Chasseur de fantômes échaudé craint l’eau froide. Ce proverbe explique en grande partie pourquoi il aura fallu attendre plus de 30 ans après que SOS Fantômes 2 (1989) ait été atomisé par la critique pour retrouver l’univers disjoncté créé par Ivan Reitman en 1984. Je vous rassure tout de suite: l’attente aura valu la peine.

Je me permets tout d’abord une petite parenthèse pour vous parler d’Harold Ramis. Génie comique de l’absurde, Ramis interprétait le professeur Egon Spengler dans les deux films originaux. Il avait aussi signé le scénario en compagnie de son grand copain canadien, Dan Akroyd.

Ramis est décédé d’une maladie auto-immunitaire en 2014. Dans un épisode de The Movies That Made Us mis en ligne sur Netflix en novembre 2019, Akroyd résume avec beaucoup d’émotions l’impact inestimable qu’a eu son camarade sur la naissance de la franchise.

SOS Fantômes: L’Au-Delà (en salles depuis jeudi) est dédié à Ramis et je vous invite à garder cette information en tête tout au long du film afin de mieux l’apprécier – surtout la fin, que le petit garçon en moi qui était âgé de 7 ans quand la folie Ghostbusters a déferlé sur le monde en 1984, a appréciée au plus haut point.

SOS Fantômes: L’Au-Delà, vous l’aurez deviné, se situe dans le même monde que les films de 1984 et 1989. On y suit une mère seule, Callie (Carrie Coon), et ses deux enfants, le culotté Trevor (Finn Wolfhard de la série Stranger Things) et la très intello Phoebe (Mckenna Grace).

Croulant sous les dettes, la petite famille est forcée de déménager dans la demeure du père récemment décédé de Callie – une ferme en ruine située au beau milieu de nulle part. Petit à petit, Trevor et Phoebe réalisent que leur grand-père était un chasseur de fantômes qui a connu la gloire dans les années 1980 avant de se retirer du monde – et d’abandonner sa fille.

Aidés d’un professeur de sciences (Paul Rudd, alias Ant-Man), les deux adolescents découvriront que la planète est menacée par la même entité destructrice qui avait attaqué New York en 1984.

Leur suffira-t-il de «croiser les effluves» pour triompher?

Dans le moule de Star Wars: Le Réveil de la Force (2015), le nouvel épisode de SOS Fantômes tente de faire le pont entre deux générations d’auditeurs.

En ce sens, l’objectif est atteint. Les plus vieux reconnaîtront la musique, le vocabulaire, les références et l’équipement du film original, alors que les plus jeunes peuvent simplement se laisser aller à suivre un film qui déborde d’humour, d’action et d’émotions.

J’avoue avoir ri de bon coeur quelques fois, ce qui m’arrive rarement au cinéma (je sais, je suis un public difficile…). Encore plus rare, j’ai dû me retenir pour ne pas me lever et applaudir au moment du générique. Quelle fin touchante!

Un mot sur le jeu de la jeune Grace, qui a dû passer des heures à imiter les mimiques d’Harold Ramis parce que son interprétation est absolument exceptionnelle. J’en suis encore émerveillé.

Si le film de Jason Reitman (le fils d’Ivan) a un défaut, c’est qu’il prend trop de temps à atteindre sa vitesse de croisière.

Reste que dans l’ensemble, le nostalgique en moi et mon fiston âgé de 10 ans avons passé une magnifique soirée au cinéma.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Dopesick

Selon mes calculs, j’ai vu plus de 60 séries télévisées cette année. Dopesick, qui a été mise en ligne sur le service Star de Disney+ le 12 novembre, figure sans aucun doute parmi les trois meilleures.
Comme c’est la tradition, je vous révélerai mes dix coups de coeur télévisuels de l’année à la fin décembre, mais en attendant, parlons de ce petit bijou qu’est Dopesick.

Créée par deux ténors de la télévision américaine, Danny Strong (Empire) et Barry Levinson (Borgia), cette série à très grand déploiement nous transporte à l’épicentre de la crise des opioïdes qui frappe durement l’Amérique du Nord depuis un peu plus de deux décennies.

Au coeur de cette crise sans précédent, une compagnie pharmaceutique américaine sans trop d’envergure: Purdue Pharma et son chimiste sans scrupule, Richard Sackler.

À la fin des années 1990, Sackler a créé un antidouleur, l’OxyContin, qui se voulait une alternative à la dangereuse morphine. Purdue est parvenue à convaincre le gouvernement américain et le corps médical que son produit ne créait pas de dépendance – ce qui s’est révélé totalement faux.

Aujourd’hui, selon un article publié en septembre par le magazine Macleans, un Canadien meurt d’une surdose d’opioïde toutes les 49 minutes…

Par le biais de personnages extrêmement bien développés et terriblement attachants (un médecin, une patiente, un représentant pharmaceutique, des avocats), Dopesick nous explique comment

Purdue est parvenue à empoisonner tout un continent en toute impunité.

Adapté d’une brillante enquête de la journaliste Beth Macy, Dopesick est une réussite exceptionnelle.

Le jeu des comédiens est d’abord absolument parfait. Michael Keaton (photo) est incroyablement bon dans le rôle d’un médecin repentant alors que la jeune Kaitlyn Dever (Unbelievable) démontre toute l’étendue de son potentiel. Sans exagérer, le médecin interprété par Keaton est un des plus beaux personnages que j’ai vu à la télé ces dernières années.

La qualité des images est elle aussi remarquable, surtout les paysages enneigés et la grisaille de la Virginie, qui appuient le lourd propos.

Sans mauvais jeu de mots, la série est addictive. L’injustice qui nous est présentée est tellement grave qu’il est impossible de lâcher prise avant de voir Purdue Pharma crouler sous les poursuites judiciaires.

À voir absolument.

(Quatre étoiles et demi sur cinq)

 

Maman, j’ai raté l’avion! (Ça recommence)

Pauvre Ellie Kemper (The Office, Unbreakable Kimmy Schmidt – à gauche dans la photo). Comment une des femmes les plus drôles de la télévision a pu se retrouver dans le gâchis qu’est Maman, j’ai raté l’avion (Ça recommence)?

Vous l’aurez deviné, cette nouveauté exclusive à Disney+ est un autre chapitre dans la saga qui a vu le jour en 1990 avec le film culte Home Alone (et une performance tout aussi culte du petit Macaulay Culkin).

La prémisse de Ça recommence ressemble en tout point à celle de l’original: un jeune garçon, Max (Archie Yates), est oublié par ses parents et sa famille élargie quand ils se rendent à Tokyo pour fêter Noël.

Sauf que cette fois-ci, ce ne sont pas des cambrioleurs qui prennent d’assaut la maison de Max, mais bien un homme et une femme (Kemper et Rob Delaney) qui soupçonnent que le garçon leur a volé une poupée valant plus de 300 000$.

En vendant cette poupée, le couple, qui croule sous les dettes depuis que monsieur a perdu son emploi, espère ne pas avoir à vendre sa maison et ainsi déraciner ses deux enfants.

Sauf que Max est convaincu que le couple tente de le kidnapper. Et il accueillera ses assaillants avec de dangereux pièges…

Ça recommence est un film très inégal. La première demi-heure est ennuyante et bourrée de clichés. Les choses s’améliorent un peu quand les pièges de Max se referment sur le couple d’envahisseurs, avant de retomber dans le mélo et le prévisible profond une fois que tout le monde prend conscience du quiproquo.

L’humour, le ton et les dialogues sont extrêmement enfantins (surtout venant d’un réalisateur qui a écrit le plus récent Borat et le très peu subtil Dirty Grandpa). Par contre, la violence associée aux pièges de Max est aussi gratuite qu’extrême, ce qui m’a laissé extrêmement songeur quant au public cible de l’oeuvre.

Encore plus confondant: dans le film original, il y avait quelque chose de jouissif à voir des bandits se faire attaquer par le petit Kevin. Dans le nouveau film, c’est troublant de voir des gens ordinaires remplis de bonnes intentions recevoir des balles de billard en plein front… Quel irresponsable message pour les jeunes!

À voir uniquement pour le jeu de Kemper – et encore là, le scénario ininspiré est loin de rendre justice à tout son talent…

(Une étoile et demi sur cinq)

 

À surveiller

House of Gucci
(en salles vendredi)

Très attendu, ce film de Ridley Scott (Gladiator, Alien) revient sur l’assassinat de l’héritier de l’empire de mode italien Gucci, Maurizio. Avec Lady Gaga, Adam Driver, Salma Hayek et Jared Leto.

Hanna
(mercredi sur Amazon Prime)
Un des beaux succès d’Amazon Prime, cette série qui approfondit le film du même titre de 2011 suit le parcours d’une jeune femme qui tente de détruire l’organisation qui en a fait une assassine contre son gré.

Hawkeye
(mercredi sur Disney+)
Disney poursuit sur sa lancée de donner de la visibilité à des personnages secondaires de l’univers cinématographique Marvel. C’est maintenant au tour de l’archer Hawkeye (Jeremy Renner) et de sa nouvelle protégée, Kate Bishop (Hailee Steinfeld).

The Beatles: Get Back
(jeudi sur Disney+)
Le cinéaste Peter Jackson (la trilogie du Seigneur des Anneaux) nous entraîne dans la genèse de l’album culte Let It Be, des Beatles, dans cette série documentaire d’une durée de six heures – tirée de 60 heures d’images inédites. En prime, l’intégral du dernier concert des Beatles, à Savile Row, à Londres.

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