Au printemps dernier, le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs a été critiqué, voire même ridiculisé, par plusieurs lorsqu’il annonça que le salaire minimum au Nouveau-Brunswick n’augmenterait que de cinq sous cette année.

En réalité, celui-ci ne faisait qu’appliquer la politique de son prédécesseur, lequel avait annoncé en 2018 que le salaire minimum serait dorénavant ajusté annuellement en fonction de l’indice des prix à la consommation (IPC). Or, comme l’inflation était quasi nulle l’an dernier, le salaire minimum n’a presque pas bougé.

Cela dit, si le gouvernement a été perçu par plusieurs comme étant trop chiche cette année, ce ne sera assurément pas le cas l’an prochain — pas après nous avoir annoncé la semaine dernière que le salaire minimum va augmenter de deux dollars en 2022, soit un dollar le 1er avril et un autre six mois plus tard.

Selon le gouvernement, cette hausse de 17 pour cent serait la plus forte depuis 1980. Lorsqu’on ajuste pour l’inflation — qui était beaucoup plus élevée à l’époque — on constate en fait qu’il s’agit non seulement de la plus forte augmentation en quatre décennies, mais également de l’une des plus fortes de l’histoire du salaire minimum au Nouveau-Brunswick.

Par le passé, la plupart des économistes auraient vu une augmentation si dramatique d’un mauvais œil. En effet, jusqu’à récemment, on nous enseignait dans les manuels d’économie que les hausses du salaire minimum produisaient généralement plus de mal que de bien pour ceux qu’elles tentaient d’aider, principalement parce qu’elles détruisaient de nombreux emplois occupés par les jeunes et les adultes moins instruits.

Plus récemment, cependant, on a pu constater que maintes juridictions nord-américaines ont augmenté considérablement leur salaire minimum—dans bien des cas à 15$ américains, voire davantage—avec très peu de conséquences sur les niveaux d’emploi et de chômage.

Il faut, bien sûr, éviter les comparaisons trop faciles. Un salaire minimum de 15$ américains n’aura pas les mêmes conséquences dans une région où le coût de la vie et les salaires sont très élevés que dans une province comme le Nouveau-Brunswick.

C’est pourquoi de nombreux experts soutiennent qu’il est préférable d’augmenter le salaire minimum graduellement, question de faciliter l’ajustement économique et de permettre aux élus de constater les conséquences de leurs décisions.

Cela dit, il ne faut pas non plus sauter à la conclusion que l’annonce de la semaine dernière va s’avérer néfaste pour l’économie néo-brunswickoise. Certes, des emplois vont disparaître suite à cette hausse marquée et soudaine du salaire minimum. Cela ne vaut pas pour autant dire que l’emploi va piquer du nez et le chômage va grimper en flèche. Quinze ans passés, il aurait été sans doute raisonnable d’escompter de tels résultats. Aujourd’hui, avec le vieillissement démographique, la réalité du marché du travail est très différente.

Le vieillissement réduit l’offre de main-d’œuvre et stimule la demande pour des biens et services qui doivent être produits localement, comme les soins de santé et les nouveaux logements pour les nouveaux arrivants et les baby-boomers qui quittent la maison familiale. Le résultat est un marché du travail fortement déficitaire.

Bien qu’un imposant flux de nouveaux arrivants nous a permis d’éviter la catastrophe, le Nouveau-Brunswick continue de faire face à une sérieuse pénurie de main-d’œuvre. Dans un tel contexte, il y a fort à parier que ce ne sont pas les emplois qui vont manquer dans les années à venir, même pour ceux qui doivent travailler au salaire minimum.

En somme, l’annonce de la semaine dernière va améliorer la vie de dizaines de milliers de Néo-Brunswickois sans conséquences majeures sur l’emploi et le chômage dans la province. C’est tout un cadeau de Noël que nous a fait le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle