Une chance qu’il y avait «urgence» à câller une élection, selon le premier ministre Trudeau, urgence à former un nouveau conseil des ministres, urgence à faire adopter quelques lois critiques, urgence à entendre un nouveau discours du Trône, sinon on serait encore à poireauter dans nos chaumières en attendant que Justin se mette à l’œuvre pour sauver sa peau, sauver le pays et sauver la planète! Ciel, qu’il est slow!

Finalement, deux mois après l’urgence des élections, on est arrivé à l’étape urgente du discours du Trône! Pour l’occasion, SuperNounou, notre gouvernante fédérale, s’est rendue au Sénat et a ordonné à celui qu’on appelait autrefois «le sergent à la verge noire» – devenu «le-monsieur-habillé-en-ancien-temps-qui-trimbale-une-grosse-masse-dorée-qu’on-sait-pas-à-quoi-ça-sert» – d’aller qu’rir les députés de la Chambre des communes afin de leur livrer la liste d’épicerie que la reine veut que le gouvernement fasse pour elle.

SuperNounou, arborant de discrètes mèches capillaires violettes du plus bel effet, s’est installée sur un trône neuf de style Beaux-Arts qui contient un morceau de noyer provenant du Grand parc de Windsor, en Angleterre, cadeau de la reine, apparence, qui serait allée elle-même le couper avec sa chain-saw en or massif!

Mais est don’ ben fine! Et comme disait l’autre: «pourvou qué ça doure!»

* * *

Sans surprise, SuperNounou a fait plusieurs allusions à la question autochtone, déclinée sous toutes ses facettes: territoires non cédés, pensionnats, sépultures, femmes disparues, eau potable, indemnisations, langues autochtones, réconciliation.

Un moment donné je me suis demandé si elle n’était pas en train de déclarer l’indépendance du Nunavik! Mais ça a pas l’air. Fiou.

La reine, par l’entremise de sa porte-voix, a énuméré sa liste d’épicerie traditionnelle: pandémie, santé, coût de la vie, relance économique, inflation, environnement, pétrole, gaz, électricité, climat, feux de forêt, sécheresse, inondations, érosion, immigration, logements, garderies, armes, égalité des langues, transports, alouette!

Paraît qu’il faudra attendre les lettres de mandat des ministres pour en savoir plus. On se demande à quoi ça sert de nous servir un discours du Trône s’il faut attendre les fameuses lettres pour connaître le fin fond de la chose. Coudon, le gouvernement tourne en rond. Avant les élections, pendant les élections et après les élections.

Une sorte de grande farandole nationale pour passer le temps en attendant la fin du monde! «This is the time to get big things done and shape a better future for our kids», a dit SuperNounou.

En d’autres mots: c’est le temps de brasser du gros pour que nos enfants aient un futur ben shépé! Yéé.

* * *

À un certain moment, j’ai eu l’impression qu’elle tentait laborieusement d’épeler l’alphabet gay, qui est de plus en plus complexe, vu qu’on y ajoute des lettres et des symboles à mesure que naît une nouvelle théorie de genre ou d’identité sexuelle.

De toute évidence, elle n’est pas vraiment plus familière avec la langue gay qu’avec la langue française. Oh que je forçais pour elle tandis qu’elle lisait des phrases en français! Je lui envoyais des vibrations d’encouragement: «Enwoyèe, t’es capable, yes we can, go go go !». J’espère que ça lui a été utile.

Mais je vais être franc: j’ai préféré écouter son français en version anglaise!

* * *

Franchement, j’en peux plus des jeux que joue avec nous une partie de l’élite anglophone canadienne incapable de s’exprimer en français.

Comme le dirigeant d’Air Canada et bien d’autres qui nous jurent qu’ils vont apprendre le français alors qu’ils sont en fin de carrière et qui se contentent d’apprendre quelques boniments ânonnés en français pour nous calmer, comme si les francophones étaient des demeurés, des arriérés mentaux qu’on peut satisfaire avec quelques guiliguilis linguistiques. PU CAPAB.

Perso, y a tellement longtemps que je vois ce petit manège. Et dans ma vie j’ai vu passer tellement de personnalités qui nous ont fait les mêmes promesses et qui se sont comportées avec les francophones comme les premiers arrivants européens qui troquaient avec les autochtones de vulgaires perles de verre contre des fourrures sans prix, que je n’ai plus foi dans ces promesses. Je suis en burn-out linguistique!

Ok, on a compris: parlez-nous en anglais, pis laissez-nous râler en français!

* * *

Mini digression sur le vrai et le faux. Certains auront noté que le Sénat n’est plus logé au Sénat et que la Chambre des communes n’est plus située dans la Chambre des communes!

En effet, la fausse Chambre des communes est aménagée dans un autre édifice du parlement canadien, l’Édifice Ouest. Et le faux Sénat roupille dans l’ancienne gare ferroviaire centrale d’Ottawa devenue Centre de conférences du gouvernement.

Pour les fanas de la petite histoire, c’est dans cette agora aux allures mythiques qu’eurent lieu les fameuses négociations constitutionnelles de 1981 sur le rapatriement de la constitution; négociations qui devaient se conclure en catastrophe. Moment impossible à oublier: j’étais assis tout juste derrière les premiers ministres René Lévesque et Richard Hatfield, et j’assistais, sidéré, à l’écroulement du Canada tel qu’il a été conçu. Ma conscience en a été marquée au fer chaud.

C’est ce mélange de souvenirs, de jeux de coulisses politiques, de manigances partisanes, de mensonges éhontés, de fausses promesses, fausses urgences, fausses mises en scène qui spinnent dans ma tête au moment où je rédige cette chronique un peu relâchée.

Tenez: le discours du Trône entendu aujourd’hui. Est-ce que quelqu’un croit vraiment que cela changera fondamentalement la vie du pays et sa vie personnelle? Demain, les parlementeries reprendront à la Chambre des communes. On votera l’adoption du discours du Trône. On sait déjà qu’il sera adopté, malgré tout le mal qu’en diront les partis d’opposition!

C’est comme ça que ça marche! Le gouvernement Trudeau s’est inventé de fausses urgences, les partis d’opposition s’inventent de fausses oppositions; et les médias commentent tout ça à qui mieux mieux, donnant la réplique aux acteurs de cette comédie humaine.

Un faux discours de la reine, dans un faux Sénat, livré par une gouverneure symbolique, au nom d’un premier ministre de passage: c’est la vérité du jour. Vive le Canada!

Han, Madame?

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