«La musique, c’est du bruit qui pense»

C’est Victor Hugo qui a écrit cela. Pour adapter sa comparaison à la noirceur de novembre, je dirais que la musique, c’est de lumière qui danse. Comme les rayons du soleil qui, en traversant un vitrail, révèlent la beauté vivante de ses couleurs qui sont tout, sauf immobiles.

En entrant dans une pièce, on peut être saisi par la lumière qui entre par les fenêtres. Mais ce n’est pas tant la lumière que l’on regarde, plutôt ce qui est éclairé par elle. On voit la lumière se mirer dans les parquets. On la voit faire des formes sur les murs: un faisceau, un halo, des ombres avec l’aide des branches nues des arbres.

Parfois, nos yeux sont attirés par la lampe qui éclaire. C’est elle qui suscite l’attention. Dans certaines églises, nos regards sont tournés vers les fenêtres qui laissent entrer la lumière, parfois colorée par des vitraux. Ces derniers peuvent être exceptionnels. À cause de la richesse de leurs couleurs. Et de la beauté des scènes qu’ils révèlent.

Dans l’église de Shippagan, le chemin de croix est un trésor fragile comme le verre et fort comme le fer. Chaque jour, lorsque la lumière traverse les 14 petits orifices du nordet, un spectacle est offert. C’est invraisemblable que la lumière puisse éclairer tant de souffrances humaines: celles des saintes femmes, de Simon de Cyrène, de Marie et des autres. La magie, c’est de la lumière qui passe à travers le verre.

+++

Dans l’église, il y a un autre trésor. Ce dernier s’apprécie avec les oreilles. Cette fois, il suffit de faire passer de l’air à travers des tuyaux. Ils peuvent être petits et minuscules; ou encore grands et hauts. En étain; ou encore en bois. Les grands orgues appartiennent à notre patrimoine collectif. Chez-nous, ils ne sont pas dans des salles de concert, mais dans les églises. Je pense à celui de la cathédrale de Moncton, le plus grand à l’est du Canada. Aux majestueux des églises d’Edmundston.

L’orgue de Shippagan fait figure de benjamin parmi ces géants. Cet été, il a été restauré: comme d’autres, il avait été affecté par le virus. La fermeture des églises pendant le grand confinement et la baisse du chauffage, combiné au climat maritime et à l’air salin, auront nécessité une mise à point. Chez-nous, la fête du Christ-Roi sera l’occasion de saluer la «renaissance» de ce roi des instruments.

+++

Lundi, ce sera la fête de sainte Cécile. Elle est la patronne des musiciens. Comme les autres saints, elle a choisi de se laisser éclairer par la lumière divine. Cette clarté surnaturelle a traversé sa vie, comme la lumière du soleil traverse un vitrail pour faire danser ses couleurs.

En cette veille de la fête de la patronne de la musique, je voudrais saluer un passionné de l’orgue et du chant-choral qui nous a quitté récemment. Armand Lavoie, c’est plus que le nom d’une salle de spectacle à Tracadie. C’est le témoignage d’une vie au service de la transmission de la beauté à travers le chant et la musique. S’il a contribué à doter l’église de Tracadie d’un orgue à tuyau, plus important encore, il a insufflé un élan culturel par la rigueur et l’ardeur de son engagement.

De formation, Armand était un agronome. Or, la culture est un terme agricole. Elle désigne à la fois ce qui surgit de la terre et le fait d’en prendre soin.

La culture est la manifestation à l’extérieur de ce qui habite au plus profond de notre intériorité; la culture est l’expression visible de la vie intérieure. Nous pouvons ainsi dire que c’est la vie intérieure de Armand, marquée par son désir de beauté et son souci d’harmonie, qui nourrissait son engagement pour la culture.

Les Pères de l’Église comparaient une vie chrétienne authentique à la musique de Dieu. Le souffle de l’Esprit passe dans la vie des personnes, comme le vent dans un instrument pour se transformer en musique agréable. Merci Armand! Et à tous les passionnés de la musique qui rendent la vie plus belle. Plus légère. Plus supportable.

Cette semaine…

Préparé la Sainte Cécile. Après l’orgue, je prévois une soirée de musique pour la fête. J’aime ainsi marquer le temps qui passe. Je suis un être de rituels. Nous le sommes tous! Les cycles naturels sont des repères essentiels: première neige, nouvelle lune, équinoxe, lumière qui varie. Le calendrier liturgique est aussi rassurant. Ceux qui n’en ont pas encore ont la chance d’inventer les leurs.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle