Si, comme moi, vous ignorez totalement qui est J.R. Moehringer, votre visionnement de The Tender Bar (Amazon Prime), le plus récent film réalisé par George Clonney, risque d’être plutôt soporifique.

Moehringer est un journaliste qui a travaillé pour le New York Times, le Rocky Mountain News et le Los Angeles Times. En 2000, il a remporté le prestigieux prix Pullitzer.

Le New Yorkais né en 1964 est aussi écrivain. Il a notamment signé la biographie du joueur de tennis Andre Agassi et du fondateur de la compagnie Nike, Phil Knight. Il a également été choisi par le prince Harry pour corédiger sa biographie – qui sera publiée plus tard cette année.

Celui qui a toujours rêvé de devenir romancier – mais qui s’est contenté du journalisme par nécessité – est surtout connu sur la scène littéraire pour ses mémoires, publiées au très jeune âge de 41 ans (ça en dit long sur son ego…) sous le titre The Tender Bar.

Le film de Clooney est une adaptation de ce bouquin, dans lequel il est question de la jeunesse très modeste de Moehringer (le surprenant Daniel Ranieri enfant; Tye Sheridan adulte), de sa mère (Lily Rabe), de son père absent, de son oncle propriétaire de bar érudit devenu père de substitution (Ben Affleck), et de l’amour de sa vie qui ne lui retourna jamais son affection, Sidney.

Sans trop de surprise, The Tender Bar est donc l’histoire d’un jeune homme qui, contre toutes attentes, est parvenu à s’extirper de la pauvreté pour connaître une carrière intéressante.

Et c’est là que réside le principal problème du film de Clooney: il est cliché, générique et extrêmement prévisible parce que des centaines d’oeuvres ont déjà raconté une histoire semblable.

La trame narrative du film aurait peut-être un quelconque intérêt si elle portait sur la vie d’un grand de la littérature américaine (Capote, Steinbeck, Poe, Twain, Hemingway, Fitzgerald, Faulkner, Roth, Chandler, James ou Angelou), mais J.R. Moehringer?

Tout n’est par contre pas mauvais dans cette histoire déjà vue. Ben Affleck, finaliste au Golden Globe du meilleur comédien dans un rôle secondaire, brûle l’écran. Le vétéran démontre encore une fois l’étendue de son talent. C’est d’ailleurs de lui que viennent la très grande majorité des réflexions les plus intéressantes du film.

On voit malheureusement Affleck trop peu, tout comme le bon vieux Christopher Lloyd (Doc Brown dans Retour vers le futur), dans le rôle du grand-père un peu à côté de la plaque de J.R.

The Tender Bar n’est pas un mauvais film en soit. La nostalgie des années 1970 est bien rendue, la musique appuie à merveille le propos, les images sont assez recherchées et il nous offre quelques pépites de sagesse.

Malheureusement, tout ça ne suffit pas à rendre l’oeuvre nécessaire ou à tout le moins intéressante.

(Deux étoiles et demi sur cinq)

 

Dors avec moi

À la demande générale, j’ai décidé d’ajouter le service français tou.tv au contenu abordé dans le cadre de ma chronique. Ma première écoute: la très minimaliste série dramatique Dors avec moi, avec Sophie Cadieux.

Écrite par Mireille Mayrand-Fiset et réalisée par Charles Grenier (Slurpee, Étanche), la série de huit épisodes porte sur Laurence, une mère dont la fille âgée de 6 ans s’est noyée un an plus tôt.

Profondément endeuillée, Laurence a coupé les ponts avec pratiquement tous ses amis et se sent incapable de retourner au travail. Sa relation avec son conjoint se détériore depuis l’accident.

Un jour, Laurence entend la voix de sa fille qui l’appelle. Puis, la femme commence à furtivement voir sa fille un peu partout dans la maison. Convaincue que l’esprit de son enfant a besoin d’aide, elle s’accroche à ses lubies plutôt que de faire son deuil.

Mais ces visions sont-elles vraiment des lubies? Et si Laurence était en danger?

J’ai utilisé le mot «minimaliste» en début de texte parce qu’il n’y a pas de meilleure façon de décrire cette série extrêmement lourde et noire.

L’intrigue est très simple, tout comme la trame musicale, angoissante grâce à une utilisation judicieuse d’un piano et d’une contrebasse. Chaque épisode ne dure que dix minutes, en moyenne. Les personnages sont peu nombreux (ils se comptent sur les doigts d’une main) et 90% des scènes ont été tournées dans la même maison.

Bref, on ne parle pas ici du projet le plus coûteux de l’histoire de Radio-Canada!

Cette simplicité généralisée est toutefois grandement rafraîchissante à une époque où la majorité des films durent plus de deux heures et où l’avènement de la télévision en ligne n’oblige plus les créateurs à se limiter à un canevas de 42 minutes – ce qui entraîne la plupart du temps des longueurs.

Dors avec moi est un rappel éloquent qu’une bonne histoire n’a pas besoin d’être étirée pour être appréciée et significative.

L’ambiance de la série est très lourde. En raison du sujet évidemment, mais aussi de la musique et des angles de caméra, judicieusement choisis pour nous montrer les réactions de l’excellente Cadieux aux phénomènes paranormaux – plutôt que les phénomènes eux-mêmes. Parce que, comme vous le savez, à la télévision et au cinéma, rien n’est plus angoissant qu’une menace invisible.

Subtile et parfaitement mesurée dans son recours au paranormal, la série se termine de façon plutôt ambigüe, laissant à chacun le soin d’interpréter l’histoire à sa façon – on pourrait longtemps parler de la symbolique de l’eau dans le coeur de l’oeuvre…

À voir si le lourd ne vous effraie pas.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Stay Close

Depuis 2016, Netflix a diffusé pas moins de sept séries scénarisées par le romancier Harlan Coben ou adapté de ses bouquins. Stay Close, la plus récente en date, ne sort pas vraiment du lot.
Coben est un prolifique auteur du New Jersey – il signe en moyenne un polar par an depuis 1990 -, qui a remporté le prestigieux prix Edgar-Allan-Poe, remis chaque année par l’association des auteurs de romans policiers.

Au cours des dernières années, ses romans The Stranger (2020), The Woods (2020), Innocent (2021), Disparu à jamais (2021) et Stay Close (2021) ont été adaptés pour Netflix. Il a également pondu le scénario de deux séries originales, The Five (2016) et Safe (2018).

À l’instar des polars de Coben, chacune de ces séries met en scène un personnage qui doit démêler les secrets du passé de son entourage pour comprendre les raisons de ses ennuis.
Stay Close ne fait pas exception: le passé de Megan (Cush Jumbo, photo), une femme sur le point de se marier, la rattrape alors qu’un homme qu’elle croyait mort réapparaît sans explication et menace sa nouvelle famille.

Coben ne s’est jamais distingué pour son originalité ou son imagination – il écrit le même livre année après année, en ne faisant que changer le décor, les personnages et le contexte. On en a une autre preuve dans Stay Close, une histoire totalement tirée par les cheveux qui repose sur une série de coïncidences beaucoup trop pratiques pour être crédibles.

Tout cela repose de plus sur une prémisse absolument ridicule: 17 ans plus tôt, le personnage de Megan a choisi de disparaître et de changer de vie… en restant dans la même petite ville. Et ce n’est que 17 ans plus tard que les gens de son passé commencent à la reconnaître? Voyons donc!

On s’explique aussi très mal les choix de Megan. Elle pourrait protéger sa famille dès le départ si elle faisait carte blanche sur son passé avec les autorités. Elle s’entête pourtant à multiplier les mensonges et les faux semblants – ce qui étire le récit de façon très frustrante.

Heureusement, Richard Armitage (Thorin dans la saga The Hobbit), dans le rôle du petit ami que Megan a planté sans raison 17 ans plus tôt, lui, est excellent. Son jeu est vraiment une ou deux coches au-dessus du reste de la distribution.

Bref, Stay Close ne réinvente pas la roue. C’est un divertissement correct pour les amateurs du genre, mais je suggère aux néophytes de Coben de se tourner vers les très supérieures séries The Five et Safe, de même que le film français Ne le dis à personne (2006), de Guillaume Canet.

(Deux étoiles sur cinq)

 

À surveiller

Macbeth
(sur Apple TV+ depuis vendredi)
Une adaptation d’un classique de William Shakespeare réalisée en solo par Joel Coen (Fargo, No Country for Old Men) et mettant en vedette Denzel Washington (finaliste pour ce rôle à un Golden Globe) et France McDormand? Aie-je besoin d’en écrire plus?

Ray Donovan: The Movie
(sur Crave depuis vendredi)
Le clan mafieux Donovan retourne à ses sources alors qu’il déménage à Boston. Ce film marque la conclusion d’une très populaire et acclamée série qui a été présentée pendant sept saisons sur Showtime. Avec les uniques Liev Schreiber et Jon Voigt.

Hôtel Transylvanie 4
(sur Amazon Prime depuis vendredi)
Le quatrième chapitre de cette franchise d’animation née en 2012 voit ses héros monstres être transformés en humains. Hilarité et suspense s’en suivent dans un film qui est jusqu’ici accueilli timidement par la critique.

Archive 81
(sur Netflix depuis vendredi)
Cette série d’horreur de huit épisodes créée par James Wan (Saw, Insidious et Conjuring) porte sur un archiviste qui découvre les troublantes bandes vidéos d’une étudiante disparue qui enquêtait sur une mystérieuse secte.

Black Narcissus
(sur Disney+ mercredi)
Lancée aux États-Unis à l’automne 2020, cette série débarque au Canada par le biais du service Star de Disney+. Il est question de religieuses (menée par la toujours excellente Gemma Arterton) qui tentent d’établir une congrégation dans un coin reculé de l’Himalaya.7

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