«Ave, Maris Stella, Dei Mater alma…» La majorité des Acadiens connaissent ces mots par cœur. Ce sont les premiers mots de l’hymne national acadien Ave Maris Stella.

L’histoire de l’hymne national est parsemée de doute, de contestation et de multiples tentatives d’en doter des paroles en français.

La confusion s’est installée sur ce que les délégués de la deuxième Convention nationale acadienne en 1884, à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard, avaient réellement choisi.

L’histoire est bien connue. Après avoir adopté, lors de la première Convention de 1881, le 15 août comme fête nationale, on devait, lors de la seconde, choisir les principaux symboles du peuple acadien: un drapeau, une devise, un chant national.

Après l’adoption du tricolore étoilé comme drapeau acadien, le choix de l’hymne national a été plus particulier. La commission chargée de l’affaire ne propose finalement rien. La question est renvoyée à un comité spécial.

Mais… coup de théâtre! Alors que les délégués s’apprêtent à partir, Mgr Marcel-François Richard annonce qu’il peut leur montrer un échantillon du nouveau drapeau acadien. On le déploie en silence. Puis, l’euphorie gagne la foule. Il y a des cris et des hourras frénétiques. Des délégués réclament un chant. Certains proposent La Marseillaise, l’hymne national français. Second coup de théâtre: Mgr Richard entonne de sa voix grave l’Ave Maris Stella, que tout le monde répète, puisque c’est un chant religieux très connu chez les Acadiens.

C’est alors que Pascal Poirier, l’un des grands leaders acadiens, entre dans la partie. D’une voix frémissante, rapporte-t-on, il affirme que l’air national est tout trouvé, trouvé selon lui grâce à l’intervention de Marie et «du doigt de Dieu». Sous l’émotion du moment, on propose l’adoption de l’Ave Maris Stella comme chant national. Les délégués adoptent à l’unanimité.

Mais l’élan patriotique laisse rapidement le champ aux discussions, voire aux débats. On se demande d’abord si on avait choisi l’air et les paroles latines de l’Ave Maris Stella ou seulement la musique, avec une intention d’élaborer un texte en français.

Dans un texte publié dans le volume 16, no 1 des Cahiers de la Société historique de l’Acadie (volume 16, no 1) en 1985, l’historien et archiviste Éloi DeGrâce, a décrit les nombreuses tentatives de remplacer le texte latin ou le chant lui-même.

Trois mois à peine après l’adoption de l’Ave Maris Stella, une personne signant simplement «Évangéline» écrit un texte dans le Moniteur Acadien, souligne que certains on voulut remplacer les paroles latines par celle du chant Un Acadien errant, ce à quoi il (ou elle) s’oppose, en proposant la tenue d’un concours pour élaborer un nouveau texte.

Affiche annonçant la tenue de la deuxième Convention nationale acadienne en 1884 à Miscouche, Île-du-Prince-Édouard – Bernard LeBlanc, domaine public

En février 1888, un autre texte paraît dans le même journal, cette fois signé: P.P. Il ou elle affirme qu’il était prévu qu’un nouveau texte soit choisi lors d’une autre convention nationale. P.P. propose aussi un concours, auquel pourraient participer des poètes français, canadiens ou acadiens.

L’année suivante, le ton monte dans les pages du Courrier des Provinces Maritimes. Dans deux longs articles, on déplore que l’Ave Maris Stella est «trainé» dans les salles et les assemblées publiques, alors que ce chant religieux devrait demeurer dans les églises.

Une semaine plus tard, quelqu’un utilisant le pseudonyme «Acadie» réplique à ces articles, avance que «nous n’avons pas adopté l’hymne Ave Maris Stella comme chant national; nous n’avons que choisi cet air populaire et catholique comme air national, laissant à nos poètes la tâche de composer des versets appropriés».

Pendant ce temps, l’Ave Maris Stella est de plus en plus chanté dans les rencontres patriotiques ou réunions d’organisations avec les paroles originales, mais parfois en y substituant les paroles d’Un Acadien errant.

En 1902, le sénateur Pascal Poirier, devenu sénateur, proposera dans les pages du journal l’Évangéline un texte de l’abbé George Dugas pour remplacer les vers latins avec comme premier couplet: «Toi qui reçus la vie, d’un peuple de martyrs, enfants de l’Acadie, garde tes souvenirs.» C’est, encore une fois, une tentative ratée.

Lors de la réunion de fondation de la Société mutuelle l’Assomption à Waltham, Massachusetts, en 1903, on fait adopter une résolution à l’unanimité pour choisir des paroles françaises à l’hymne national acadien. La proposition: «Étoile des chrétiens, guide des Acadiens, mitigez notre sort, en nous montrant le port» n’a pas non plus eu de suite.

D’autres feront de même au cours des années qui suivent. Même André-Thaddé Bourque, auteur de la première version du chant Évangéline, propose sa composition La Marseillaise acadienne comme nouvel hymne national qui, bien qu’elle ait été chantée dans les écoles, n’a pas supplanté l’Ave Maris Stella

Le doute subsiste toujours en 1941 alors qu’un éditorial de l’Évangéline se demande ce qui a bel et bien été adopté à Miscouche en 1884. L’Ave Maris Stella sera de nouveau remis en question dans son entièreté dans les années 1960 alors que le mouvement de la jeunesse acadienne veut se départir des symboles nationaux qu’elle juge dépassés.

En 1977 et 1979 et 1985, d’autres demandes et concours tentent, en vain, d’en arriver à des paroles françaises pour l’hymne national.

Finalement, en 1994, la Société Nationale de l’Acadie lance un concours qui sera remporté par Jacinthe Laforest du journal La Voix acadienne. On garde le premier couplet original en latin, suivi de trois couplets en français, pour terminer avec le premier couplet latin.

Il aura fallu 110 ans pour en arriver à ce compromis alliant tradition et modernité.

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