Vivre ensemble avec des différences n’est pas toujours facile. Voici deux ouvrages inspirés d’expérience personnelle qui aident à mieux comprendre ce que c’est de vivre avec des différences et ainsi créer un monde plus inclusif.

Ma vie en lo-fi, Simon Labelle

Cette jolie bande dessinée touchante et humoristique nous permet d’entrer dans l’univers d’une personne atteinte de troubles auditifs. En fait, c’est l’auteur lui-même qui est devenu malentendant au cours des dernières années. Il a dû apprendre à composer avec cette nouvelle réalité. «Je vous invite entre mes deux oreilles. Essayez avec moi la surdité», souligne-t-il dans la préface du livre. Il ne prétend pas parler au nom de la communauté sourde, mais il relate plutôt son parcours en mettant en relief des instants de sa vie en «lo-fi» dans une œuvre personnelle, loin des clichés. L’auteur ne s’apitoie pas sur son sort, au contraire il livre un récit percutant, intelligent et plein de finesse.

Apprivoiser cette nouvelle réalité qu’il compare un peu à être myope des oreilles exige plusieurs ajustements. C’est ce qu’on apprend dans le livre. On découvre ainsi comment il perçoit le monde, apportant ainsi un éclairage sur divers aspects méconnus des troubles auditifs. Il traite, entre autres, de l’acouphène qui, explique-t-il, marque en quelque sorte la limite de son audition. «C’est un peu comme si j’entendais ma propre surdité». Il y a beaucoup d’humour dans ce récit. Voici une des répliques qui m’a particulièrement fait rire. «On sait qu’on souffre d’un début de surdité quand tout le monde se met à parler comme le chanteur de Radiohead.»

Il aborde plusieurs situations du quotidien: la vie avec ses collègues de bureau, les conversations au restaurant, les partys de Noël, les jeux de société, les rendez-vous médicaux, les appareils auditifs et comment la perte d’acuité dans les hautes fréquences affecte la perception des consonnes. Il précise que quelques sons restent toujours intacts tels que celui du moteur de Harley ou «un bon groove d’une ligne de basse».

Sa mère et sa sœur sont aussi atteintes de surdité. Sa soeur confie qu’avec le coronavirus et le confinement qu’elle se sent triplement isolée.

Qu’on soit en contact ou non avec des personnes malentendantes, ce roman graphique atypique ouvre les horizons. Il ne changera peut-être pas votre vie, mais c’est simple, intelligent, rempli d’humour et d’espoir. Écrivain et auteur de bande dessinée, Simon Labelle a remporté le prix Bédélys Québec de la meilleure bande dessinée québécoise pour son roman graphique Le suicide de la déesse paru en 2010. (Éditions Mécanique générale, 2021) ♥♥♥½

Tommy Tempête, Audrey Long et Jean-Luc Trudel

Quelle belle façon d’aborder l’autisme dans ce récit d’Audrey Long qui permet d’ouvrir la discussion sur ce trouble neurodéveloppemental!

L’auteure de Fredericton, qui est assistante en éducation depuis 11 ans, est la mère de deux garçons, dont Tommy qui a été diagnostiqué avec un trouble du spectre de l’autisme. L’idée d’écrire ce livre lui est venue il y a six ans alors qu’elle était à la recherche d’un ouvrage jeunesse sur l’autisme. Très peu de livres jeunesse en français ont été publiés sur le sujet, note l’auteure. Encore moins, il y a six ans.

L’histoire fortement inspirée du parcours de son fils favorise l’inclusion à travers les yeux d’un enfant. Comme Tommy ne parle pas, l’album traite aussi de la communication avec la langue des signes à travers une initiation à quelques signes simples.

Dans cet album illustré, destiné aux enfants de 4 à 8 ans, on raconte l’histoire d’Aurélie qui entre à la maternelle. Dans sa classe, il y a un enfant qui a du mal à rester en place, qui ne suit pas toujours les consignes, qui saute, qui crie et qui lui fait un peu peur. Sa mère lui a dit pourtant de suivre les consignes, alors pourquoi son ami ne les suit-il pas? Aurélie se dit que Tommy n’est pas très poli. Même s’il ne parle pas, il est très bruyant. Aidé de Madame Kathy, Tommy qui effectue des danses avec les mains se calme peu à peu.

Au fil du récit, Aurélie apprend à comprendre Tommy, à communiquer et à jouer avec lui. Elle constate qu’il a plusieurs qualités dont celle d’être très agile, habile et courageux. Le garçon deviendra son ami.

Espérons que cet album se retrouvera dans plusieurs écoles de la province et ailleurs au pays. Pour une première publication, c’est très prometteur. L’auteure a d’autres projets d’écriture en chantier. L’album est illustré par Jean-Luc Trudel, un illustrateur qui a créé les images de plusieurs livres chez Bouton d’or Acadie. (Bouton d’or Acadie, 2021) ♥♥♥½

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