Le premier ministre du Canada se serait encore une fois mis les pieds dans les plats. En effet, il aurait fait faux bond à l’Histoire en ne participant pas de manière officielle à la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, un nouveau jour férié payé au fédéral et dans certaines provinces, afin de commémorer la tragédie des pensionnats autochtones.

Il s’était exprimé sur le sujet, mercredi soir, lors d’une veillée sur la Colline parlementaire, avant de s’envoler pour la Colombie-Britannique afin de s’accorder quelques jours de congé. On l’aurait même filmé marchant sur une plage, lambinant son plaisir au bras de son épouse. Ö scandale!

Des porte-parole autochtones et d’autres venus du sérail politique ont dénoncé cette escapade en famille, exigeant, naturellement, des excuses pour cet apparent manquement à la bien-pensance officielle.

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Même s’il se serait excusé en privé, auprès de madame Rosanne Casimir, cheffe d’une Première Nation, cela ne suffit pas, semble-t-il, et certains exigent maintenant qu’il exprime publiquement des remords.

Après l’ère des excuses publiques, on entrerait dans celle des confessions publiques. Bienvenue au Moyen-Âge! Comme le disent certains esprits taquins, après la bien-pensance, on passerait maintenant à la bien-montrance!

Il est vrai que de plus en plus souvent, on est non seulement tenu d’appuyer telle ou telle cause, mais on est aussi tenu de le proclamer publiquement, via les réseaux sociaux de préférence, sous peine de dénonciation et parfois de vindicte.

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Ça donne le vertige. Qu’on en soit rendu aujourd’hui à faire un scandale d’État du fait qu’un premier ministre prenne des vacances, après une campagne électorale épuisante, pour se ressourcer en famille, cela me renverse.

Pourtant, je ne suis pas un fan fini de Justin Trudeau, et, oui, il aurait pu commencer ses vacances un jour plus tard. Mais est-ce qu’on doit maintenant passer notre temps à varger sur les personnalités politiques comme si elles étaient des êtres désincarnés sans famille et sans besoins, afin de nous gonfler du sentiment de notre propre pureté?

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Je pourrais dire la même chose de la position du premier ministre québécois François Legault en ce qui a trait au fameux racisme systémique dont serait apparemment affligé le Québec.

À ses inquisiteurs, il répond qu’il existe plusieurs définitions du phénomène. Certains en concluent que ça fait de lui un raciste. Comme quoi la partisanerie politique fait dire des bêtises.

D’ailleurs, il serait intéressant de savoir combien parmi ceux qui le picossent à ce sujet sont capables de donner eux-mêmes une définition juste, claire et précise de ce phénomène. Déjà, j’ai noté que plusieurs confondent les mots «systémique» et «systématique». Ça commence mal!

Le racisme systémique est invisible. Mais le racisme tout court, le racisme ordinaire, est généralement bien audible, bien sonore, souvent tonitruant, même. Ne serait-ce pas préférable de combattre le racisme tout court, de l’éradiquer par l’éducation, plutôt que de tenter de se battre avec un fantôme invisible?

Quand le racisme tout court n’existera plus, le racisme systémique aura disparu, comme par magie.

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Ce serait tellement plus simple pour Legault d’affirmer que, oui, il reconnaît l’existence du racisme systémique et que son gouvernement va tout mettre en œuvre pour le combattre. Il pourrait ainsi faire ce que les enfants de Shakespeare appellent du «virtue signalling», c’est-à-dire, faire semblant d’y croire pour bien montrer au monde qu’il est contre le vice et pour la vertu.

En français, on appelait ça du pharisaïsme à une certaine époque; aujourd’hui, on appelle ça de la «vertu ostentatoire». Faut non seulement être vertueux, mais il faut surtout le montrer. Encore la bien-montrance!

Est-ce vraiment à ce type d’hypocrisie que nous acculent les disciples de la bien-pensance, passés maîtres dans l’art de se dire ouverts alors qu’ils sont hermétiquement fermés à ceux qui ne pensent pas comme eux? Dans l’art de se dire inclusifs alors qu’ils rejettent sans complexe ceux qu’ils ne jugent pas dignes de leur cénacle?

Est-ce vraiment ce que le peuple, le monde ordinaire, demande: des personnalités politiques qui affichent des vertus ostentatoires pour mieux nous berner?

On s’étonne ensuite que les citoyens boudent les élections, qu’ils se démobilisent devant les grands enjeux sociaux, qu’ils ne respectent plus les institutions publiques. Bref, qu’ils démissionnent devant l’hypocrisie.

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C’est un peu ce qui a nui à Trudeau dans cette histoire de vacances, car on avait indiqué qu’il serait à son bureau pour y travailler. Erreur d’aiguillage? Manipulation médiatique? On ne le saura jamais, mais il aurait été préférable que son bureau soit plus transparent.

La transparence politique n’est pas une faiblesse; au contraire, la transparence rend moins vulnérable. L’essayer, c’est l’adopter.

Il en est de même dans la gestion du dossier autochtone au Canada. La découverte des centaines de sépultures d’enfants autochtones – internés de force dans des pensionnats créés pour les couper de leur culture en les assimilant à la société blanche – nous a tous interpellés.

On ne peut tout simplement pas rester insensibles devant une telle tragédie qui s’est étirée sur des décennies.

Et maintenant que nous voilà avisés, avertis, informés du sort de ses enfants, du sort de leurs familles, de leurs communautés, nous ne pouvons plus rester silencieux, encore moins indifférents, face à cette situation qui vient s’ajouter à celle des meurtres et disparitions de centaines de femmes autochtones, ou encore des communautés autochtones privées d’eau potable et de conditions de vie décente.

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À l’heure actuelle, le premier ministre fait encore dans les symboles avec cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation qui, bien qu’elle nous sensibilise, ne change pas le quotidien des Autochtones, tant s’en faut!

Ce qu’il incombe au gouvernement fédéral de faire instamment, c’est d’abolir une fois pour toutes, et dans toutes ses moutures, la Loi des Indiens, proclamation d’un racisme venu d’un autre âge, que les francophones ont subi également, et qui n’a absolument aucune justification.

L’heure des symboles est finie. L’urgence de la situation exige une transparence radicale!

Han, Madame?

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