J’ignore quelles bontés particulières du Ciel vous avez fêtées lundi, jour de l’Action de grâce, mais, perso, j’ai rendu grâce d’être encore en vie, de pouvoir encore lire et réfléchir, et d’entretenir avec vous une longue conversation depuis vingt ans. Merci et bisous distanciés!

On a quand même tous et toutes un truc à célébrer ensemble: le fait d’avoir, jusqu’à ce jour, résisté à la pandémie causée par le mozusse de virus.

Je suis conscient que la situation s’est récemment aggravée au Niou-Brunswick, et je formule le vœu que ce n’est que passager et que nous pourrons tous nous réjouir bientôt de la fin de cette épreuve.

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Comme la plupart des gens, j’essaie de me tenir au courant des derniers développement de cette pandémie, d’en suivre les hauts et les bas dans plusieurs parties du globe, mais force est de reconnaître que j’en perds des bouts.

En date de vendredi dernier, 71,09% de la population canadienne était entièrement vaccinée. On a encore un bout de chemin à faire. En revanche, les médias nous parlent très peu du très faible taux de vaccination de certaines régions du monde. Au Yémen, par exemple, il serait de 0,2%…

Tant et aussi longtemps que tous les pays ne seront pas vaccinés, d’autres variants peuvent apparaître ailleurs et venir nous enquiquiner royalement. Ne lésinons pas sur la distribution internationale de vaccins!

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J’éprouve un sentiment ambigu face à cette pandémie. D’un côté, je suis doublement vacciné, et je le serai une troisième fois s’il le faut, et cela me rassure. Toutefois, étant donné l’incertitude face aux mutations du virus et à leur éventuelle virulence, rien ne me garantit que je sois hors de tout danger.

Dans ce contexte, je m’en remets à plus savant que moi pour tenter de me préserver du virus.

Et quand je parle de plus savant que moi, je fais référence aux autorités médicales dûment reconnues, dûment accréditées, et non pas aux «savants» complotistes qui pullulent sur les réseaux sociaux, répandant leur «science» à qui mieux mieux au risque de mettre en danger les personnes crédules qui les suivent comme des moutons de Panurge du 21e siècle.

Ou comme les disciples du Gouverneur du Texas qui, lui, vient d’interdire carrément la vaccination obligatoire sur l’ensemble du territoire! Incroyable ce que peut faire la bêtise humaine.

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Cela dit, parmi ceux et celles qui refusent le vaccin, il n’y a pas que des complotistes. Des personnes, tout à fait saines de corps et d’esprit, peuvent nourrir des craintes face à un vaccin qui nous arrive si rapidement sur le marché, alors qu’autrefois il fallait plusieurs années pour y parvenir. Il faut respecter cette crainte légitime.

Cependant, ce que nous enseigne cette situation, c’est peut-être qu’il ne sera plus nécessaire à l’avenir de consacrer des années à la mise en marché d’un vaccin, parce que les connaissances et la technologie progressent.

Peut-être tout simplement qu’on ne remettait plus en question les anciennes méthodes. En médecine comme ailleurs, il faut parfois un électrochoc pour faire un saut quantique. Et au lieu d’en avoir peur, on devrait se réjouir de voir surgir sous nos yeux étonnés un tel progrès.
Appelons ça: l’art de transformer une peur légitime en action de grâce!

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En se mettant dans une telle disposition d’esprit, les récalcitrants pourraient sans doute se rendre à une autre évidence: à l’heure actuelle, la très grande majorité des personnes hospitalisées à cause du virus sont des personnes qui ne sont PAS vaccinées.

Et dans ce contexte, les gouvernements ont raison d’exiger que le personnel médical, infirmier, enseignant et autres soit tenu de se faire vacciner pour poursuivre ses activités professionnelles.

C’est une question de bien commun.

La liberté individuelle est un beau concept, un concept noble qui met en valeur la dignité de tout être humain. Mais ne dit-on pas aussi que la liberté de l’un s’arrête où commence la liberté de l’autre?

Bref: les gouvernements doivent impérativement faire passer le bien commun avant la liberté individuelle quand celle-ci peut représenter une menace.

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Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un tel dilemme, pour ne pas dire une telle impasse.

Est-ce que je me fiche des autres pour n’en faire qu’à ma tête, en prenant un risque pour moi et pour les autres, ou est-ce que je fais preuve de magnanimité, car c’en est, pour protéger les autres en me protégeant moi-même?

Ce n’est pas la seule instance de nos vies où l’on doit se poser une telle question. Par exemple, doit-on refuser d’enfiler un condom dans certaines conditions à risque? Est-il correct d’accélérer quand on circule en auto dans une zone scolaire? Servira-t-on des mets avariés à pépére, au risque de l’empoisonner? Bien sûr que non!

En de tels moments, on agit par instinct autant que par intelligence. L’instinct de survie prime sur nos propres peurs, notre propre ignorance, nos propres défaillances. Et nous acceptons mille petits compromis pour protéger les autres en sauvant aussi notre propre peau.
Il en est ainsi avec ce vaccin, comme avec ceux contre la polio, la varicelle, l’hépatite, le zona et combien d’autres!

On les accepte, les reçoit, on vit avec, pour son propre bien, et pour le bien commun, encore une fois.

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La pandémie met en lumière le dicton: «aux grands maux, les grands moyens».

Et les gouvernements mettent ce dicton en application, avec diverses mesures drastiques: port du masque, distanciation, bulles familiales, vaccination; et maintenant, permis professionnels révoqués, suspensions sans salaires, pertes d’emploi.

Ça peut sembler cruel, mais c’est encore plus cruel de mettre en danger par inconscience la vie de sa famille, de ses proches, des personnes dont on a la charge ou avec lesquelles on doit transiger. Et sa propre vie, inutilement.

Simple question de bon sens.

Han, Madame?

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