Je vous propose cette semaine une excursion musicale et littéraire en Afrique de l’Ouest par le biais de deux œuvres qui mettent en lumière l’importance du rôle des femmes sur ce continent.

Elle s’appelait Yennenga, Anita Kane

Au-delà de l’actualité parfois difficile qui nous provient de l’Afrique, certaines légendes, élément fondamental de la culture africaine, apportent un éclairage plus lumineux sur cette région du monde. Et c’est ce que j’ai aimé du nouveau livre de l’auteure d’Ottawa d’origine burkinabé, Anita Kane (nom de jeune fille Ouédraogo). Elle relate la fascinante épopée de la princesse Yennenga, une amazone et guerrière intrépide à l’origine de l’empire Mossi au Burkina Faso et ancêtre du célèbre nom de famille Ouédraogo. Ce nom est aussi populaire dans ce pays que les LeBlanc en Acadie.

Celle qui a eu une vie hors norme s’est battue pour réaliser ses rêves à une époque où les femmes avaient peu de droits. En racontant cette histoire, l’auteure a voulu redonner un peu d’humanité à cette femme que plusieurs considèrent comme un mythe inaccessible dans son pays.

«On la présente souvent quasiment comme une divinité, alors que moi j’ai voulu revenir à quelque chose de terre à terre pour montrer que c’était une humaine et qu’elle a dû avoir son lot de problèmes comme tout être humain.»

Encore aujourd’hui, la princesse Yennenga occupe une place importante dans la vie des Burkinabés et de l’Afrique en général. Au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), on décerne l’étalon d’or de Yennenga. Il y a une ville et des organismes humanitaires qui portent son nom. L’emblème du pays représenté sur les armoiries est l’étalon blanc ayant guidé la princesse.

Même s’il existe plusieurs versions de cette histoire, la princesse a réellement existé et elle représente une partie significative du patrimoine historique du pays, soutient l’auteure. Ce n’est pas le premier livre sur la princesse, mais chaque fois, c’était pour traiter de l’origine de l’empire Mossi. Cette fois, le récit vise à la faire connaître davantage.

Voici donc un aperçu de son histoire. Yennenga (qui signifie la mince) serait née à Gambaga (située au nord du Ghana actuel) dans le royaume de Dagomba vers les années 1100 et elle serait l’unique fille du roi Nédéga et de la reine Napoko. Très jeune, la princesse manifeste une grande passion pour les animaux, le cheval étant son favori. Elle rêve de monter à cheval. Or à l’époque, seuls les hommes étaient autorisés à chevaucher. Obstinée, Yennenga tentera d’obtenir la permission de son père pour devenir cavalière. D’abord hésitant à aller à l’encontre des traditions des ancêtres, celui qui adorait sa fille, consulte Tipgo, la «tradithérapeute». Finalement, le roi lui donne son accord.

La princesse progresse rapidement. La cavalière émérite qui accompagne de plus en plus son père sur les champs de bataille est appelée à diriger l’armée royale. Mais son périple ne s’arrêtera pas là puisque la jeune femme rêve d’amour et de fonder une famille. Contre la volonté de son père, la princesse prise d’une envie irrésistible de liberté s’enfuit du royaume pour suivre sa propre route. Après une longue chevauchée, elle fera la rencontre d’un homme avec qui elle partagera sa vie sans être mariée et le couple aura un enfant.

Même si elle a vécu avec un homme sans le consentement de son père et qu’elle a eu un enfant en dehors du mariage, le peuple a continué de la vénérer. Ce récit illustré aux allures parfois de conte de fées est d’abord et avant tout une histoire de courage et de détermination. Même si le récit se déroule au Burkina Faso et qu’il met en relief les traditions et la spiritualité de ce pays, il a quelque chose d’universel. Il témoigne, entre autres, de l’importance de faire des efforts et de sortir de la norme parfois pour réaliser ses rêves.

Anita Kane qui est aussi biochimiste a publié deux ouvrages. (Éditions de la Francophonie, 2021). ♥♥♥

Kady Diarra, Burkina Hakili

Sur son troisième long jeu, la chanteuse originaire du Burkina Faso, établie en France, cherche à transmettre l’esprit et la culture de son pays d’origine. Le Burkina Faso «est un pays de l’humanité», a-t-elle déjà affirmé en entrevue. Fusionnant les instruments issus de la tradition ancestrale et de la modernité, celle qui chante dans cinq langues, dont le bambara, le mooré et le français, nous offre un disque lumineux, plein de soleil. Une véritable ode au métissage. En cette froideur hivernale, je vous propose de découvrir cette artiste qui apporte du réconfort et qui nous fait voyager. Même si on ne comprend pas la langue, on se laisse transporter par une énergie communicative, les rythmes langoureux et envoûtants. Elle a concocté cette collection de 11 pièces pendant le confinement avec sa famille.

Sur ce disque, on découvre, entre autres, la chanson Mousso rendant hommage au combat des femmes qui jouent un rôle crucial en Afrique.

Ce nouvel opus paru en 2021 témoigne de ses multiples identités et facettes musicales. Un beau mélange de ballades et d’airs dansants portés parfois par l’énergie du rock. Quelques titres m’ont particulièrement séduite. Ça vaut la peine d’écouter jusqu’à la toute fin pour entendre la pièce Aw Ko Tian résolument plus rock. Kady Diarra évolue sur la scène musicale depuis la fin des années 1990 au moment où elle a fondé son propre groupe. Son album précédent paru en 2009 un peu plus acoustique faisait appel aux cuivres. ♥♥♥½

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