Le 1er décembre 2008, le Cap Blanc, navire de marchandises quitte Argentia, Terre-Neuve, pour Saint-Pierre et Miquelon avec 200 tonnes de sel de déneigement. Le temps est mauvais, les eaux de la baie de Plaisance et ses courants sont traîtres. Le lendemain, le navire est en mauvaise posture à 8 miles de la côte de Terre-Neuve et 43 miles de son port d’attache de Saint-Pierre. Il chavire, ses quatre membres d’équipage périssent. La même année, quelques mois plus tôt, deux pêcheurs de homard du Kyla Anne, de Tignish, Île-du-Prince-Édouard, disparaissent sans laisser de traces.

L’an dernier, mi-décembre, le Chief William Saulis, fait naufrage dans la Baie de Fundy, non loin de son port d’attache de Delaps Cove. Les 6 hommes d’équipage disparaissent. Ces dernières semaines, des hommes, surpris par le mauvais temps, tombent à l’eau et se noient le long des côtes de Terre-Neuve. Autant de vies happées par les vagues et qui disparaissent sans qu’on puisse même les retrouver.

En plus du drame que représente chacun de ces décès, il reste la difficile tâche de faire son deuil lorsqu’on ne peut pas « situer » son défunt, comme disaient autrefois les vieilles Bretonnes. Pour ceux d’entre nous qui vivons loin d’un petit village de pêche, il y a aussi la relative indifférence avec laquelle sont accueillies de telles nouvelles. Il faut avoir été témoin d’une mort violente, comme un incendie ou un accident de la route, pour saisir l’effroi ressenti dans chaque famille lorsqu’un navire ne rentre pas au port. Pour certains d’entre nous – c’est mon cas – la mer a frappé à notre propre porte et chaque disparition est une douleur personnelle, intime même.

D’où l’importance de prendre un moment pour réfléchir à tous ceux et celles qui prennent la mer pour nous approvisionner ou garnir nos assiettes: aux homardiers de la Nouvelle-Écosse qui ont entamé leur saison le 1er décembre, aux pêcheurs de poissons de fond du Golfe et de Terre-Neuve, aux équipages de navires de transport. Contrairement à la chanson, s’il faut partir, la mer n’est pas toujours belle.

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