Voici deux œuvres qui m’ont particulièrement touchée. Avec le récit de son arrière-grand-mère, Michel Jean nous aide à comprendre les valeurs fondamentales du peuple innu. En musique, on part à la découverte d’Étienne Fletcher, un Fransaskois qui offre de merveilleux paysages musicaux.

Kukum, Michel Jean

Si vous n’avez pas encore lu ce roman, c’est le temps plus que jamais de plonger dans cette histoire magnifique qui, à mon avis, contribue justement à la réconciliation. Michel Jean, un auteur innu de Mashteuiatsh du Nitassinan dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, raconte le parcours atypique de son arrière-grand-mère: Almanda Siméon, une orpheline amoureuse qui a choisi de partager la vie des Innus de Pekuakami. Kukum signifie grand-mère en innu-aimun. Assise au bord du lac Pekuakami, l’aînée du clan se raconte.

Almanda a grandi sur une ferme, auprès de son oncle et sa tante, sur les rives de Lac Saint-Jean (Pekuakami). À 15 ans, elle fait la rencontre de Thomas Siméon, un Innu de Pointe-Bleue (Mashteuiatsh). Celle qui n’a pratiquement jamais côtoyé d’autochtone est fascinée par ce jeune chasseur qui navigue sur les eaux du lac à bord de son canot. Tout de suite, elle est séduite par sa gentillesse et tout ce qu’il évoque. Petit à petit, un amour profond s’installe entre Almanda et Thomas. L’adolescente qui a soif de liberté décide de le suivre dans son village et d’adopter son mode de vie parfois très dur. À cette époque, les Innus étaient encore un peuple nomade.

Le premier segment du livre dépeint leur vie en forêt qui s’écoule au fil des saisons. Ils sont libres. À travers l’expérience de la jeune femme, qui soit dit en passant est une véritable force de la nature, on découvre le quotidien de ce peuple dont la vie est en symbiose avec l’environnement. Chaque hiver, la famille remonte la rivière Péribonka pour se rendre jusqu’à son territoire de chasse. Un voyage qui s’avère périlleux.

On comprend mieux les valeurs ancestrales des Innus, leur besoin de liberté et l’importance du partage. Une vie difficile, mais immensément gratifiante. La jeune femme deviendra mère, grand-mère et arrière-grand-mère.

En deuxième partie, on assiste tranquillement à la sédentarisation du peuple. Au nom du progrès, les compagnies forestières ravagent les forêts. Dépossédés de leurs terres, les Innus seront contraints à une vie sédentaire sur la réserve. Lorsque la famille d’Almanda constate qu’elle ne pourra plus voyager sur la rivière à cause de la drave, on comprend bien leur désarroi et leur douleur. Quand elle verra ses petits-enfants emmenés par les fonctionnaires fédéraux au pensionnat catholique de Fort George, la colère surgira devant cette ultime dépossession.

Michel Jean. – Gracieuseté: Julien Faugère

Je comprends pourquoi l’auteur a choisi la fiction pour relater cette histoire, nous permettant ainsi de mieux saisir ce que les Innus ont perdu et les sentiments qui les animent. C’est raconté sur un ton intimiste avec beaucoup de sensibilité et je dois dire, un petit côté sentimental. Ce livre qui connaît un vif succès depuis sa parution en 2019 a été couronné du Prix littéraire France-Québec. Auteur invité au Salon du livre de la Péninsule acadienne, Michel Jean prendra part à une activité virtuelle. (Libre Expression, 2019). ♥♥♥♥½

Entre-deux, Étienne Fletcher

Quelle belle découverte musicale! On a dit de lui qu’il était le trésor caché de la Saskatchewan. L’auteur-compositeur-interprète sort enfin au grand jour avec son premier long jeu. À la fois planant, énergique, sensible et intimiste, il propose une collection de 10 chansons qui navigue à travers différents courants musicaux. Porteur de belles mélodies, Entre-deux au style pop-rock alternatif peut être aussi très touchant. Je pense, entre autres, à l’émouvante Jeu de mémoire sur la maladie d’Alzheimer. «Rappelle-moi comment c’était avant, rappelle-moi le nom de nos enfants, rappelle-moi que la vie est belle, ton nom m’échappe, mais je sais que je t’aime.» Caroline Savoie fait partie des choeurs sur cette chanson.

Étienne Fletcher. – Gracieuseté: Landon Johnson

Son univers me rappelle à certains égards celui de Daran. On y remarque des similarités dans le timbre de la voix, le ton, la profondeur et l’humanité, plus particulièrement dans ses chansons plus intimistes comme Entre la mort et moi.

Certaines pièces telles que Cher ami nous invitent aussi à voyager. Il ratisse assez large avec ce premier opus. Le chanteur ne révolutionne peut-être pas la scène musicale francophone, mais il a le don d’apporter ses propres couleurs en insufflant un véritable vent de fraîcheur. J’ai bien hâte de le voir en spectacle lorsqu’il sera en tournée au Nouveau-Brunswick à la fin octobre. Étienne Fletcher s’est fait connaître d’abord avec le groupe rock Indigo Joseph. Lauréat de plusieurs prix dont celui de la presse au Festival international de la chanson de Granby en 2016, le Fransaskois a fait paraître deux micros albums. Entre-deux sort officiellement ce vendredi. ♥♥♥½

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle