Au secours! Je ne sais plus par quel bout prendre cette chronique! Et, franchement, j’ignore comment elle se terminera. Le fait est que je souffre d’une indigestion d’information liée en grande partie à la pandémie du mozusse de virus qui pond des variants en série, ajoutant au capharnaüm des mesures sanitaires, jouant avec nos nerfs collectifs, ceux de nos gouvernements, et ceux des autorités de la santé publique.

Depuis une semaine, devant l’ampleur que prenait la vague actuelle (je ne sais plus si c’est la 4e ou la 5e), j’ai eu le malheur de recommencer à en suivre l’évolution à la télé et sur la Toile.

Comme je voltige généralement entre des chaînes de télé canadiennes, québécoises, frônçaises, américaines, et que je glane tout ce que je peux d’une pléthore de sites internet, ainsi que de journaux et de revues en ligne, sans oublier ce qui se dit sur Facebook et se crache sur Twitter, mes neurones ont commencé à engraisser à une vitesse effarante, et mon cerveau est vite devenu une mijoteuse à pop-corn!

Par malheur, j’ai tenté de digérer tout ça, en faisant semblant de m’intéresser à autre chose, d’où mon indigestion d’information.

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Ça fait qu’aujourd’hui, je me retrouve Gros-Jean comme devant. Je ne sais plus combien il y a de cas au Niou-Brunswick, ou au Québec, ou au Canada, ou aux États-Unis, ou en Frônce; je ne sais plus si les courbes montent ou si on parvient à les aplatir dans quelques contrées; je ne sais plus s’il n’y a que le Québec qui se tape un couvre-feu inutile, parce que tout est fermé et qu’on gèle; je ne sais plus si les écoles sont ouvertes ou fermées, si les enfants sont masqués ou non, si les hôpitaux débordent parce qu’on manque de personnel (héroïque et exténué) ou parce qu’il y a trop de patients, ou un combo des deux. Je ne sais plus rien.

J’apprends que la violence augmente dans nombre de familles où les parents et leur progéniture semblent soudainement se découvrir et découvrir qu’ils sont dysfonctionnels, que cette promiscuité les stresse, faisant voler en éclat l’image d’Épinal du bonheur conjugal et domestique.

J’entends que dans les foyers de soins, les personnes âgées souffrent de ne pas voir leurs proches, souvent sans comprendre ce qu’il se passe; que les ados capotent devant leurs écrans par manque de contact avec leurs tinamis; que les enfants dans les garderies éprouveront des retards cognitifs parce qu’ils ne voient plus la face de leurs éducateurs et éducatrices, et mille autres calamités engendrées par ce mozusse de virus et par les mesures qu’on met de l’avant pour freiner la pandémie.

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Depuis quelques semaines, je sens que les gouvernements, d’ici et d’ailleurs, commencent à perdre le contrôle sur la gestion de la pandémie: après l’approvisionnement en masques et en vaccins, l’an dernier, c’est maintenant l’approvisionnement en tests rapides qui pose problème.

Après nous avoir dit, l’an dernier, que le (premier) vaccin allait venir à bout de la pandémie, et ensuite que ce serait plutôt le deuxième vaccin qui réglerait le problème, jusqu’à ce qu’on constate qu’il en fallait un troisième, voici qu’on laisse entendre qu’il en faudra peut-être un quatrième étant donné la nature du variant Omicron (Pfizer annonce un vaccin adapté pour mars), et que finalement, éventuellement, possiblement, tout ira assurément pour le mieux dans le meilleur des mondes… un jour.

À moins, bien sûr, qu’un nouveau variant plus contagieux, ou plus virulent – ou les deux, pourquoi pas, tant qu’à y être! –, ne fasse son apparition entre la Saint-Valentin et l’arrivée du printemps. Disons, juste après qu’on aura fini par obtenir son passeport sanitaire ou vaccinal, presque déjà périmé au moment où on finira par mettre la main dessus!

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Cela dit, j’ai beau faire une indigestion d’information, je ne me range pas dans le camp des «critiques» à tout crin des gouvernements et des autorités sanitaires en ce qui a trait à cette pandémie.

Pas parce que j’approuve toutes les mesures qu’on nous impose, mais parce que je serais bien incapable de régler le problème à leur place comme le font tant d’épidémiologistes d’estrade, ou de gourous anti-vaccins, ou de chantres de la «libarté, sti!».

Ce que je constate, c’est que la bouchée pandémique était trop grosse pour la planète, disons. Avant la pandémie, on vivait dans un monde où le confort et l’indifférence, pour reprendre le titre du film de Denys Arcand, nous évitait la confrontation avec tout ce qui est extérieur à notre petit bonheur.
La solidarité et les grands élans collectifs qui l’exprimaient s’étaient réduits comme peau de chagrin. On vivait à l’heure du chacun pour soi.
Mais cette horrible pandémie nous fait prendre conscience de notre interdépendance, de notre besoin de sociabilité. Non pas parce que tout à coup on a vu clair, mais tout simplement parce que tout à coup, on en a été privé.

C’est le manque qui nous dérange, qui nous chicote, qui nous frustre.

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Et c’est dans ce contexte (de plus en plus survolté) que les gouvernements se voient obligés de nous mettre la bride sur le cou, afin d’éviter de perdre le contrôle, parce que sans contrôle, la pandémie risque de faire plus de dégâts et pour longtemps encore.

Ça ne plaît à personne, et à moi non plus. Le premier ministre Legault du Québec a même parlé de «faire des sacrifices». L’expression m’a fait sourire tant elle évoque un monde lointain, l’époque où devait faire des chemins de croix, rouge de honte, après s’être confessé.

Le mot sacrifice n’a plus aucun sens pour les milléniaux et ceux qui poussent après eux.

Pourtant, c’est bel et bien de ça qu’il s’agit. Pour traduire le mot en terme «laïc», le sacrifice est un geste individuel que l’on pose pour le bien commun. Pas plus compliqué que ça. Reste à savoir si la notion de «bien commun» existe encore à l’heure des «Ostrogoths en vacances»!

Han, Madame?

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