Il y a exactement un mois aujourd’hui, le Canada s’en allait voter, valderi valdera, à la demande du premier ministre Justin Trudeau, vu que la situation liée à la pandémie était d’une urgence absolue nécessitant au plus sacrant un nouveau gouvernement. Résultat: retour spectaculaire à la case départ. Depuis, silence radio.

Entre-temps, notre protecteur national de la veuve et de l’orphelin s’est retrouvé dans une situation embarrassante en entamant des vacances en Colombie-Britannique au moment même de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Résultat: des Autochtones insultés et des médias survoltés.

Après s’être mis à nouveau les pieds dans les plats, notre infortuné premier ministre a dû se livrer à une énième séance de repentance devant l’accueil mitigé que lui ont réservé des représentants autochtones lundi dernier. Résultat: un acte de contrition et un look piteux projetés à la grandeur du monde.

* * *

En l’écoutant et surtout en l’observant attentivement à la télé, pendant sa confession publique, j’ai été frappé par son manque d’énergie. Il projetait l’image d’un homme épuisé. J’avais noté la même chose aux élections de 2019. Se pourrait-il qu’il soit en burn-out? Si oui, qu’il le dise, tout simplement, et prenne un repos bien mérité.

Le pays n’en mourra pas, surtout qu’on a tous compris que l’urgence qu’il invoquait pour câller des élections était une entourloupette visant à lui assurer une majorité au Parlement. C’est raté, et la vie continue.

Je suis conscient que certains ne voient pas les choses du même œil. C’est normal, et c’est ben correct. Mais comme je l’ai dit dans une récente chronique, je trouve insensé qu’on accable les politiciens au nom de grands principes fumeux et par pure mesquinerie politique.
Si on lui avait diagnostiqué une maladie sévère, on comprendrait tous qu’il doive s’absenter le temps de se rétablir. Ça ne devrait pas être différent dans le cas d’un épuisement fort compréhensible.

Parce qu’au final, le pays a plus besoin d’un premier ministre reposé et en forme que d’un premier ministre quasiment obligé de se reposer en cachette!

C’est peut-être un effet de mes méditations de l’Action de grâce, mais il n’est pas interdit de faire preuve d’un peu de compassion et d’empathie envers le premier ministre. Ce qui ne m’empêchera pas de le critiquer encore quand cela s’imposera. Promis!

* * *

Parlant des Autochtones, je me demande d’où vient cette mode subite des messages sur les réseaux sociaux émis par toutes sortes de personnes et d’associations qui affirment reconnaître que le Niou-Brunswick est situé sur des territoires non cédés et traditionnels des communautés autochtones.

La formule varie un peu d’une province à l’autre, et d’une région provinciale à l’autre. Au Niou-Brunswick, la formule la plus utilisée que j’ai notée est la suivante: «Je reconnais que le Nouveau-Brunswick est situé sur les territoires non cédés et traditionnels des Nations Wolastoqiyik, Mi’kmaq et Passamaquoddy. Le territoire n’est pas cédé car les traités de paix et d’amitié signés avec la Couronne britannique en 1725 et 1726 n’ont pas cédé les terres.»

On dirait que le Canada au complet vient de découvrir que les Autochtones habitaient déjà ce territoire quand les Européens s’y sont installés à demeure!

Je n’ai rien à redire à ce sujet, surtout que je n’y connais rien, comme bon nombre de ceux et celles qui affichent de tels messages sur les réseaux sociaux! À moins que tout ce beau monde se soit mis à étudier en cachette les traités de paix et d’amitié signés avec la Couronne britannique en 1725 et 1726!

* * *

Pour tout vous dire, ça me fait un peu penser aux canulars qu’on voit passer à intervalles réguliers sur Facebook dans lesquels quelqu’un nous annonce solennellement qu’il ne reconnaît pas à Facebook le droit de propriété sur les photos qui sont publiées sur le site, alors que ça fait partie de «l’entente» signée avec Facebook en ouvrant son compte!

Franchement, who cares?

En revanche, que des gouvernements et des institutions politiques d’importance évoquent cette non-cession territoriale, ça se comprend.

Mais que n’importe qui d’entre nous fasse de telles déclarations solennelles sans savoir de quoi il est question la plupart du temps, je me demande ce que ça va changer à la situation des Autochtones du Canada!

* * *

J’ai lu que le gouvernement provincial avait interdit à ses fonctionnaires d’utiliser cette formule. Pourquoi? Ce serait intéressant qu’une âme généreuse et bien au fait du sujet nous explique ce que signifie cette déclaration. Est-ce que certaines terres sont cédées? Si oui, lesquelles?

Quelles conséquences une telle cession territoriale pourrait-elle avoir sur le sort du Canada? Et sur le territoire canadien actuel?

J’ai lu aussi que les représentants de la Première Nation Wolastoqey de la province revendiquait la moitié du Niou-Brunswick! Je me demande quel impact cela pourrait avoir sur la destinée de l’Acadie.

Quand je vois des Acadiens si prompts, plus de deux cents ans après la Déportation, à reconnaître que les terres qui leur servent de pays depuis 1755 ne leur appartiennent pas, je suis un peu confus.

Une chance que les représentants de la Première Nation Wolastoqey ont pris la peine de préciser que personne ne serait forcé de déménager!

Fiou! On respire.

* * *

Soyons honnêtes et reconnaissons surtout que nous avons ignoré les Autochtones pendant des siècles et qu’à cause de cela nous «découvrons» aujourd’hui, au moment de cette Grande Réconciliation, que l’heure a sonné de rendre des comptes afin de réparer les torts que nous leur avons causés par ignorance, par insouciance et par indifférence.

Exactement de la même manière que l’Acadie aurait bien aimé que la Couronne britannique reconnaisse également ses torts – avec compensations! – en ce qui a trait à la Déportation.

Les premiers habitants et les tout premiers «nouveaux arrivants» au Canada partagent une histoire commune qui n’a jamais été racontée. Il est temps de repenser le récit national du pays.

Han, Madame?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle