Ouf…! Elle tire à sa fin. Elle va bientôt rejoindre les pages des futurs almanachs. Elle nous en a fait voir de toutes les couleurs. Elle nous a tenus en haleine. Elle nous en a fait baver. Elle nous a énervés, enragés, chagrinés, tannés, découragés, catastrophés, inquiétés, sensibilisés, apeurés, alarmés, la démone.

Dehors, 2021! Allez, ouste! Dégage!

Holé que ça fait du bien! C’est ce qu’il y a d’intéressant avec les trois derniers jours de l’année: ils ont été placés là, entre la fête de Noël et le party du jour de l’An, pour nous donner la chance de clore l’année en grand, en se délestant des frustrations qu’elle nous a imposées, en se libérant de son emprise sur notre quotidien.

Ces trois jours, sorte de triduum païen, servent de grand défouloir, et à plus forte raison cette année qui a donné aux saisons des allures de montagne russe détraquée.

Et, hop!, que je t’envoie une nouvelle vague, et, hop!, que je t’envoie un nouveau variant, et, hop!, que je t’envoie une nouvelle dose de vaccin, et, hop!, que je t’envoie à l’hôpital, et, hop!, que j’envoie des êtres chers au paradis…

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Pourtant, si le ras-le-bol est compréhensible, il ne faut quand même pas ignorer le fait que 2021 fut aussi une grande année pédagogique universelle.

En effet, à travers les défis qu’elle nous a imposés, elle nous a enseigné la patience! Elle nous a encouragés à faire confiance! Elle nous a fait redécouvrir l’espérance! Elle nous a révélé notre capacité de résilience!

Franchement, on peut lui reprocher bien des choses, mais c’est aussi grâce à l’extrême capacité pédagogique de 2021 que nous comptons dans nos familles, parmi nos proches, nos amis, nos collègues de travail, nos voisins, une multitude de nouveaux spécialistes du virus, du vaccin, du masque, de la distanciation, sans oublier ceux, plus pointus, des différents variants, des différents types de symptômes, des différents types de transmission, alouette!

À cette savante cohorte, il nous faut ajouter les nouveaux spécialistes de la statistique capables de décortiquer en un rien de temps, pour ne pas dire en un clic, le nombre d’éclosions à la seconde sur n’importe quel territoire donné, le degré de prévalence par 100 000 habitants, la ventilation par groupes d’âge, le pourcentage par comorbidités, l’incidence par genre, tout en y allant de prospectives songées sur d’éventuels nouveaux variants et d’éventuelles nouvelles vagues.

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Enfin, c’est grâce à la qualité pédagogique de 2021 que nous nous sommes familiarisés avec un vocabulaire inusité, parfois étrange, souvent technique et toujours épeurant: ARN messager, PCR, aérosols infectieux, PCU, symptôme d’agueusie, test antigénique, statut vaccinal, infectivité, masque N95, primo-vacciné, traçage numérique, bulle familiale, séquençage génomique, courbe épidémique, foyer d’infection, immunité collective, séroprévalence, cas contact, passeport vaccinal, sans oublier le fameux «confinement» qui nous a tant effrayés et le non moins effrayant «écouvillon», sorte de brosse infiniment longue servant à ramoner les sinus dont on a finalement découvert l’existence! (La brosse, pas les sinus.)

Nous voilà donc héritiers d’un lexique renouvelé, un peu comme lorsqu’on renouvelle sa garde-robe! Tout plein de nouveaux mots à utiliser à tort et à travers, à réagencer pour faire chic et médic, ou même pour impressionner les autres épidémiologistes pullulant sur Facebook.

Vraiment, que du bonheur!

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Tiens, je vais écrire une lettre d’adieu… et de remerciement… à l’année 2021. Il me semble qu’une lettre polie pour 2021 serait de mise.

Chère 2021, au nom de la planète terre, j’ai le regret de t’annoncer que l’humanité te congédie. Drette-là. Tusuite.

Tu nous auras entraînés dans un délire planétaire qui marquera probablement l’histoire, du moins tant et aussi longtemps que quelqu’un sur terre se souviendra de tes frasques pandémiques, pour ne pas dire pandémoniaques!

Merci pour tout ce que tu nous as révélé sur nous-mêmes, y compris ce qu’on ne tenait pas réellement à savoir, ou ce qu’on redoutait, ou ce qu’on savait déjà sans y croire.

Bizarrement, en nous forçant à nous éloigner les uns des autres, dans un grand ballet mondial appelé distanciation, tu nous as rapprochés, par le manque et par la pensée, en nous faisant prendre conscience de notre besoin des autres, besoin de les toucher, besoin de les entendre.

La distanciation nous a révélé un désir omniprésent, un désir omnipuissant: celui de communier avec les autres. La chair appelle la chair.

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On croit vivre dans une époque très individualiste, souvent décrite comme une époque égoïste. C’est vrai que ça peut interpeller ceux et celles parmi nous qui avons eu le privilège de vivre les années magiques du «peace and love», et dans la foulée, les années militantes d’une solidarité communautaire.

Mais – et c’est un peu grâce au bordel que tu nous a imposé, chère 2021 –, on semble aujourd’hui reprendre conscience de l’importance des autres pour notre bonheur à la fois individuel et collectif.

Te serais-tu démenée ainsi pour nous rappeler cette valeur si magnifique qu’est la solidarité, ö toi, ma démone 2021?

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Eh bien, tu auras presque réussi. Mais il s’en faut d’un peu beaucoup encore avant de pouvoir crier victoire, car nombreux sont ceux et celles qui, croyant résister à tes pressions, se sont exclus d’eux-mêmes de la dynamique mondiale anti pandémique.

Ce sont eux qui occupent la grande majorité des lits d’hôpitaux ces temps-ci, car malgré leur rejet des vertus vaccinales, ils ne semblent pas refuser les vertus de l’hôpital. C’est un pas dans la bonne direction. Pour ceux qui s’en tireront.

Finalement, chère 2021, tu as mis l’humanité face à ses contradictions. Au nom de cette humanité que tu as affolée sans vergogne, je te prie de prendre tes cliques et tes claques et de ne plus jamais te pointer le bout du nez dans un calendrier! Aurevoir et merci. Adios et déguédine!

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Tiens…, mais si c’est pas 2022 qui se dandine à l’horizon! Par ici, chère 2022, approchez, approchez! On parlait justement de vous…

Han, Madame?

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