Le 25e chapitre de la saga James Bond, No Time to Die (en salle depuis vendredi) est un autre exemple de cinéma à numéro qui est la marque de commerce de la franchise depuis 1962. S’il constitue une faible amélioration par rapport à l’ennuyeux Spectre (2015), il n’est vraiment pas du calibre de Casino Royale (2006) et de Skyfall (2012).

Je pourrais probablement utiliser tout l’espace qui m’est accordé dans cette chronique pour résumer l’inutilement compliquée intrigue de No Time to Die. Gardons plutôt ça simple: James Bond (Daniel Craig, photo) sort de sa retraite pour freiner un mégalomane (Rami Malek) qui souhaite infecter la planète à l’aide d’un virus robotique.

Premier constat: il est préférable d’avoir vu Spectre pour bien apprécier l’oeuvre de Cary Joji Fukunaga (True Detective).

Deuxième constat: à ma grande surprise, les scènes d’action ne constituent que quelques gouttes d’eau dans un océan de dialogues – trop souvent vides et pompeux.

Plus navrant, MGM et Universal Pictures utilisent ici la même formule que dans les 24 films précédents, sans désir apparent d’innover. On a donc droit – encore – à la femme fatale, à l’agent double, au grand complot, aux lieux exotiques et au grand méchant.. qui explique son plan machiavélique à Bond… dans son repère, sur une île du Pacifique.

Même la musique, composée par Hans Zimmer, a des airs de réchauffé, alors qu’on reconnaît de longs passages déjà entendus dans la trilogie The Dark Knight!

Ceux qui ont vu le film pourront argumenter que No Time to Die se distingue des 24 films précédents par sa fin. C’est vrai. Cela n’empêche toutefois pas ladite fin d’être terriblement clichée.

Le scénario affiche de plus de gênantes incongruités. Par exemple, comment Bond peut-il communiquer par radio avec ses équipiers si sa montre détruit tous les appareils électroniques qui se trouvent à proximité? On ne nous explique pas non plus comment Blofeld (Christoph Waltz) parvient à accéder à son oeil bionique depuis sa cellule. Et pourquoi, bon Dieu, le méchant tient-il à impliquer Bond dans son plan alors qu’agir dans l’ombre aurait garanti la réussite de son entreprise?

Parlant du méchant – totalement raté -, j’ignore ce qui est le plus ridicule: son plan ou la justification de ses actions. Je cherche encore à comprendre parce que ni l’un ni l’autre n’a le moindre sens.

Le film tente de se faire progressiste en introduisant deux agentes secrètes très douées – une Noire et l’autre Cubaine. Le hic c’est que la première est ennuyeuse et que la seconde ne fait que passer malgré tout son potentiel – et son humour.

Madeleine (Léa Seydoux) n’est de son côté plus la femme pleine de ressources du film précédent. Elle est plutôt un engrenage très passif et sa seule utilité est d’être belle.

Prophétique (le film a été tourné en 2018), l’analogie sur la COVID-19 est intéressante, mais malheureusement sous exploitée.

Points positifs: l’humour est à point, la lumière est un bel hommage aux Bonds des années 1970 et la conclusion propose un intéressant – et tendu – dilemme moral.

Dans l’ensemble: une déception.

(Deux étoiles et demi sur cinq)

 

The Guilty

Reconnu pour ses habilités à tourner des scènes d’action, le cinéaste Antoine Fuqua (The Equalizer, Training Day, Tears of the Sun) sort de sa zone de confort dans The Guilty (Netflix), un suspense original qui réinvente en quelque sorte la façon de raconter une histoire.

Policier impliqué dans une tuerie, Joe Baylor (Jake Gyllenhaal, dans la photo) est confiné à des tâches de téléphoniste du 911 le temps de l’enquête.

Acerbe, impatient, malheureux et ayant peu d’égard pour ses collègues, Joe s’acquitte de sa tâche à reculons.

Un soir, alors que la bordure de Los Angeles est le théâtre d’immenses feux de forêt, Joe reçoit l’appel de détresse d’une femme qui affirme avoir été enlevée par son ex-conjoint.

Joe multiplie alors les efforts afin de tenter de sauver la femme. Il réalise toutefois son impuissance, lui qui est relégué derrière un écran et dont le seul lien avec la victime et les forces de l’ordre – débordées en raison des incendies – est une ligne téléphonique…

Remake américain d’une oeuvre danoise de 2018 qui a été finaliste à l’Oscar du meilleur film en langue «étrangère», The Guilty impressionne par l’audace de sa forme. Contrairement aux suspenses du genre, la tension ne provient pas de l’action, mais bien du fait qu’on est, comme Joe, incapable de savoir ce qui se passe réellement avec l’enlèvement.

On ne voit pas le kidnappeur, son véhicule ou sa victime. On est plutôt résignés à scruter et à interpréter les réactions de Gyllenhaal – dont le visage occupe 99% des images – à mesure que l’intrigue évolue.

Les détails liés à la suspension de Joe et à l’enlèvement nous sont révélés tranquillement, un à un, comme des morceaux d’un casse-tête dont on ignore totalement à quoi ressemble le portrait d’ensemble.

Sur cet aspect, The Guilty est correct, sans plus. On a droit à quelques surprises intéressantes – notamment à la 60e minute -, mais force est d’admettre que l’intrigue est plutôt tenue pour justifier un film de 90 minutes.

The Guilty impressionne toutefois par sa capacité à nous faire vivre toute l’impuissance que doivent souvent ressentir les opérateurs du 911.

À défaut d’être essentielle, l’écoute a le mérite d’être différente et divertissante.

(Trois étoiles sur cinq)

 

The Chestnut Man

La série danoise The Chestnut Man (Kastanjemanden dans son titre original) n’aurait probablement pas attiré mon attention si je n’avais pas réalisé qu’elle est adaptée d’un roman de Soren Sveistrup.

Sveistrup est le créateur de Forbrydelsen, une série télévisée danoise très noire lancée en 2007 qui est depuis devenue culte.

Comme la très grande majorité des Canadiens, j’ai découvert l’oeuvre de Sveistrup quand elle a été adaptée à la télévision américaine par Fox et AMC, en 2011, sous le titre The Killing.

En Danois comme en anglais, c’est l’histoire d’une adolescente assassinée, des nombreux suspects potentiels – dont certains sont des politiciens très haut placés – et d’un père assoiffé de vengeance.

J’avais tellement aimé que je m’étais procuré les deux romans de Sveistrup qui ont été écrits après la diffusion de Forbrydelsen et qui en approfondissent certains éléments.

Voilà pourquoi quand Netflix m’a proposé The Chestnut Man, je n’ai pas pu résister!

La série porte sur deux enquêteurs, Naia Thulin et Mark Hess (photo), qui tentent d’élucider une série de meurtres particulièrement horribles et qui découvrent que ceux-ci pourraient avoir un lien avec la disparition, un an plus tôt, de l’enfant d’une ministre du gouvernement danois.

Comme à peu près tous les films et les séries du genre qui sont produits dans le nord de l’Europe, le ton est extrêmement sombre. L’action se déroule en automne, à Copenhague, et l’absence de lumière donne à l’ensemble une ambiance unique et particulièrement angoissante.

Puisque j’avais lu le roman (Octobre, en version française) duquel la série de six épisodes est adaptée, je n’ai pas eu beaucoup de surprises. Reste que j’ai ressenti pas mal plus de tension que ce à quoi je m’attendais. Et que la révélation finale demeure de grande qualité.

Sachez que malgré ses qualités, The Chestnut Man s’adresse à un public très attentif. Le récit avance tellement rapidement et les rebondissements si nombreux que si vous perdez le fil pendant quelques minutes, vous serez totalement largués.

Bref, The Chestnut Man mérite une écoute, à condition que vous preniez le temps de vous immerger dans cette oeuvre particulièrement lourde.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

À surveiller

Halloween Kills
(en salles vendredi)
En 2018, le réalisateur David Gordon Green a réécrit l’histoire du tueur Michael Myers en faisant fi de tous les films sortis précédemment, sauf l’original de John Carpenter, lancé en 1978. Le résultat a été très bien accueilli. Dans ce nouveau chapitre, l’action reprend alors que Michael semble avoir péri dans l’incendie de la demeure de Lori Strode (Jamie Lee Curtis). On se doute qu’il a survécu!

You – Saison 3
(sur Netflix vendredi)
La série la plus tordue de la télévision en ligne est de retour pour une troisième saison. Dans cette nouvelle mouture de dix épisodes, Joe (Penn Badgley) et Love (Victoria Pedretti) sont maintenant parents, mariés et établis dans une communauté huppée du nord de la Californie. Pourront-ils se faire suffisamment confiance pour subvenir aux besoins de leur fils?

I Know What You Did Last Summer
(sur Amazon Prime vendredi)
Nostalgie, quand tu nous tiens… Cette nouvelle série de huit épisodes reprend exactement la même prémisse que le film culte des années 1990 et le roman de 1973: un an après une soirée de remise des diplômes tragique, un groupe d’adolescents est pris en chasse par un tueur sanguinaire.

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