La semaine dernière, le ministre des Finances et du Conseil du Trésor Ernie Steeves dévoilait les résultats financiers de son gouvernement pour le deuxième trimestre, soit l’exercice se terminant le 30 septembre.

Celui-ci nous annonçait alors un nouvel excédent, cette fois-ci de 91 millions $, faisant passer le surplus à 248 millions $ pour les six premiers mois de l’année.

Comme il l’a fait lorsqu’il a annoncé les résultats du premier trimestre, le ministre Steeves nous a rappelé que le gouvernement allait cependant nager dans l’encre rouge pour le reste de l’année. Ainsi, selon lui, le surplus devrait fondre d’environ 150 millions $ au cours des six prochains mois, pour s’établir à 89 millions $ à la fin de l’année, au 31 mars prochain.

Toujours aux dires de Steeves, les nouveaux contrats de travail avec le secteur public seraient la principale raison derrière les déficits que prévoit le gouvernement pour le reste de l’année.

Cette explication paraît raisonnable. Le gouvernement de Blaine Higgs — lequel voulait au départ imposer à tous les employés du secteur public un gel salarial d’un an suivi de trois années de maigres hausses annuelles d’un pourcent — ne s’attendait sans doute pas à ce que la facture soit si salée pour s’entendre avec le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Ainsi, le gouvernement s’attend à dépenser cette année 203 millions $ de plus qu’il n’avait prévu pour régler sa note salariale. Cette révision à la hausse, faut-il le rappeler, est composée en grande partie de dépenses ponctuelles pour couvrir des hausses rétroactives, les anciens contrats étant échus depuis au moins deux ans.

Or, si les choses semblent claires et logiques du côté des dépenses, ce n’est pas le cas du côté des revenus. En effet, ici nous avons eu droit à toute une surprise. En l’espace des cinq semaines qui se sont écoulées depuis la mise à jour du premier trimestre — celle-là même qui avait été retardée de six semaines par le gouvernement sans nous dire pourquoi — les recettes en taxes et impôts prévues pour l’année en cours ont fait un bond spectaculaire de presqu’un quart de milliard dollars.

Pourtant, rien n’a changé au niveau de l’économie qui justifie une telle révision. Ce qui a changé, par contre, c’est que, sauf pour une petite exception, les négociations avec le SCFP sont désormais derrière nous. Le gouvernement de Blaine Higgs n’a donc plus besoin de crier famine.

Au contraire, le gouvernement se devait de faire montre de plus de réalisme dans ses prévisions s’il voulait éviter d’afficher un déficit lors de sa plus récente mise à jour financière. En effet, s’il n’avait pas revu à la hausse ses prévisions de revenus, plutôt qu’un surplus de près de 90 millions $, c’est un déficit prévu de près de près de 150 millions $ qu’il aurait dû nous annoncer pour l’année en cours.

Peu après la publication des résultats du premier trimestre en octobre, j’ai écrit que le gouvernement dressait un faux portrait de sa situation financière en sous-estimant délibérément ses revenus. Pour défendre sa position, le ministre Steeves avait alors rappelé l’importance d’une approche prudente durant la pandémie.

À peine un mois plus tard, maintenant que cela fait l’affaire du gouvernement de mieux coller à la réalité, cette prudence n’est apparemment plus nécessaire, comme si la pandémie avait magiquement disparu.

Une information fiable disponible en temps opportun, c’est l’oxygène dont ne peut se passer une démocratie. Lorsque le gouvernement manipule à la fois le moment de publication et le contenu de ses informations financières pour arriver à ses propres fins, il nous prive de cet élément indispensable à notre vie démocratique.

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