La crise écologique et climatique continue de faire couler beaucoup d’encre. Cette fois, ce sont les poètes qui sonnent l’alarme. Pour accompagner ce collectif littéraire, le nouvel album de Maggie Savoie; une excursion musicale tout en nuances à travers les Appalaches.

Projet Terre, collectif dirigé par Michel Thérien et Nelson Charest

Peut-on soigner la planète par la poésie? C’est un peu ce que se sont donnés comme mission les auteurs Michel Thérien et Nelson Charest en invitant une trentaine de poètes à écrire sur le sujet dans un recueil collectif. C’est bien connu la poésie a le don de nous faire rêver, d’éveiller parfois les consciences et de rendre compte des beautés du monde tout comme ses aspects les plus obscurs.

Il y a déjà plusieurs décennies qu’on parle d’urgence environnementale, note l’éco sociologue et auteure, Laure Waridel qui signe la préface.

On semble même s’être habitué aux cris d’alarme répétés maintes fois. «Le chant des sirènes est devenu un bruit ambiant», soulève-t-elle.

«Si les démonstrations scientifiques et les arguments rationnels ne suffisent pas, peut-être que la poésie y parviendra, en touchant le coeur et pas seulement l’esprit.»

Des poètes de tous les horizons du Canada et de la Louisiane sont rassemblés dans cet ouvrage. Parmi eux, de grands noms de la poésie acadienne, dont Jonathan Roy, Paul Bossé, Sébastien Bérubé, Jean-Philippe Raîche et Georgette LeBlanc, prennent leur plume pour témoigner de réalités dramatiques.

Comme entrée en matière, le collectif s’ouvre sur des textes inédits de Zachary Richard, Chloé Sainte-Marie accompagnée de Jean Morisset, Jean-Marc Dalpé et Daniel Lavoie dans un segment appelé Terre de nos racines. «Que si nous voulons que le miracle continue sur la Terre/Il faudra lâcher du lest, penser, un peu plus que faire/Chercher nos réponses ailleurs que dans la matière/Qui, toute gratifiante qu’elle soit, est incontestablement vulgaire…» (extrait d’un slam Anne ma soeur Anne de Daniel Lavoie).

Chacun des poètes tente de mettre des mots sur cette terre qui se transforme. On retrouve des textes plus brefs, dépouillés, mais efficaces, tels que le poème sans titre de Georgette LeBlanc. Le collectif propose aussi quelques récits poétiques percutants qui se déploient en plusieurs volets. Dans l’âge de la terre, Éric Charlebois met en relief les contradictions du monde moderne. Ce qui me frappe dans ce recueil c’est la variété de voix poétiques autour d’une même cause, celle de l’avenir de la Terre. Certains textes m’ont particulièrement touché comme l’émouvant Mes forêts d’Hélène Dorion. Je pourrais le relire des centaines de fois.

D’autres poèmes sont en quelque sorte des hymnes à la planète, comme en témoigne le très beau texte de Sonia-Sophie Courdeau. «Dis-moi comment je peux t’étreindre sans arriver à faire le tour de ta sphère t’envelopper.» Dans son poème, Sébastien Bérubé plonge à pleines mains dans «les cicatrices de la terre». Le recueil se termine sur un segment intitulé Terre à l’agonie qui rassemble des poèmes sur la terre qui «s’effrite comme un chêne à l’automne…» (alerte rouge, code blanc, Daniel Groleau Landry), reflétant l’état d’urgence. La diversité des écritures est grande tant dans la forme que dans le contenu de ce recueil qui nous offre un beau et troublant panorama poétique. Dans chacun des textes, on peut constater combien la planète leur tient à coeur. (Éditions David, 2021). ♥♥♥

Le collectif de poésie Projet Terre. – Gracieuseté: Les Éditions David

Appalaches, Maggie Savoie

Enfin disponible, ce nouvel album de Maggie Savoie se glisse très bien dans le lecteur tout en réfléchissant à l’avenir de la planète. L’auteure-compositrice-interprète de Kedgwick rend hommage à son coin de pays avec ce troisième opus et à l’importance de se connecter à la terre mère. Maggie Savoie est très près de ses racines, se révélant autant dans sa région natale qu’au milieu des arbres. La beauté des paysages des Appalaches constitue la première source d’inspiration de ce nouvel album. «Je suis allée prendre une marche dans le bois on aurait dit que l’odeur des sapins m’avait ramené direct à mon essence… Mais y a rien comme les belles Appalaches, comme les belles Appalaches…», chante-t-elle dans la chanson-titre.

Sur des mélodies folk aux accents blues, chacune des dix chansons raconte une histoire dans une écriture poétique simple, sans trop d’artifice. Une œuvre à la fois électrique et organique qui me rappelle à certains égards Tom Waits, avec la présence marquée des cuivres. Il y a aussi des pièces qui mettent en lumière le comportement humain teinté d’autodérision. Maggie Savoie est une musicienne à découvrir et à redécouvrir, notamment en raison de sa démarche authentique et très personnelle. Un album plutôt planant, quoique certaines pièces sont un peu plus dans le blues électrique comme Frais chier. Parmi mes favoris, Être ici on le peut, une critique de la société néo-brunswickoise assez mordante et Parce que t’es là.

Appalaches se démarque de Tumeur à l’égo qui était beaucoup plus électrique. Après Moncton (24 novembre) et Caraquet (25 novembre), Maggie Savoie présente un spectacle de lancement au Centre des arts d’Edmundston, ce vendredi. Pour ses lancements, elle est accompagnée d’un orchestre exclusivement formé de femmes. ♥♥♥½

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