Ottawa n’a pas tardé à réagir à l’annonce des surplus-surprises du Nouveau-Brunswick le 13 octobre dernier. Dès le lendemain, le député de Beauséjour et ministre des Affaires intergouvernementales Dominic LeBlanc s’est empressé de qualifier les résultats financiers de la province d’«aberration». Il a renchéri en se disant «très déçu que le N.-B. continue essentiellement de se vanter d’avoir été la pire province quant à l’appui qu’elle a donné à sa population pendant la pandémie».

Tout cela est juste. Là où le ministre a cependant quelque peu exagéré, c’est lorsqu’il a affirmé qu’en se comportant ainsi, Fredericton minait sa position selon laquelle Ottawa doit lui accorder inconditionnellement des millions de dollars de plus pour la santé.

Certes, la conduite fiscale du gouvernement de Blaine Higgs depuis le début de la pandémie a de quoi faire sourciller. Cela dit, il faut mettre les choses en perspective. Le détournement par le gouvernement provincial des fonds accordés par Ottawa pour la santé ne date pas d’hier et n’est certes pas unique au Nouveau-Brunswick. De fait, cela remonte au tournant du millénaire, alors que le gouvernement fédéral s’est mis à réinvestir massivement dans la santé. Entre 1999 et 2019, le financement fédéral pour la santé a progressé plus de deux fois plus rapidement que les dépenses de santé des provinces.

C’est donc dire que, contrairement à ce qu’avancent les provinces, Ottawa pèse de plus en plus lourd dans le financement de la santé. La réalité, c’est que sa contribution frise désormais son record historique, atteint vers la fin des années 70.

Dans un tel contexte, on peut aisément comprendre pourquoi Ottawa hésite à accélérer son financement pour la santé sans serrer la vis aux provinces quant à l’usage qu’elles peuvent en faire. Il ne faut cependant pas se faire d’illusions sur l’importance du Nouveau-Brunswick dans la dynamique politique canadienne. Contrairement à ce qu’avance le ministre LeBlanc, les surplus pandémiques de Blaine Higgs ne pèseront pas bien lourd dans le calcul d’Ottawa dans ce dossier.

Plusieurs se demanderont sans doute pourquoi Ottawa hésite depuis deux décennies à apposer davantage de conditions à son financement. Il y a au moins deux raisons à cela. D’une part, Ottawa veut éviter de soulever l’ire d’un Québec jaloux de ses compétences. D’autre part, après les profondes coupures dans les transferts fédéraux imposées par les libéraux de Chrétien dans les années 90, les provinces ont réussi à préserver le mythe selon lequel Ottawa ne ferait pas sa juste part dans le financement de la santé.

Cela dit, il se peut fort bien qu’Ottawa n’ait pas besoin de s’inquiéter que les provinces continuent de détourner ses fonds destinés à la santé pour bien longtemps. La pandémie a révélé des faiblesses majeures dans les systèmes de santé de toutes les provinces. Elle a aussi considérablement aggravé les pénuries de main-d’œuvre qui sévissaient déjà avant son arrivée.

Ces pénuries, faut-il le rappeler, ont été une source d’économies pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, tant avant que pendant la pandémie. Il y a fort à parier, cependant, que ce ne sera pas le cas dans les années à venir. Déjà, on voit les gouvernements provinciaux d’un peu partout au pays monter les enchères pour attirer et retenir des employés. Dans ce nouveau contexte, les pressions seront énormes pour que le gouvernement du Nouveau-Brunswick emboîte le pas.

L’ironie dans tout cela, c’est que si Ottawa décide d’accorder davantage de fonds pour la santé à toutes les provinces, les riches comme les pauvres, il ne fera sans doute que jeter de l’huile sur le feu. Nul besoin d’aide supplémentaire d’Ottawa pour alimenter une escalade des salaires qui semble déjà pendre de l’ampleur par elle-même.

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