Onésiphore est l’exemple même du «Canadien français» – lire Québécois – qui s’est installé et s’est complètement intégré dans sa communauté acadienne d’adoption. Après de nombreux échecs électoraux, il connaîtra une longue carrière politique sur la scène fédérale.

Il est né en 1849 à Lévis, près de Québec, fils de Simon Turgeon et de Pélagie Paradis. À l’âge de 20 ans, il entre au Grand séminaire de Québec. Mais sa santé est défaillante (il souffre de dyspepsie, un trouble digestif). Son médecin lui conseille de profiter de ses vacances d’été pour se rendre en Gaspésie, du côté de la baie des Chaleurs, question de bénéficier de l’air du large.

Onésiphore Turgeon s’y rend, mais traverse ensuite du côté du Nouveau-Brunswick. Il passe du temps à Charlo et à Bathurst où il rencontre beaucoup d’Acadiens. Il tombe sous le charme de l’endroit et des gens, tellement qu’il est à peu près convaincu d’y revenir s’installer après ses études.

Il revient dans la région à la fin de son année au séminaire et s’attache encore davantage à la population acadienne. Cette fois, son retour à Québec sera bref, comme il le raconte dans ses mémoires Un tribut à la race acadienne: «Je me trouvais encore menacé de cette dyspepsie, et après consultation avec mon directeur spirituel, l’abbé Taschereau, je fis mes adieux, revêtis mes habits laïques et bientôt après, j’arrivais à Petit-Rocher.»

Onésiphore Turgeon – Wikipédia – domaine public. Date d’environ 1930.

C’est en effet à Petit-Rocher où Onésiphore Turgeon passera ses premières années dans la région Chaleur, en tant qu’instituteur du village. La même année de son arrivée, en 1871, le gouvernement provincial adopte, par sept voix contre six au Conseil législatif, la fameuse Loi des écoles communes qui interdit tout enseignement religieux et tout symbole religieux dans la classe.

La population catholique – irlandaise et acadienne – s’opposera vivement à cette loi qui les force à payer une taxe scolaire pour des écoles non confessionnelles qu’ils ne veulent pas et payer à nouveau s’ils veulent une école séparée religieuse. Le tout sera la cause des émeutes et de l’«affaire Louis Mailloux» à Caraquet en janvier 1875.

Onésiphore Turgeon sera en faveur du compromis qui sera conclu par la suite, et par lequel l’enseignement religieux pourra se faire à l’école, après les heures de classe. Après quelques mois de fermeture, son école et celles de la région ont pu rouvrir.

Premières tentatives politiques difficiles

Il décide alors de se lancer en politique. Mais il lui faudra être patient. Il tente sa chance comme conservateur dans le comté de Gloucester aux élections provinciales de 1874, et dans une partielle en 1876, sans succès.

Il tourne ensuite ses vues vers la Chambre des communes, mais il échouera encore lors d’une partielle dans Gloucester en 1877.

Turgeon s’investit entretemps da la mouvance nationaliste acadienne. Il est membre de comité exécutif pour l’organisation de la première Convention nationale acadienne à Memramcook, en 1881.

L’infatigable aspirant politicien y prononce un discours dans lequel il se dit ravi d’être reconnu comme un «enfant de l’Acadie», exprimant qu’il a épousé les douleurs et les aspirations du peuple acadien. «Je n’oublierai pas, je n’oublierai jamais que si je suis Canadien-Français d’origine et de cœur, je suis Acadien par le choix que j’ai fait du sol de l’Acadie pour me servir de foyer», avait-il déclaré aux délégués. Il appuie le choix du 15 août comme fête nationale et insiste sur l’éducation comme moyen d’avancement des Acadiens.

Il retente sa chance aux élections fédérales, toujours dans Gloucester, en 1882. Autre échec.

Après cette autre défaite, Onésiphore Turgeon vit un certain découragement. Il répond à une offre pour travailler à New York. Il y fera venir sa femme, Margaret Eulalia Baldwin, originaire de Bathurst, et leurs cinq enfants un peu plus tard.

En 1894, il revient à Bathurst, où sa famille l’avait précédé près de deux ans plus tôt. Élu député provincial dans Gloucester cette même année, Pierre Véniot, futur premier ministre du Nouveau-Brunswick et ensuite ministre fédéral, le convainc de changer d’allégeance et de se présenter sous la bannière libérale au scrutin de 1896. Turgeon accepte, mais c’est encore la défaite.

Cependant, Wilfrid Laurier est élu. Son parti au pouvoir, Onésiphore Turgeon deviendra presque un député «fantôme», chargé de voir aux intérêts du comté auprès du nouveau gouvernement fédéral. Il a confiance que ce rôle lui permettra de gagner la prochaine fois.

Moins de trois mois après les élections, son épouse meurt. Il se remariera en 1905 avec Mary Loretto Meahan, également de Bathurst.

Au même moment, Turgeon s’en va épauler Pierre Véniot, imprimeur de métier, qui a fait cette même année l’acquisition du journal Le Courrier des Maritimes de Bathurst. Il est rédacteur et a la responsabilité du journal pendant les longs séjours de Véniot à Fredericton.

La détermination et sa persévérance d’Onésiphore Turgeon finissent par lui sourire: il réussit finalement à se faire élire lors des élections de 1900. Une fois député, il ne connaîtra plus la défaite; il se fera réélire cinq fois, la cinquième, en 1921 avec 73% des voix.

Turgeon ne terminera pas ce dernier mandat puisqu’il est nommé au Sénat en 1922, poste qu’il occupera pendant 22 ans, jusqu’à sa mort en novembre 1944, à l’âge avancé de 95 ans.

Certains ont reproché à Onésiphore Turgeon d’avoir été un politicien trop discret. C’était le genre de député qui «travaillait» son comté, avec comme priorité le développement des pêches. On lui attribue d’ailleurs la construction de 22 quais, ce qui a surtout bénéficié aux communautés acadiennes de Gloucester.

La maison Turgeon, une maison victorienne construite en 1881 à Bathurst et acquise par Onésiphore Turgeon en 1881, déménagée et restaurée au Village historique acadien. – Gracieuseté

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