Profondément inspirée par le cinéma d’horreur des années 1980, Malignant, la plus récente oeuvre du cinéaste James Wan (Saw, Insidious, The Conjuring) n’est certes pas sa plus réussie, mais c’est assurément la plus bizarroïde.

Madison (Annabelle Wallis, dans un rôle trop peu développé) est une jeune femme de Seattle. Enceinte après deux fausses couches, elle partage sa vie avec un conjoint violent et alcoolique.

Un soir Madison est battue. Quand elle se réveille, elle découvre que son mari a été assassiné et qu’elle a perdu son enfant.

Depuis ces tristes événements, Madison est trois fois victime d’un phénomène terrifiant: incapable de bouger, elle est «transportée» dans un autre lieu, où elle assiste, impuissante, à un meurtre.

Quand la police enquête, elle découvre que les assassinats, très violents, ont bel et bien eu lieu. Et que les trois victimes ont un lien avec le passé de Madison, ainsi qu’un certain Gabriel…

Les années 1980

Les années 1980 ont été l’apothéose du cinéma d’horreur à petit budget. C’est à ce moment qu’est né un style unique, sanguinolent, axé sur le méchant (Jason, Freddy, Michael Myers) plutôt que la victime et porté par des effets spéciaux volontairement rudimentaires.

Dans Malignant (en salle depuis le 10 septembre), Wan a recours a toutes les techniques éprouvées de l’époque. La psychologie de son méchant est inspirée de Halloween et Friday the 13th, le surnaturel emprunte à Nightmare on Elm Street, l’éclairage est médiocre et la musique a été créée à partir d’un synthétiseur – instrument de prédilection de l’époque.

C’est aussi le film le plus sanglant et dégoûtant que Wan ait tourné. Ce n’est pas The Evil Dead (un autre film des années 1980!), mais certaines scènes sont tout de même à la limite du supportable.

Prévisible… et pas

À titre de divertissement, Malignant est correct, sans plus. La première heure est assez banale, empruntant aux clichés tirés de films de maison hantée et aux thrillers policiers. Il y est aussi question d’un lugubre hôpital psychiatrique abandonné, sujet usé s’il en est un.

Wan (qui cosigne le scénario) parvient quand même à nous faire cogiter, alors qu’il sème les indices sur l’identité du tueur.

L’apothéose du film survient quand la nature de la bête nous est révélée. Ces quelques minutes, cauchemardesques, valent à elles seules l’écoute (à condition d’avoir le coeur solide).

Suivent les 20 dernières minutes, qui sont un véritable bain de sang – malgré tout très bien chorégraphiées – sans subtilité aucune, qui culminent sur une fin plutôt prévisible.

Bref, plusieurs idées intéressantes ressortent de Malignant, mais le traitement laisse malheureusement à désirer.

(Trois étoiles sur cinq)

 

The Voyeurs: Basic Instinct rencontre Rear Window

Croisement entre les idées du sulfureux Basic Instinct (1992) et du classique Rear Window (1954) d’Hitchcock, The Voyeurs (Amazon Prime) pose d’intéressantes questions sur notre société, notamment lors de son très grivois troisième acte.

À Montréal (où tout le monde parle français, sauf les comédiens vedettes du film…), Pippa (Sydney Sweeney) et Thomas (Justice Smith) emménagent ensemble dans un bel appartement du centre-ville.

Dès le premier soir du déménagement, les deux jeunes gens remarquent que, dans l’immeuble d’en face, un couple s’envoie en l’air aux vues de tous.

Pippa développe alors une obsession pour ses voisins, les espionnant et allant même jusqu’à installer un micro dans leur appartement.

Quand elle découvre que sa voisine est trompée par son conjoint, Pippa s’immiscera encore davantage dans les affaires du couple exhibitionniste, au point d’en perdre toute rationalité…

(Trop?) Osé

Il faut probablement remonter à l’époque du VHS pour identifier le dernier bon thriller érotique venu de Hollywood.

The Voyeurs n’est certainement pas du niveau de Body Heat (1981), Dressed to Kill (1980), Basic Instinct, Fatal Attraction (1987), Wild Things (1998) ou 9 1/2 Weeks (1986), il nous propose tout de même de bons moments, cherchant sans cesse à nous choquer ou à nous faire réfléchir.

Intéressante critique sur l’obsession de notre société pour le voyeurisme et la pornographie, l’oeuvre de Micheal Mohan (qui avait travaillé avec Sweeney dans la série Everything Sucks!) nous lance une formidable balle courbe dans son troisième tiers.

Si la surprise est totalement tirée par les cheveux – et à la limite du vraisemblable -, elle n’est pas pour autant inintéressante.

C’est aussi dans le troisième acte que les choses deviennent plus lubriques, Sweeney étant au coeur d’une scène très osée.

À mon avis, Mohan aurait pu faire preuve d’un peu plus de retenue – surtout dans un film qui condamne le voyeurisme et la pornographie… D’autant plus que l’idée centrale du film n’en aurait pas souffert le moins du monde.

Trop osée? Peut-être. Mais rien, toutefois, pour porter ombrage à la qualité de la photographie et à l’audace du scénario.

(Trois étoiles sur cinq)

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