Dans les sciences humaines, le rôle de l’individu dans l’histoire est un sujet débattu depuis toujours. Certains, comme le grand historien français Fernand Braudel, sont d’avis que l’histoire ressemble à un fleuve qui coule lentement, mu par des forces anonymes comme la géographie, l’environnement et l’économie. Pour eux, les individus ont peu d’importance en bout de ligne.

Pour d’autres, les visages comptent davantage. Dans ce camp, on trouve notamment ceux qui nous rappellent que le 20e siècle aurait sans doute été différent si Hitler n’avait pas existé ou encore s’il avait eu plus de talent en tant qu’artiste. Et comme comme nous l’a rappelé l’historienne canadienne Margaret MacMillan, à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si Einstein et les nombreux autres physiciens allemands qui ont contribué à développer la bombe atomique n’avaient pas été conduits à l’exil et offert leurs services aux forces alliées?

Certes, chaque personnage est le produit de son temps : Hitler n’aurait pas pu semer la destruction comme il l’a fait s’il avait vécu au temps de César ou de Napoléon. Il demeure cependant que la tournure que prennent les évènements dépend souvent de la personnalité des gens qui font l’histoire.

Nous avons eu l’occasion de le constater récemment au Nouveau-Brunswick. Si Blaine Higgs n’avait pas été aux commandes, le gouvernement provincial ne se serait sans doute pas distingué comme étant la seule juridiction au Canada, voire l’une des seules au monde, à enregistrer des surplus financiers en pleine pandémie. Il y a également fort à parier que l’automne aurait été moins chaud sur le plan des négociations collectives dans le secteur public.

Le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale Daniel Allain est un autre personnage sans qui les choses auraient pu se dérouler bien autrement l’an dernier.

Dans leurs reportages quotidiens, les journalistes se concentrent souvent sur les personnalités qui font l’actualité. Les « experts » des politiques publiques, pour leur part, ont tendance à se concentrer sur les grandes forces, souvent peu visibles, qui façonnent les choix des décideurs.

Dans le dossier de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick, il est impossible de faire le bilan de la réforme annoncée cet automne sans examiner la personnalité de celui qui l’a orchestrée, soit le ministre Allain.

Je connais peu Daniel Allain. Nul n’a cependant besoin de bien le connaître pour réaliser que c’est un homme qu’on aime facilement et contre qui il est difficile de se fâcher et de rester fâché. C’est là tout un atout pour un politicien qui a pour mandat de toucher à ce qu’il y a sans doute de plus délicat en politique provinciale, sauf peut-être pour les soins de santé.

Cela dit, il ne suffit pas d’être un bon gars pour convaincre les gens d’embrasser des changements d’une ampleur inconnue depuis deux générations. Il faut aussi savoir articuler des principes et des objectifs derrière lesquels les gens vont se reconnaître et se rallier. Il faut également savoir écouter, et surtout entendre ce que les gens ont à dire. Beaucoup trop de politiciens consultent avec des œillères, simplement pour la forme ou encore pour valider ce qu’ils ont l’intention de faire de toute façon.

Ce n’est pas ce qu’a fait Daniel Allain. Il n’a pas entamé les consultations avec des solutions toutes faites, convaincu de la supériorité de ses propos. Il est demeuré ferme dans ses objectifs, mais ouvert dans les façons de les atteindre. Bien qu’à certains égards, le plus dur reste à faire—il faut notamment parler plus sérieusement d’argent—, cela augure bien pour la suite des choses.

Sans grande surprise, l’Acadie Nouvelle a choisi Daniel Allain en tant que personnalité de l’année au Nouveau-Brunswick. C’est un honneur amplement mérité.

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