont doux et accueillants, frugaux, ingénieux et honnêtes, très sociables, gais et hospitaliers; ils se distinguent par une courtoisie et une politesse vraies qui pénètrent toutes les classes de leur société.»

Et pour défendre la situation de ce peuple francophone au moment de la Conquête, il n’hésite pas à affirmer: «Non seulement on ne lui donna aucune voix dans le gouvernement de la province ou dans le choix de ses dirigeants, mais il ne lui fut même pas permis de s’associer avec ses voisins pour la régie de ses affaires municipales que l’autorité centrale [la France] négligeait sous prétexte de les administrer.»
Ce qui n’oblige pas à partager ses conclusions (c’est là que ça se gâte!) où il soutient qu’«on ne peut rétablir la tranquillité qu’en assujettissant la Province à la domination vigoureuse d’une majorité anglaise». Pas question!

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Le «Quebec-bashing» relève d’une discrimination systémique envers les francophones, discrimination qui dure depuis longtemps, et c’est pour cela qu’elle a pu s’infiltrer dans tant de sphères de la vie canadienne.

Mais ce n’est pas qu’une affaire strictement canadienne-anglaise. Il se trouve même des francophones au Canada, y compris en Acadie, pour estimer que le «Quebec-bashing» est bien mérité puisque cette province aspirerait à se séparer du Canada et mériterait donc de subir ces foudres sous prétexte que les francophones pourraient être laissés pour compte advenant une proclamation de souveraineté du Québec. Ce qui en dit long sur le peu de confiance qu’inspire aux francophones le gouvernement fédéral en matière de protection du fait français au Canada.

Alors quand j’entends des Acadiens se livrer à du «Quebec-bashing», j’entends des francophones qui participent à la discrimination systémique envers d’autres francophones.

C’est non seulement affligeant, c’est dangereux. Parce que ce n’est pas en affaiblissant le Québec qu’on renforcera la francophonie canadienne!

* * *

Les francophones du Niou-Brunswick sont déjà rompus à cette discrimination systémique.

En effet, de quoi se nourrissent donc les «anti-bilinguisme» niou-brunswickois si ce n’est d’un vieux fond de préjugés anti-francophones qui remontent au début de la colonisation et se sont perpétués au-delà, depuis la création de la province en 1784, province anglaise créée dans le but d’accommoder et de récompenser les loyalistes britanniques fuyant la nouvelle république américaine et qui arrivaient ici en terrain conquis?

Et même si aujourd’hui la situation s’est améliorée, est-il nécessaire de rappeler qu’en ce moment même siègent à l’Assemblée législative du Niou-Brunswick des représentants d’une formation politique qui se font les dents sur le dos des francophones?

Que la province est dirigée par un premier ministre qui a lui-même flirté avec l’anti-bilinguisme et, bien qu’il affirme avoir changé, se fait quand même souvent tirer l’oreille quand vient le temps de protéger et de promouvoir les droits linguistiques des francophones?

Que régulièrement des francophones d’ici ou du Canada doivent se présenter en cour pour faire respecter leurs droits, particulièrement en matière d’éducation? Et c’est probablement parce qu’ils sont toujours occupés à quémander et à défendre des droits linguistiques en éducation, qu’ils n’osent pas s’aventurer à revendiquer en cour des droits linguistiques en matière de santé, de municipalités, ou encore d’immigration.

Il faut une mauvaise foi cyclopéenne pour reprocher au Québec d’adopter des lois supposément «discriminatoires» visant à protéger le fait français quand tant de provinces canadiennes en ont voté d’éminemment discriminatoires pour assimiler sciemment leurs propres francophones!

* * *

Si cette réalité n’est pas l’indice d’une discrimination anti-francophone systémique, on se demande bien quelle autre calamité il nous faudrait subir pour que ça devienne d’une clarté aveuglante! Pour l’instant, c’est le réflexe anti-francophone, travesti en «Quebec-bashing», qui aveugle trop de bien-pensants dans ce pays.

Tiens, parlant de calamité, la voici: j’apprends à l’instant que le président de la SANB vient d’annuler une rencontre avec le chef du Bloc sous le fallacieux prétexte que l’Acadie n’aurait pas besoin de l’appui du Bloc au Parlement! Quel geste mesquin! Aussi carrément anti-québécois et anti-francophone que celui de la fausse modératrice. Croit-il naïvement qu’il aide la francophonie canadienne en rejetant dédaigneusement cette main tendue québécoise? Mais quelle immaturité politique!

On ne peut que conclure que M. Doucet a subi des pressions pour poser ce geste extrêmement anti-fraternel et endosser si servilement les habits de l’idiot de service, ce qui fera peut-être avancer sa carrière, mais fait déjà reculer l’Acadie. PATHÉTIQUE.

Han, Madame?

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