Le «nouveau» premier ministre Trudeau se retrouve Gros-Jean comme devant après avoir entraîné la population dans une aventure électorale largement décriée par les électeurs. Il voulait un gouvernement majoritaire pour avoir les coudées franches. Il a perdu son pari.

J’appuyais sa démarche, au début du moins, parce que j’estimais qu’en ce temps de pandémie, on pouvait se passer des constantes menaces de faire tomber le gouvernement que les partis d’opposition multipliaient, faisant fi de l’urgence nationale, tout occupés qu’ils étaient à jouer les matamores, abusant en fait du pouvoir que leur conférait leur statut d’opposition en pleine crise.

Mais Trudeau, préférant jouer au plus fin avec nous, n’a jamais formulé ou admis clairement que ce qu’il cherchait, c’était une majorité. Il aurait dû le dire clairement plutôt que de forcer les électeurs à jouer avec lui une partie de cache-cache qu’ils ne voulaient pas jouer. L’eût-il fait qu’il aurait possiblement rallié une majorité d’électeurs qui seraient aller voter en toute connaissance de cause.

Le peuple n’aime pas être manipulé. Surtout quand il en est conscient!

Et les partis d’opposition n’étaient pas plus futés, qui jouaient les vierges offensées, comme s’ils ne se réjouissaient pas en cachette de pouvoir rebrasser les cartes et augmenter leur pouvoir. Idem pour eux: le peuple a tranché en les renvoyant lundi soir dans les mêmes stalles qu’ils occupaient lundi matin! Kin, toé!

En fait, les électeurs viennent de dire à tout ce beau monde: Allez terminer le mandat qu’on vous a donné il y a deux ans! Arrêtez vos chicanes de ti-coqs et allez travailler!

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J’ai trouvé presque suave l’affirmation du premier ministre à l’effet qu’il aurait reçu «un mandat clair pour mettre fin à la pandémie». Ah oui? Il avait besoin d’une élection pour se faire dire de mettre fin à la pandémie? Le simple bon sens ne lui suffisait pas?

Cette affirmation est d’autant plus étonnante qu’il a reçu lundi soir exactement la même brassée de cartes qu’il avait déjà dans les mains en se levant lundi matin!

Prétendre maintenant que c’est tiguidou ce nouveau mandat qui lui permettra de faire avec sa brassée de cartes de lundi soir des choses extraordinaires qu’il soutenait ne pas pouvoir faire avec la brassée de cartes identique qu’il détenait lundi matin, c’est nous prendre pour des nonos.

Il aurait été plus humble et plus réaliste de conclure qu’il avait reçu le mandat de continuer à faire la même chose!

Il aurait pu en déduire que la population appréciait l’énergie qu’il avait déjà consacrée à la lutte contre la pandémie et qu’il relevait son invitation à poursuivre dans le même sens.

Il aurait pu, au passage, exhorter ses adversaires politiques à en prendre bonne note également et à mettre l’épaule à la roue afin d’en finir avec cette pandémie et de s’atteler à la relance de l’activité économique.

Car les partis d’opposition sont eux aussi pointés du doigt électoral des citoyens! Aucun ne peut aujourd’hui bomber le torse et menacer le gouvernement, aussi minoritaire soit-il, de quoi que ce soit! C’est l’heure de baisser le ton et de retrousser ses manches.

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Bref, est-il possible de transformer et transcender une affaire partisane pour l’élever au rang de défi national dont tous pourraient à l’avenir revendiquer une part de succès?

Est-ce un fantasme d’imaginer qu’un tel scénario puisse se réaliser avant l’an 3000? Ou doit-on d’ores et déjà se résigner à accepter l’idée qu’on ne parviendra jamais à élire une fournée de députés fédéraux suffisamment en phase avec le bien commun souhaité par le peuple canadien pour faire preuve de magnanimité collective?

Me semble qu’il est des moments dans la vie des peuples où leurs représentants élus se doivent d’avoir le courage d’unir leurs forces dans l’intérêt du bien commun. Naïveté de chroniqueur?

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«Ça ne vous tente plus qu’on parle de politique et d’élections», a déclaré Justin Trudeau dans son discours de fin de soirée électorale.

C’est peut-être vrai en ce qui a trait aux élections, surtout des élections emberlificotées et confuses comme celles que l’on vient de vivre. Mais je ne suis pas certain que les Canadiens ne veuillent plus parler de politique!

On aime tellement ça, la politique, que même ceux qui prétendent ne pas s’y intéresser en parlent tout le temps!

En revanche, il faut faire la part des choses entre la partisanerie aveuglante et l’intérêt pour ce qu’on appelle «les affaires de la Cité».

Oui, les Canadiens veulent parler de politique, c’est-à-dire de la gouvernance de l’État, de ses programmes et politiques, d’économie, de relance, d’avancement, de progrès; et des habitants du pays aussi, des Autochtones et des deux autres peuples fondateurs, ainsi que des nouveaux arrivants, des jeunes, des femmes, des aînés, des diverses minorités. Ils veulent parler de culture, d’arts, de sports, de garderies, de foyers de soins, d’éducation, d’industrialisation, de commerce, d’environnement.

Oui, les Canadiens veulent parler de politique. Mais ils ne veulent plus entendre à longueur de jour les jérémiades des partis politiques contre leurs adversaires dans le seul but de se faire un capital politique douteux. Fi de la manipulation politique, de la mauvaise foi, de l’hypocrisie!
Ils veulent du vrai, de la transparence, de l’ouverture d’esprit.

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Et l’Acadie du Niou-Brunswick dans tout ça? Officiellement, elle s’en tire bien, ayant encore une fois choisi de déposer tous ses œufs dans le panier rouge. Mais elle devra jouer des coudes pour tirer son épingle du jeu, car le pays stagne dans un marasme déconcertant. Espérons surtout que ça ne finira pas en omelette!

Reste que cette rupture électorale entre la communauté anglophone et la communauté francophone niou-brunswickoises, même si elle peut en réjouir plusieurs, surtout dans l’euphorie des soirs d’élections, n’augure rien de bon pour la suite des choses dans la province. Même pas besoin d’être devin pour le voir venir.

À la lumière du résultat électoral, on constate que l’Acadie pourra profiter d’un sursis. Comme le Canada, et son gouvernement, d’une certaine manière. Mais pour combien de temps?

Han, Madame?

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