La réputation de Blaine Higgs pour la frugalité en matière de finances publiques n’est pas à refaire. Pourtant, celui-ci en a surpris plusieurs récemment en déliant les cordons de la bourse. En juillet dernier, son gouvernement annonçait un programme de rabais qui faisait du Nouveau-Brunswick l’un des leaders nationaux en matière d’incitatifs financiers pour l’achat de véhicules électriques. Plus tôt ce mois-ci, le premier ministre annonçait que son gouvernement allait accorder 10 millions de dollars pour un nouvel institut numérique ayant pignon sur rue à l’Université du Nouveau-Brunswick.

Il ne faut pas pour autant voir en ces dépenses si peu habituelles une métamorphose idéologique de la part de Blaine Higgs. En réalité, celles-ci ont sans doute plutôt à voir avec le fait que son gouvernement est aux prises avec un beau problème, soit celui gérer un important surplus budgétaire pour l’année en cours.

Cette affirmation va probablement en surprendre plusieurs. En effet, dans son budget pour l’année en cours, le ministre des Finances Ernie Steeves ne prévoyait pas un surplus, mais bien un déficit de 245 millions de dollars.

Ce scénario reposait cependant sur deux hypothèses mort-nées. Premièrement, le budget présumait que le gouvernement provincial ne recevrait que très peu d’aide temporaire supplémentaire du gouvernement fédéral pour faire face à la pandémie. Neuf jours plus tard, cette hypothèse tombait à l’eau alors qu’Ottawa annonçait cinq milliards de dollars additionnels pour aider les systèmes de santé provinciaux cette année.

L’autre hypothèse irréaliste concernait les revenus autonomes, soit les taxes, impôts et autres revenus que le gouvernement provincial génère lui-même. Selon le ministre Steeves, les recettes tirées des taxes et impôts n’augmenteront pas cette année et les autres revenus autonomes n’afficheront qu’un modeste gain.

Un tel scénario de la part du ministre défie l’entendement. Les données historiques montrent que les recettes du gouvernement suivent généralement de près l’évolution de l’économie provinciale. Rien n’indique que cela ne serait pas le cas en ces temps de pandémie. Au contraire, l’an dernier, les recettes autonomes du gouvernement provincial ont accusé un important recul, comme l’a fait l’économie.

Or, au printemps dernier, tous les prévisionnistes s’entendaient pour dire que le Nouveau-Brunswick connaîtrait une très forte croissance cette année, alors que son économie sortirait de sa profonde récession en forme de «V» et que le niveau des prix rebondirait agressivement après avoir diminué l’an dernier. Logiquement, le ministre Steeves aurait dû prévoir que cette croissance économique fulgurante—qui pourrait s’élever à près de 10 pour cent—se traduirait par une très forte hausse des revenus de son gouvernement.

Il faut dire que le gouvernement provincial a l’habitude de sous-estimer ses revenus autonomes. En moyenne, au cours des cinq années avant la pandémie, les chiffres présentés lors du budget ont sous-estimé de quelque 378 millions de dollars les résultats rapportés officiellement par la suite dans les comptes publics.

Si l’on suppose une sous-estimation semblable pour l’année en cours, ce n’est pas un déficit d’un quart de milliards de dollars mais plutôt un surplus d’environ 100 millions de dollars qu’aurait dû nous annoncer le ministre Steeves. Si l’on ajoute à cela les revenus plus élevés que prévu provenant d’Ottawa, c’est peut-être vers un surplus d’au-delà d’un quart de milliards de dollars que se dirigeait le gouvernement avant qu’il ne se mette à dépenser davantage.

Bien sûr, ce ne sont là que de grossières approximations. Cependant, à voir le premier ministre Higgs délier de manière si peu habituelle les cordons de la bourse, il y a fort à parier qu’elles reflètent mieux l’état réel des choses que les prévisions irréalistes du ministre Steeves.

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